Suicide par le pétrole, Cagnes-sur-Mer 1882

Le 11 juin 1963 à Saïgon un moine bouddhiste vietnamien se fait arroser d’essence par ses acolytes et craque une allumette. D’autres bonzes l’imiteront par la suite. Mais ils ne sont pas les premiers à choisir cette façon spectaculaire de tirer sa révérence : voici ce qu’on peut lire dans le Petit Niçois du 6 octobre 1882 :

« Un suicide par le pétrole. – Une correspondance adressée de Cagnes au Petit Marseillais, raconte le fait suivant :
Un cas extraordinaire, nous pouvons dire unique dans les annales du suicide, vient de se produire, dans notre localité, qu’il a péniblement émotionnée.
Une femme suivait ces jours derniers, le sentier qui longe le Molvan, petit ruisseau presque toujours à sec, qui coule… de temps en temps — comme le Paillon — à 400 mètres du village de Cagnes.
Son attention fut tout à coup attirée vers le lit du gave par des gémissements lamentables qui semblaient en provenir.
Elle revint sur ses pas et descendit dans le ruisseau, justement à sec à cette époque.
Un spectacle horrible l’y attendait : un être qui n’avait plus rien d’humain se débattait désespérément dans un tourbillon de flammes, dont les mille langues de feu, léchant son visage, sa barbe, ses épaules nues, lui arrachaient des hurlements de fauve.
La femme, terrifiée par cette vue, appela du secours et, en quelques instants, de nombreuses personnes accoururent et couvrirent d’eau l’infortuné. Mais il était trop tard, et le juge de paix du canton, qui se rendit sur les lieux accompagné de la gendarmerie, ne put que faire transporter à l’hôpital son cadavre carbonisé.
L’inhumation a eu lieu le lendemain.
Quant aux causes de cette mort, il n’est malheureusement pas possible de les attribuer à un accident.
Voici ce qui a dû se passer :
Cet homme, sous l’empire d’un accès de folie ou d’un désespoir violent, s’est rendu dans le lit solitaire du Molvan. Après avoir quitté ses vêtements, à l’exception de son pantalon et de sa chemise, il s’est abondamment enduit de pétrole — on a retrouvé la bouteille — et y a mis le feu.
Ses vêtements, soigneusement pliés, étaient placés sous une pierre à quelques pas de lui. Un certificat de sauvetage, trouvé dans la poche de la veste, a permis d’établir son identité : c’est un nommé Pierre Raymond, âgé de 65 ans et ayant son domicile habituel A Gattières (Alpes- Maritimes). »

Saïgon, 11 juin 19963 par Malcolm Browne for the Associated Press

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