Découverte et identification d’un squelette, Alpes-Maritimes 1882

Le 25 octobre 1882, le Petit Niçois rapporte un de ces faits divers qui renseignent mieux sur une société que les grands faits historiques :

« Découverte d’un squelette. – On annonce qu’il a été découvert, sur le territoire de la commune de Villefranche, dans la forêt de la Paccanaglia, près du point de la route de Gênes, connu sous le nom des Quatre-Chemins, le cadavre d’une femme. La mort remonte un assez long temps, car le squelette est entièrement décharné et les vêtements, collés aux os, sont déjà décomposés.
La gendarmerie de Villefranche, aussitôt prévenue par un jeune homme qui avait fait cette lugubre découverte, s’est rendue sur les lieux.
Serait-on en présence d’un crime ? »

Bien sûr la question finale n’est qu’une amorce destinée à exciter la curiosité du lecteur. La découverte elle-même est assez singulière car on n’est pas dans la forêt vierge mais près de Villefranche et de Nice dans un secteur très peuplé. À titre de comparaison cependant, rappelons qu’en 2013, quand on cherchait la petite Fiona dans un parc à Clermont-Ferrand, on a trouvé le squelette d’une vieille femme disparue depuis plusieurs années.
La clé du mystère de Villefranche va être vite fournie et, trois jours après, dans son numéro du 28 octobre, le même journal peut écrire :

« Le squelette des Quatre-Chemins. – L’identité du cadavre qui a été trouvé récemment dans la forêt de Paccanaglia, près des Quatre-Chemins, vient d’être établie, dit un de nos confrères du soir.
Cette femme a été reconnue pour être de son vivant la nommée Catherine Desbrattis, âgée de 69 ans, née à Sacello, province de Savone (Italie), épouse de feu Barthélemy Brilliatti.
Les vêtements de cette infortunée ont été reconnus jeudi soir par son fils François Brilliatti, âgé de 47 ans, garçon cuisinier, rue du Paillon, 7, sur la présentation de lui en a faite le maréchal des logis de gendarmerie qui avait fait conserver ces effets à la Morgue.
Cette malheureuse était atteinte d’aliénation mentale depuis plusieurs années, et elle s’était échappée de la maison de son fils le 22 avril dernier.
Ses vêtements ont été reconnus également par une de ses sœurs qui est marchand de fruits, rue Pairollière, 14.
On croit que, perdue dans le bois communal de Paccanaglia, cette malheureuse y est morte de faim. »

Il est bien possible que le fils et la sœur de la défunte aient reconnu ses vêtements, mais cela implique une reconnaissance préalable, sinon pourquoi les enquêteurs se seraient-ils adressés à ces deux personnes ? La démarche semble d’ailleurs assez rapide, à cette époque où même le téléphone n’existe pas.
On peut aussi se demander si cette femme n’était pas atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui ne sera définie qu’en 1906. L’expression courante, employée encore longtemps après, était que la vieille personne qui en présentait les symptômes « perdait la tête ».

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