Une femme étranglée devant ses enfants, Nice 1883

Dans Le Petit Niçois du jeudi 27 septembre 1883 les lecteurs peuvent découvrir le récit d’un horrible drame :

« Une femme étranglée par son amant. — Un crime affreux a été com­mis pendant la nuit du mardi au mercredi dans la maison de la rue Droite, portant le numéro 2.
Une femme née à Saluces, nommée Granato Elisabeth, âgée de 36 ans, ha­bitait depuis quelque temps au deuxième étage de cette maison avec ses trois enfants : un garçon de 11 ans, et deux pe­tites filles l’une âgée de 5 ans 1/2, l’autre de trois ans. La femme Granato ne me­nait pas une vie exemplaire, tant s’en faut. Eüe avait d’abord vécu fort long­temps en concubinage avec un individu qui fut arrêté à Monaco et condamné à trois ans de prison pour des faits graves Cet homme, qni doit être le père des enfants, est maintenant enfermé dans nne prison de Nice. Lorsque son premier amant fat condamné, la femme Granato en eut d’autres, et le nommé Jean Pierre Ferardi qni l’a tuée, est le dernier de la liste.
Celui-ci est originaire du même pays que sa victime, de Saluces. Il est âgé de 30 ans, et travaillait comme manœuvre à une maison en construction an chemin de Saint-Etienne.
Mardi soir, Ferardi vint chercher sa maîtresse. Ils sortirent ensemble avec les enfants et allèrent s’attabler à uue au­berge de la rue Delille. Les renseigne­ments que nous avons pris semblent éta­blir que Ferardi préméditait son crime, car à cette auberge, il fit boire plusieurs verres de vin au garçon et à la petite fille de 5 ans. Il avait évidemment l’intention de les enivrer pour mettre plus sûrement à exécution son dessein.
Rentrés à la maison, ils s’attablèrent de nouveau ; ils mangèrent des châtaignes et burent encore du vin.
Puis la femme se coucha avec la fille aî­née. La plus petite était déjà endormie dans son berceau. Le garçon gagna son lit dans une chambre qui communique par une grande ouverture avec la pièce où se trouvait sa mère. Quant à Ferardi, il s’as­sit sur uue chaise, à côté du lit où repo­sait sa maîtresse.
Le petit garçon, qui de son lit pouvait tout entendre, déclare que sa mère s’était endormie depuis quelque temps quand, soudain, elle s’éveilla comme en sursaut en poussant un cri rauque. L’enfant se leva, se dirigea vers la chambre de sa mère, et, déclare-t-il, il aperçut alors l’homme qui serrait avec force ses doigts autour du cou de la malheureuse. Le criminel se leva et lâcha la femme qui était déjà morte et repoussa l’enfant dans sa chambre où il l’enferma.
Il devait être alors onze heures envi­ron.
La nuit se passa ainsi. Les deux petites filles et l’assassin restant près du cadavre et le garçon seul dans sa chambre.
Hier matin, vers 6 heures, Ferardi partit ; il ouvrit la porte au petit garçon et le menaça de le châtier s’il racontait quelque chose de ce qui s’était passé dans la nuit. Effrayé sans doute par ces menaces, l’enfant resta dans sa chambre jusqu’à onze heures. Alors seulement il sortit et alla faire sa déposition au com­missariat du 1er arrondissement.
M. Robert, commissaire de police, se porta immédiatement sur les lieux où il fit les constatations légales. M. le doc­teur Guillabert, ne tarda pas à arriver et, après examen du cadavre, il déclara que la mort avait été causée par strangu­lation et quelle devait remonter à 13 ou 14 heures.
Une information a été commencée aussitôt par M. Robert ; pendant que l’on lançait des limiers à la poursuite de l’assassiu, dont le signalement est connu.
L’information a déjà amené la décou­verte de faits importants. Ainsi, par exemple, la préméditation semble être établie par ce fait que Ferardi a cherché à enivrer les enfants, et aussi parce que, mardi soir, il a demandé à être payé des journées de travail qu’il avait faites à la maison du chemin Saint-Etienne.
Ce matin, croyons-nous, M. le docteur Guillabert procèdera à l’autopsie du cadavre.
Quant aux trois petits orphelins, par les soins de M. Robert, commissaire de police du 1er arrondissement, ils seront placés à l’Hospice de la Charité. »

Saluces est une localité  du Piémont voisin, à environ 140 km de Nice. D’autre part on ne peut que remarquer le fait qu’on sert du vin – qui plus est, dans un lieu public –  à des enfants de onze et cinq ans.

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