Une révolution

Huit heures et demi ou bien 20h 30 ? Nous emploierons l’une ou l’autre formule suivant le contexte ou la situation. Mais à la fin du XIXe siècle qui ne connaissait d’abord que la première expression, la deuxième apparaît comme une invention des savants contraire au sens commun, ainsi qu’en témoignent les étonnements d’un journaliste dans un article du Petit Niçois paru le 29 octobre 1884 :

« Une révolution. — L’une des décisions prises à Washington par les savants qui se sont réunis pour adopter un méridien unique est la suivante, plus grosse de conséquences qu’elle n’en a l’air :
Faire commencer 1e jour à minuit et compter les heures de 0 à 24 !
Se fait-on une idée de la révolution qu’un pareil usage doit apporter dans nos mœurs et surtout dans notre langage ?
Ainsi, pour se conformer à la décision de nos savants, les romanciers ne devront plus écrire : « Minuit, heure du crime ! » mais bien : « Vingt-quatre heures, — ou zéro heure, — heure du crime ! » Les affiches de théâtre ne devront plus porter : « Rideau à sept heures trois quarts » mais bien : « Rideau à dix-neuf heures trois quarts. »
Les gazettes parlementaires termineront par ce cliché : « Séance demain, à quatorze heures. » Et ainsi de suite.
Ce qui est plus grave, c’est le changement que cet état de choses apportera à la confection des montres et des pendules. Les heures devant être marquées de 0 à 24, tous les cadrans et tous les mouvements d’horlogerie actuels devraient être réformés.
Mais ce qui est effroyable et ce qui ferait dresser des cheveux jusque sur la coupole de l’institut, c’est la conséquence suivante, à laquelle les membres du Con-grès ne nous paraissent pas avoir suffisamment réfléchi.
Les nouvelles horloges devront sonner un coup par heure, c’est élémentaire.
Entendez-vous d’ici, à minuit, au moment où vous alliez vous endormir, les vingt-quatre horloges de votre quartier sonner l’une après l’autre vingt-quatre coups chacune et la pendule de votre salle à manger vous chanter vingt-quatre fois : « Coucou ! »

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