Un empêcheur de danser en rond, Alpes-Maritimes 1884

Le Petit Niçois du 11 décembre 1884 revient sur des incidents burlesques survenus dans le village de Contes lors d’un bal public. Le journal déjà évoqué ces incidents dans son numéro du 6 août où il reproduisait la lettre d’un lecteur, mais un nouvel événement est survenu, qui est l’occasion de rendre justice à la République, ce régime encore nouveau qui se montre capable de sanctionner ses propres fonctionnaires :

CONTES

Un empêcheur de danser en rond. — Les lecteurs du Petit Niçois se souviennent des fâcheux et drôlatiques incidents qui survinrent à Contes le dimanche 3 août.
Alors que toute cette honnête population en liesse se livrait an plaisir de la danse, le brigadier de gendarmerie, tombant comme une bombe au beau milieu d’un quadrille, essaya d’étouffer cette joie publique et de mettre fin aux danses en arrêtant l’archet aussi leste qu’habile de Louis Bermondi, le violoneux du pays et en bouchant à l’aide de son tricorne la flûte et le trombone.
Cet attentat aussi arbitraire qu’odieux souleva les protestations de toute la foule. Une voix seule, partie du balcon du Café de la Place, murmura sur un air connu :

Brigadier, vous avez raison.

Ce Pandore approbateur n’était autre que M. Robardet, percepteur du canton, l’instigateur de l’impair commis par le brigadier. On sait quelle fut la réponse de la population de Contes à tant d’outrecuidance. Jeunes et vieux, fillettes et mamans, ceux mêmes qui n’avaient jamais dansé se précipitèrent dans le bal, à la suite de l’adjoint Barraia, qui, en cette circonstance fit preuve de beaucoup de fermeté et d’énergie.
Cette histoire déjà ancienne et écrite tout entière dans les journaux de Nice, lettres de M. Robardet et d’un Contois, publiées par L’Eclaireur, vient d’avoir son épilogue.
L’empêcheur de danser en rond, le percepteur M. Robardet, a reçu son changement : il va dans le nord où il pourra, au milieu de ces populations plus calmes, plus froides, distiller sa bile et sa mauvaise humeur. Cette décision de l’administration a été favorablement accueillie par le canton de Contes tout entier.
Nous connaissons plus d’un citoyen qui, exaspéré des procédés et des mesures vexatoires de cet employé, aurait volontiers illuminé et allumé un feu de joie, pour fêter son départ. Mais nos courageux concitoyens n’aiment pas à insulter un homme tombé, ils ont horreur des coups de pied de l’âne… Plus généreux, ils se sont contentés d’applaudir à cette mesure du gouvernement de la République, qui ordonne à ses fonctionnaires de se renfermer dans leurs fonctions, sans s’immiscer dans les affaires d’autrui
Le 3 août, M. Robardet fredonnait :

Brigadier, vous avez raison…

Le village de Contes,
sur une carte postale du début du XXème siècle
où on aperçoit une des lignes du Tramway de Nice et du Littoral.

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