Quelques arrestations à Nice en 1882

Dans une rubrique qui est d’ailleurs quotidienne, le Petit Niçois du lundi 9 octobre 1882 rapporte une série d’arrestations qui peuvent amener une réflexion :

« Arrestations. — Voici la série d’arrestations opérées samedi par la police :
— Les nommés Bolla Louis, 18 ans ; Ribero Baptiste, 22 ans ; Risna Antoine, 37 ans, qu’on a trouvés cette nuit couchant à la belle étoile, ont été arrêtés sous l’inculpation de vagabondage.
— Le nommé John Schmitz, sujet américain, qui a été rencontré à 3 h. 1/4 du matin, rôdant dans l’avenue de la Gare, a a été arrêté.
— Hier, dans l’après-midi, le garde-champêtre Martin a arrêté, au quartier St-Barthélemy, les nommés Risaoglia Jean, âgé de 11 ans, et Monino Joseph, âgé de 13 ans, tous deux ferblantiers, accusés d’avoir volé des débris de zinc.
— Les nommés Beccaria Joseph, âgé de 28 ans, et Marengo Barthélemy, âgé de 19
ans, qui ont été trouvés cette nuit por¬teurs d’un fagot de bois dont ils ne pouvaient justifier la provenance, ont été arrêtés.
— Le nommé Talabaro Anselme, qui a été surpris cette nuit en flagrant délit de vol de planches, a été arrêté. »

D’abord, on peut être étonné par la légèreté, voire l’inconsistance, des motifs de ces arrestations. Quoi qu’on dise sur la police, on peut présumer que de nos jours la plupart des personnages cités n’auraient pas été arrêtés. Il est probable que seul le dernier, celui qui se fait prendre pour un larcin plutôt modeste, aurait été appréhendé. Quant aux autres, on se demande pourquoi on arrêterait cet Américain qui se promène la nuit sur une grande avenue, et, notre époque étant habituée aux SDF, il est vraisemblable qu’on laisserait tranquilles les deux qui dorment dehors, car le délit de vagabondage a été supprimé en 1994. Plus étonnante est l’intervention d’un garde champêtre à Nice : elle nous rappelle que cette ville a longtemps englobé des paroisses rurales comme St-Barthélemy où, en plein XIXe siècle, mes propres ancêtres étaient qualifiés de paysans. Or le fait que les deux ferblantiers, au demeurant très jeunes, soient surpris avec des débris de zinc atteste la présence dans ce quartier de chantiers de construction qui sont en train d’édifier le Nice moderne, ce métal étant très employé notamment dans les toitures et les gouttières, voir L’Assommoir de Zola, qui est de la même époque.

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