Extorsion de signature, Nice 1884

En ce mois de janvier 1884 la Cour d’Assises de Nice juge une affaire qui rappelle davantage le vaudeville que les crimes habituels devant cette instance. Le Petit Niçois du 9 janvier en donne un récir complet :

« 4e affaire.
Extorsion de signature
Ministère public : M. Richard. ,
Avocat : Me Pilatte.
L’audience de l’après-midi est consacrée à une affaire dont les débats fourmillent de détails ou indécents ou comiques.
L’accusé, un nomme Tournier Jean, terrassier, âgé de 20 ans, né à Massoin, canton de Villars. est accusé d’extorsion de la signature de M. le chevalier Gilly, par force, violence et contrainte.
Voici dans quelles circonstances il a commis ce crime.
Le 22 novembre 1882, M. Gilly, âgé de 70 ans, se rendait au domicile de la femme Joséphine Giais. C’était un rendez-vous d’amour qui amenait là ce vieillard, très vert encore, malgré son âge. 11 allait le prouver à cette femme, lorsque Jean Tournier, neveu de la galante, entrait brusquement dans la chambre dont la porte n’avait pas été fermée, en prévision de ce coup de théâtre organisé d’avance. Tonrnier pour assurer la réussite de son plan, s’empara des vêtements du vieux galant, et les emporta dans une autre pièce. Puis il le força de se lever, le me¬naçant d’appeler du monde et de provoquer une scène scandaleuse. Grâce à cette menace, le coup réussit. Le vieillard fut contraint de signer trois billets, dont le montant s’élevait à la somme de dix-sept mille francs. M. Gilly ne put même recouvrer sa liberté qu’après avoir déclaré devant deux témoins, parus an bon moment, qu’il avait signé de son plein gré.
Aussitôt qu’il fut libre M. Gilly s’empressa de porter plainte contre Tournier. L’instruction de l’affaire fut menée rapidement et aujourd’hui l’accusé comparaît aux assises.
Le chevalier Gilly, dans une longue déposition, raconte tous les incidents de cette scène dont il fut la victime.
Quant à l’accusé, sa version est sensiblement différente. Il repousse énergiquement l’accusation de chantage; il avoue qu’il a joué un vilain tour au chevalier Gilly, mais il voulait le punir de ce qu’il avait attenté à l’honneur de sa tante. C’est le chevalier Gilly lui-même, dit-il, qui, volontairement et pour donner une réparation de l’offense faite à la famille en la personne de la tante, s’est offert de signer trois billets : deux de 6000 fr. et un de 5000 fr. La preuve, ajoute Tournier, c’est que ces billets n’étaient pas préparés, que M. Gilly lui donna de l’argent pour aller acheter les feuilles de papier sur lesquelles ils ont été écrits.
Les débats de cette affaire prennent tonte l’audience de l’après-midi. Ni l’accusateur, ni l’accusé n’en sortent sympathiques, et même il en ressort des preuves en faveur de la version de ce dernier..
Le jury ressent en effet cette impression qu’il traduit en rendant, après une longue délibération, un verdict négatif.
En conséquence la cour acquitte Tournier, qui est mis en liberté. »

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