Le journal fait la morale, Nice 1885

Comment raconter deux anecdotes peu flatteuses sur les cochers sans se mettre à dos leur corporation, c’est le problème qu’a résolu un journaliste du Petit Niçois le 27 mars 1885, d’abord en attribuant leur dénonciation à un lecteur supposé dont le nom n’est pas cité, ensuite en chantant l’éloge des cochers en général, enfin en se présentant comme gardien de la morale publique.

« Les cochers. – Un correspondant étranger, hôte d’hiver de la ville de Nice, nous fait part de ses plaintes contre certains cochers qui ne peuvent être, nous le savons par expérience, que l’exception dans la corporation.
Il s’agit de l’attitude inconvenante d’un cocher qu’il a vu apostrophant en termes fort peu corrects les dames qu’il rencontrait seules sur nos promenades ; un autre se livrait à cette fantaisie d’un goût douteux de s’arrêter et de se ranger le long d’un trottoir, alors qu’il conduisait un monsieur, parce qu’une dame, croyant sa voiture libre, lui avait fait signe. La dame s’avança pour prendre place dans le véhicule et se trouva nez à nez avec le premier occupant. On voit quelles méprises fâcheuses et quels désagréments peuvent entraîner de semblables procédés.
Cette façon d’agir n’est heureusement pas celle de tous les membres de la corporation des cochers, qui compte dans ses rangs une très grande quantité d’hommes soucieux d’exercer leur profession avec convenance et pour la plus grande satisfaction de ceux qui ont recours à leurs services. Ces habitudes sont particulières à quelques individus seulement, et il est utile de les signaler et d’appeler sur elles une répression sérieuse, afin que le bon renom de notre ville n’arrive pas à être compromis par la faute de quelques-uns, au plus grand préjudice de tous.
Que l’on veille donc à ce que ces faits ne se reproduisent pas ; les cochers polis, complaisants, — c’est la grande majorité, — sont les premiers à réclamer la séparation du bon grain de l’ivraie, comprenant qu’ils ne manqueront pas de s’en trouver bien. »

Un fiacre à Nice au début du XXème siècle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.