Un percepteur grincheux, Nice 1884

À l’époque de Courteline, la critique d’une administration publique et des petits tracas qu’elle impose au citoyen n’a rien d’insolite. Mais Le Petit Niçois dans un article du 15 mai 1884 va plus loin et assigne à d’obscures intentions antirépublicaines le comportement d’un fonctionnaire qui souhaiterait ainsi rendre impopulaire le régime qu’il représente :

« Un percepteur grincheux. — On nous rapporte un fait que, dans l’intérêt des contribuables, nous ne saurions passer sous silence. Il y a quelques jours, un honorable propriétaire de Nice se présente au guichet du percepteur de la rue Saint-Étienne, pour payer les contributions du premier trimestre de l’année. M. le percepteur lui fait observer que le 4e mois, celui d’avril, est également échu ; notre contribuable répond qu’il se proposait de payer ce deuxième trimestre à fin mai et insiste pour ne payer momentanément que le premier trimestre. Il paye, le percepteur lui délivre un reçu et… LE LENDEMAIN, c’est-à-dire douze heures après, notre contribuable recevait un avertissement sur papier vert, le sommant d’avoir à payer les termes échus de ses contribu-tions sous peine des contraintes indiquées par la loi. L’aimable percepteur avait eu soin de souligner sa menace.
Que cet agent du Trésor soit dans son droit, c’est possible, mais il nous semble qu’il devrait s’inspirer plutôt de l’esprit de la loi que des termes stricts. Ce n’est pas en tracassant ainsi les contribuables que les fonctionnaires feront aimer le gouvernement de la République. Il est vrai qu’après quatorze ans de République, il y a bon nombre de fonctionnaires qui ne tiennent pas du tout à faire aimer le gouvernement qu’ils desservent. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.