Une arrestation à Nice en 1881

Le Petit Niçois du lundi 7 novembre 1881 rend compte d’une arrestation. Cela n’a rien de bien extraordinaire et les arrestations constituent une rubrique quotidienne dans le journal. Mais celle-ci peut susciter quelques remarques :

« Arrestations. — Cette nuit, vers heures l/2 du matin, une ronde de police, composée des agents Messerschmidt et Deleuse, ayant remarqué dans la rue du Collet deux rôdeurs de nuit, dont les allures paraissaient des plus suspectes, procédèrent à leur arrestation.
Ces deux individus, qui ont été reconnus pour être les nommés Beaufredo Bcrnardo, âgé de 18 ans, et Rossi Giacomo, âgé de 23 ans, sujets italiens, opposèrent une résistance désespérée aux agents qui déployèrent, à leur tour la plus grande énergie, au point de rouler, à plusieurs reprises, sur le sol avec les sus-nommés.
Cette lutte acharnée durait déjà depuis plus de 20 minutes, lorsque le sieur Mouraille Jean, employé à la gare, demeurant rue Rey, 13, est survenu sur ces entrefaites et a permis aux agents, par sou attitude courageuse, de se rendre maîtres de ces forcenés qui ont été conduits, avec son assistance, au poste de police. Il a été constaté que le nommé Beaufredo Bernard était porteur de quatre fausses clés. On a aussi saisi sur le nommé Rossi Giacomo, dix-neuf clés et des limes dites tire-points. Le dernier, au moment de son arrestation, tenait à la main un revolver à six coups chargé et armé.
Si je suis heureux de signaler le dévouement et la belle conduite du citoyen courageux qui est venu en aide à la police dans cette circonstance difficile, il m’est pénible, d’un autre côté, de dire que des personnes qui se sont mises aux croisées pendant la lutte, ont injurié grossièrement et même menacé de pierres, des gardiens de la paix qui assuraient la sécurité publique et protégeaient la propriété des habitants, en arrêtant, au péril de leur vie, deux bandits qui, évidemment, allaient perpétrer un vol et qui ont été honteusement encouragés dans leur résistance opiniâtre.
Ces deux dangereux malfaiteurs ont été mis à la disposition du parquet. »

On remarquera d’abord qu’il n’y a pas de motifs apparent à l’arrestation : quand ils sont appréhendés les deux individus n’ont rien fait. On les arrête parce que leur allure semble « des plus suspectes » ; en fait c’est déjà le délit de sale gueule. D’ailleurs le journaliste, sans doute pour rassurer son lecteur, a pris soin de préciser qu’il s’agit de « sujets italiens ».
Il faut noter aussi la réaction du voisinage, qui conspue les policiers et leur adresse des menaces : on ne peut s’empêcher de penser à l’accueil parfois réservé de nos jours aux forces de police dans certains quartiers.
Curieusement d’ailleurs le témoin qui vient à la rescousse et aide les deux policiers à maîtriser leurs adversaires est un « employé de la gare » : faut-il y voir un signe de solidarité entre membres des diverses administrations ?

Une réponse à “Une arrestation à Nice en 1881

  1. J’avais lu un truc semblable dans un journal mulhousien. Vous faites bien de mettre ce sujet en valeur. Il ne pose pas simplement le problème irrationnel du racisme, mais surtout celui de l’intégration et des partis pris. J’ai constaté les mêmes faits dans la presse allemande et suisse pour la même époque. La solidarité par castes existe, il suffit de voir les scandales politiques actuels pour s’en laisser convaincre. Ce qui est certain également, c’est que les mêmes causes produisent les mêmes effets indépendamment des idéaux politiques ou philosophiques. Le passé est source d’enseignement, il est faux de penser qu’il est impossible de le comparer à notre époque. Quand la vision se trouble, c’est le dénominateur commun qu’il faut chercher. Le vivre ensemble répond à des règles que chaque côté de l’échiquier politique a refusées, de tout temps, à prendre en considération.

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