Il assomme son fils, Nice 1885

Un article paru le 3 avril 1885 dans Le Petit Niçois: il se passe de commentaires en présentant une violence presque caricaturale et nous révèle la légèreté avec laquelle le journaliste suit des sources qui se réduisent à des on-dit.

« Un père qui assomme son fils. – Une déplorable scène s’est passée hier, à cinq heures de l’après-midi, dans la vieille ville.
M. Boutau, garde de ville, habitant rue Centrale, 3, cherchait son fils, un jeune homme de 15 ans, qui, sorti le matin, n’était plus retourné à la maison. Après bien des courses, il trouva attablé avec quelques amis dans une auberge de la rue des Voûtes. Il lui fit des reproches, auxquels le jeune homme eut le tort de répondre insolemment. M. Boutau, sans réfléchir aux conséquences de sa brutalité, frappa violemment son fils à trois reprises d’une canne plombée qu’il tenait à la main et qui lui servait de défense les soirs où il se retirait tard de la villa dont il avait la garde. Les coups atteignirent à la tête le malheureux jeune homme qui tomba évanoui.
Le blessé fut transporté à son domicile où des soins lui sont maintenant prodigués. Il n’a pas tardé à reprendre connaissance, et nous apprenons au dernier moment qu’il va assez bien pour qu’on espère le voir bientôt guéri. Le bruit a couru hier soir qu’il était mort. Nous sommes heureux de pouvoir affirmer le contraire.
Quant au père qui a failli assommer son fils, il a pris la fuite aussitôt qu’il a vu le jeune homme étendu par terre, évanoui. Évidemment il a cru, lui aussi, qu’il était mort. On a vu ce père trop prompt prendre une voiture au Pont-Vieux pour s’enfuir plus vite afin de gagner, croit-on, l’Italie.
M. le commissaire de police du 1er arrondissement a ouvert une enquête sur cette affaire si regrettable. »

Le lendemain paraît la suite des aventures de cet irascible père :

« Coups et blessures. – Nous avons dit hier que dans un moment de vivacité regrettable un nommé Boutau Pierre, garde de ville, avait failli assommer son fils à coups de canne.
Ce père trop vif avait d’abord essayé de s’enfuir, mais on a pu l’arrêter. Il est en ce moment en prison, où il attendra que le tribunal le juge pour coups et blessures. »

Enfin, le 5 avril on peut lire la conclusion de l’affaire, qui ramène celle-ci à des proportions plus banales :

« Procès-verbal. – Nous avons déjà parlé de l’affaire qui a eu lieu entre le père et le fils Boutau. Le public avait énormément exagéré cette aventure regrettable, au point que le bruit avait couru que le jeune homme était mort. Nous en avons, dès le premier jour, réduit l’importance. Le père, le sieur Pierre Boutau, a été relâché aussitôt après son arrestation ; on s’est borné à dresser contre lui procès-verbal. »

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