Un accident mystérieux, Monaco 1883

Le jeudi 15 février 1883 les lecteurs du Petit Niçois découvrent un récit qui va du vaudeville au roman policier en passant par la tragédie :

« Un drame mystérieux. — Voici une étrange et dramatique aventure, à laquelle il ne convient de ne toucher que d’une plume discrète, car, si on en nommait les personnages, le scandale serait terrible. Disons seulement qu’il s’agit d’une jeune femme mariée à l’un des plus riches industriels de France, et dont la fuite retentissante a fait bruit, il y a quelques mois à Paris.
Elle s’était dirigée vers le midi et, pendant plusieurs jours, elle était restée à Monte-Carlo, où elle avait pris un appartement à l’hôtel de Paris. Mais un jour par un ami qu’elle rencontra, elle apprit que son mari allait probablement arriver. Bien entendu, il ne venait pas la chercher, puisqu’il ignorait sa présence à Monte-Carlo, mais elle ne s’en décida pas moins à partir immédiatement, et le soir même elle se transporta à Menton.
Pendant les quatre ou cinq jours qui suivirent, Mme X… cela donna beaucoup de mouvement. Elle parcourait toute la côte en voiture et parfois prenait le train pour aller passer une demi-journée à Gênes. Or, un jour qu’elle avait loué un landau et avait pris la direction de Monaco, elle ne revint plus. Le soir, le cocher reparut seul, ramenant ses chevaux et racontant que ceux-ci s’étaient emportés dans les rochers. La voiture s’était fracassée, Mme X… avait été tuée et son corps avait roulé disparu dans la mer.
Naturellement, une enquête fut immédiatement ouverte. À l’endroit indiqué par le cocher, on trouvera, en effet, des débris de voitures et des traces de sang. Lesquels ne pouvaient provenir que de Mme X…, puisque, par un miraculeux hasard, le cocher et les chevaux étaient sans blessures. L’endroit où s’est produit l’accident est une manière de falaise semée de blocs et de rochers. L’avant de la voiture s’étend rompu, a expliqué le cocher, les chevaux ont pu remonter et lui à leur suite, tandis que Mme X… roulait dans la Méditerranée.
Ces explications ont paru les plus invraisemblables, car, d’une part, il semble bien difficile que les chevaux entraînés par leur poids et par la pente, et d’ailleurs poussés par la voiture, aient pu remonter au lieu de tomber en avant ; d’autre part, il est incompréhensible que rien n’ait arrêté au passage le corps de Mme X…
L’enquête se trouvait donc en présence de deux hypothèses :
Ou le cocher avait assassiné Mme X… soit pour la voler, soit pour le compte d’une personne quelconque ;
Ou tout ceci n’est qu’une comédie imaginée par Mme X… elle-même, pour faire croire momentanément à sa mort et arrêter ainsi le procès en séparation que lui a intenté son mari. Il faut croire que c’est à cette dernière supposition qu’on arrêté, puisque le cocher du landau a été laissé en liberté, provisoirement du moins. »

Les environs de Monte-Carlo en 1913.

2 réponses à “Un accident mystérieux, Monaco 1883

  1. Bonjour,
    J’espère que vous trouverez le fin mot de l’histoire dans les journaux suivants.
    Racontez nous!
    Merci pour vos articles hebdomadaires.

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