Une enfant perdue et retrouvée, Nice 1882

Une minuscule histoire qui finit bien, à peine de quoi faire un fait divers, telle est l’anecdote, survenue pendant le carnaval, que relate Le Petit Niçois du samedi 25 février 1882. Pourtant ce récit met en relief des différences entre cette société de la fin du XIXe siècle et la nôtre :

« Une enfant retrouvée. — Un petit drame s’est passé, mardi-gras dernier, à Nice, dit le Phare du Littoral. Des personnes de Saint-Jean avaient envoyé à Nice, à des amis, leur petite fillette de quatre ans pour lui faire voir les splendeurs du Carnaval. Ils étaient bien placés pour cela, du reste : marchands de confetti, installés en plein vent. Jugez la joie de l’enfant ?
La mignonne, émerveillée, courut après les masques si loin, si loin, qu’elle se perdit. Ce qu’elle versa de larmes, on le comprend. Un passant charitable la recueillit, l’amena au café de la Victoire, pensant bien que dans ce centre la petite serait plus vite reconnue.
Mme Maillet, propriétaire du café, embrassa l’enfant, la consola de son mieux, et la garda toute la journée avec elle. La petite avait quand même le cœur gros, il lui fallait sa maman.
La nuit arriva. On parlait déjà d’installer un petit lit, mais auparavant on envoya au bureau de police. Or, devinez qui on y trouva ? Les malheureux marchands de confetti, désespérés. On s’expliqua, et dame ! on s’embrassa à cœur-joie.
Hier soir la fillette est venue remercier sa bienfaitrice avant de retourner à Saint-Jean. »

Cet article atteste de deux faits : d’abord l’absence de moyens de communication. Aujourd’hui il y a gros à parier que, dès la disparition de la fillette, on aurait multiplié coups de téléphone et SMS. Ensuite le rôle joué par le café : c’est dans cet établissement que le passant secourable choisit d’emmener l’enfant, car il sait qu’il trouvera là un nœud de communication. On perçoit que les quelques dizaines de milliers de cafés que compte la France de ce temps n’ont pas pour seule fonction que de contribuer à la diffusion de l’alcoolisme. Ils ont un rôle éminent dans la sociabilité. Et, comme pour renforcer cette image, c’est la patronne elle-même qui, maternellement, console la petite fille. On est loin de L’Asommoir.
Ce court article pose une autre question : pourquoi le mot confetti est-il en italique ? L’emploi de ce mot étranger en français est très ancien, mais on est à Nice, française depuis une vingtaine d’années, et le journaliste tient à affirmer sa propre francité en soulignant ce mot italien.

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