Morte d’amour à 70 ans, Nice 1882

Tel est le titre que le Petit Niçois du samedi 23 septembre 1882 donne à l’article qui relate un fait divers digne d’une nouvelle de Maupassant, dont c’est d’ailleurs l’époque :

« Morte d’amour à 70 ans ! – Hier matin a eu lieu à Nice un suicide étrange et comme on en cite rarement : une malheureuse s’est tuée par désespoir d’amour, à 70 ans !
Voici les renseignements que nous avons recueillis sur ce drame :
Vers neuf heures, la nommée Claire Ellenzenzio, concierge de la maison portant le numéro 7 du quai Masséna, monta, comme elle avait l’habitude de le faire tous les jours, chez Mme veuve Laurans, âgée de 70 aus, pour faire son ménage.
Surprise de ne point voir Mme Laurans encore levée, elle pénétra dans la chambre où un triste spectacle s’offrit à sa vue.
La pauvre vieille était étendue morte sur le lit, en costume blanc et en souliers de satin, comme une nouvelle mariée. A côté d’elle, des couronnes de fleurs étaient posées. Dans la chambre était un réchaud où le charbon brûlait encore.
La police fut immédiatement prévenue ; M. le commissaire d’arrondissement s’empressa d’accourir ; il trouva auprès de la morte M. Daniel, pharmacien, qui avait constaté que la mort remontait à quelques heures. Puis M. le docteur Gaziglia arriva et ne put que corroborer les constatations de M. Daniel.
Cette pauvre femme, âgée de 70 ans, comme nous l’avons dit, était amoureuse de M. F…, un jeune homme de 27 à 28 ans, et celui-ci ayant quitté Nice sans motifs, depuis quelques jours, elle a préféré en finir avec la vie plutôt que vivre loin de celui qu’elle aimait.
Détail touchant : Mme Laurans avait un chien quelle affectionnait beaucoup ; la pauvre bête a été trouvée morte à côté de sa maîtresse.
Pendant la visite faite à la chambre mortuaire par M. le commissaire d’arrondissement, on a trouvé un billet où la défunte exprimait un dernier désir : elle recommandait que son chien fût enterré à côté d’elle.
Ce désir de la pauvre morte sera-t-il satisfait ? »

Il faut préciser que le Quai Masséna, devenu par la suite avenue de Verdun, n’était pas au bord de mer, mais situé sur la rive du Paillon, ce fleuve côtier qui traverse Nice, aujourd’hui dérobé aux regards car entièrement recouvert.

Le Quai Masséna à la Belle Époque.

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