Dévouement d’une servante, Cannes 1883

Les domestiques, plus nombreux que les ouvriers, constituent au XIXe siècle un innombrable prolétariat dont les romanciers – Flaubert, les Goncourt, Maupassant – ont souvent raconté le destin. Mais il arrive aussi que les faits divers aillent plus loin que l’imagination des écrivains, comme on peut le lire dans cet article du Petit Niçois paru lundi 12 février 1883 :

« Un fait des plus curieux et des plus piquants vient de se passer à Cannes.
Les époux T., rentiers, avaient à leur service une bonne, nommée Anasthasie S., qu’ils furent obligés de congédier il y a environ six semaines, parce qu’ils avaient cru s’apercevoir qu’elle se trouvait dans une situation des plus intéressantes, quoique celle-ci niât le fait de la façon la plus formelle.
Une fois partie, Anasthasie S. revint prévenir M. T. qu’elle allait l’attaquer en justice de paix pour avoir osé suspecter son honneur, ce dont il ne tint naturellement aucun compte et l’affaire en resta là.
Or, il se trouve que Mme. T. succombait mardi dernier des suites d’une pneumonie aiguë.
Anasthasie S. l’ayant appris, vint s’offrir pour veiller et passer la nuit auprès de son ex-maîtresse, ce que M. T. refusa d’abord, mais devant l’insistance d’ Anasthasie S. et le coup de la douleur, il finit par accéder au désir de celle-ci.
S’étaient spontanément offerts M et Mme G. F. amis intimes de la famille, qui veillèrent aussi. Tout alla bien jusqu’au milieu de la nuit. Vers deux heures du matin, Anasthasie allait et venait constamment de la chambre à la cuisine sans que l’on y comprît rien, enfin, à trois heures, elle monta dans une chambre de bonne et fit prévenir qu’elle était indisposée, en réclamant d’une manière pressante la présence de Mme G. F. Celle-ci monta aussitôt et quelle ne fut pas sa stupéfaction de voir Anasthasie S. accroupie au milieu de la chambre, en train de donner le jour à une superbe fille.
En l’absence de tout secours, Mme G. F. lui donna les premiers soins, pendant que son mari, accompagné de M T., allait quérir l’assistance d’une sage-femme et demander un brancard au poste de police pour conduire l’infortunée à l’hôpital où elle est actuellement compagnie de son enfant.
Ne pouvant naturellement plus nier ce qu’on lui avait reproché, elle demanda pardon à M. T. qui se contenta de lui interdire pour toujours l’accès de sa maison. »

Cannes en 1906.

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