Elle se jette du train pour échapper au démon, 1882

Un fait divers étonnant dont Le Petit Niçois du 25 février 1882 offrait le récit à ses lecteurs. Coni est une ville du Piémont, que les Italiens appellent Cuneo. Nombre de ses habitants sont d’ailleurs venus s’installer à Nice tout au long du XIXe siècle.

« Le drame de Puget-Ville. — Nous lisons dans Le Petit Var, journal de Toulon :
Une Italienne était venue se placer comme nourrice en France.
Partie de Marseille, dans la nuit, par le train 471, elle retournait à Coni, son lieu de naissance, où sa famille est domiciliée.
Le train roulait dans la nuit, vers Nice, et cette malheureuse femme avait passé du train sur la voie, où elle gisait ensanglantée, sans que personne dans le train ait pu s’apercevoir de ce qui se passait.
Heureusement, une ronde d’employés parcourant la voie, vers 5 heures et demie du matin, aperçut le corps d’une femme. Ils s’approchèrent et constatèrent que la malheureuse, quoique meurtrie, non seulement vivait encore, mais avait conservé l’usage de la parole.
Interrogée, cette femme répondit qu’elle venait d’être victime d’un épouvantable forfait ; qu’un homme monté avec elle dans un compartiment de troisièmes, on elle se trouvait, l’avait dépouillée de tout ce qu’elle portait, puis jetée sur la voie par la portière. Cette femme paraissait dans un état d’exaltation que son récit ne justifiait que trop. Ceci se passait à environ 4 kilomètres de Cuers.
C’est d’après le premier récit de cette femme que nous ont été envoyés les renseignements que nous avons publiés hier.
Les employés de ronde se hâtèrent de donner à cette malheureuse les premiers soins et ils la transportèrent à Cuers, où elle fut admise à l’hôpital.
M. le docteur Géry, appelé aussitôt, examina les blessures de cette femme et constata qu’elles étaient beaucoup moins graves qu’elles n’avaient paru aux personnes qui avaient fait les premières constatations. Il a même exprimé l’espoir que quelques jours de soins à l’hôpital lui permettraient de reprendre sa route pour Coni.
Après lui avoir donné tous les soins nécessaires, on l’interrogea sur l’épouvantable forfait dont elle s’était prétendue victime ; mais aussitôt, passant à un récit d’an genre tout différent, elle raconta que, pendant qu’elle était seule dans cet immense compartiment de troisièmes, la nuit, à la clarté de ces pâles lampes que nous connaissons tous, le diable, oui le diable, était serti de l’enfer pour lui voler son argent, pour l’obséder, et que, pour fuir ces persécutions diaboliques, elle s’était élancée sur la voie.
On s’aperçut qu’on était en présence d’une femme qui, probablement, avait été en proie à une crise d’aliénation mentale, causée peut-être par un accès de fièvre de lait, sous 1’influence aussi, sans doute, du lieu, de la nuit, de la solitude, de la peur et des préoccupations intéressées qui sont propres aux personnes de sa profession et de sa nationalité.
Munie probablement de ce qu’elle avait gagné en France et rapportait au pays, elle donna la première place, dans son délire, à la crainte d’être dépouillée de son petit trésor.
Il devenait évident que l’on n’était plus en présence d’un crime, comme on avait dû le croire quelques heures auparavant. Cette femme a évidemment ouvert la portière elle-même et s’est précipitée sur la voie, au risque de se tuer sur le coup, pour échapper aux griffes de Satan.
Nous sommes heureux de n’avoir pas à ajouter un crime de plus à ceux dont, depuis quelque temps, les chemins de fer sont le théâtre.
Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de faire la réflexion qu’il est déplorable que les wagons composant les trains de voyageurs ne soient pas disposés de façon à permettre une surveillance de tous les instants et à rendre impossibles des événements aussi tragiques. »

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