Suicide à la gare de Toulon en 1884

Dans les années 1880 la presse aime bien décrire les suicides en donnant force détails sur leur déroulement. Il est plus rare de lire comment l’idée de mettre fin à ses jours a pu naître et mûrir chez un homme. C’est pourtant ce qu’on trouve dans Le Petit Niçois du jeudi 6 mars 1884. On pourra cependant s’étonner que personne n’ait cherché à aider le malheureux.

« Suicide à la gare de Toulon. — Nous trouvons dans le Petit Var les détails suivants sur un suicide qui a eu lieu à la gare de Toulon, événement qui a jeté un grand émoi dans le personnel de la Compagnie et au quartier Valbourdin.
M. Paulin Daguerre, ancien capitaine d’infanterie, commissaire de surveillance à la Compagnie P.-L.-M., était à Menton, où il remplissait les mêmes fonctions, lorsqu’il y a environ trois mois, il fut nommé au poste de Toulon. C’était un homme un peu taciturne, éprouvant même une certaine difficulté à se faire comprendre. C’est pour raisons de santé que ce fonctionnaire avait demandé son changement ; aussi prenait-il de fréquents congés de maladie.
Les hommes d’équipe de la gare ont déclaré à plusieurs reprises avoir rencontré, surtout le soir, le commissaire de surveillance sur la voie an moment du passage des trains ; on l’avertissait alors du danger qu’il courait et M. Daguerre se retirait lentement.
Avant-hier soir, vers 6 h. moins dix, un train de marchandises, parti de Marseille à destination de Toulon, venait d’arriver en gare, et le mécanicien, faisant machine en arrière, se préparait à remiser la locomotive dans le local destiné à cet effet, lorsqu’en passant sons le premier tnnnel qui forme le pont de Montéty, le tender de la locomotive éprouva un soubressaut ; à ce choc, le mécanicien eut comme un pressentiment du malheur qui venait d’arriver : « J’ai écrasé un homme ! » s’écria-t-il, et il s’empressa de demander dn seconrs.
Quelques minutes après, les hommes de service, munis de lanternes, arrivaient et trouvaient, couché en travers sur le rail, le corps du malheureux Daguerre. La roue avait traversé la poitrine en passant sous le bras droit et avait, en quelque sorte, guillotiné sa victime.
Le chapeau et la canne du commissaire étaient posés çontre la muraille du tunnel.
On attribue cette fin malheureuse au caractère quelque peu hypocondriaque de M. Daguerre, dont nous avons déjà parlé.
Toutefois, on prétend qu’on a trouvé sur le cadavre une carte de visite contenant quelques notes assez incohérentes, dans laquelle le suicidé rendrait en partie responsable de son malheur, M. L…, son confrère, démissionnaire depuis quelques jours seulement. M- Daguerre, qui habitait à Valbourdin, laisse une veuve et deux enfants : une jeune fille et 18 ans et un jeune homme de 22 ans, sergent au 55e de ligne.
Les obsèques de M. Daguerre ont eu lieu hier matin à 10 heures. »

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