Encore des infanticides, Nice 1885

Deux nouveau-nés assassinés, l’un jeté dans le fleuve qui traverse Nice, l’autre jeté dans les lieux d’aisance, ce sont les horreurs que racontent deux articles consécutifs du Petit Niçois le 19 mai 1885.

« Deux infanticides. Hier matin, des enfants qui s’amusaient dans le lit du Paillon, entre le Square Masséna et le Pont-Vieux, ont découvert le cadavre d’un nouveau-né de sexe masculin que le courant avait apporté près d’un talus qui l’avait arrêté. Le pauvre petit corps était entièrement nu ; rien, pas le moindre haillon, n’enveloppait ses tendres chairs. On suppose qu’il avait été jeté du Pont-Vieux dans le Paillon, pendant la nuit.
Le docteur Guillabert, appelé en toute hâte pour examiner l’enfant, a déclaré qu’il était né à terme. Le corps était fort bien constitué.
Sur les deux rives du Paillon, des rassemblements se sont formés, dès que la nouvelle fut connue, et l’on entendait de tous les côtés des paroles d’indignation contre la mère dénaturée qui avait commis ce crime.
Le corps a été transporté à la Morgue où l’autopsie en sera faite.
Une information a été ouverte par M. Grenier, commissaire de police du 1er arrondissement. Espérons qu’elle amènera la découverte de la coupable. »

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« On vient déjà d’arrêter une femme inculpée du même crime. Remarquons, à ce propos, que les infanticides se renouvellent à quelques jours à peine d’intervalle. Serait-ce, comme on le disait hier dans la foule, que les tribunaux se montrent trop indulgents pour les actes de cette nature ?
Quatre jours avant l’infanticide dont nous venons de parler, un autre avait été commis dans des circonstances aussi horribles. Ici la coupable est connue.
Une domestique nommée Marie Rayna, âgée de 22 ans, placée chez une famille honorable demeurant rue Victor, était dans la nuit du 11 courant, à 3 heures, accouchée clandestinement. Le nouveau-né, du sexe féminin, parfaitement viable, avait été jeté dans les lieux d’aisances où l’on n’a pas tardé à le trouver.
Aussitôt arrêtée, la coupable a tout avoué à M. le commissaire de police du 2e arrondissement, qui lui a fait subir les premiers interrogatoires. Vu son état de faiblesse, la fille Rayna a été transportée à l’hôpital où on la gardera jusqu’à ce qu’elle soit rétablie ; alors elle sera conduite en prison, en attendant sa comparution devant les assises. »

Ces tristes faits divers amènent à se poser des questions : comment les personnes qui employaient la mère du second nouveau-né comme bonne à tout faire ne se sont-elles pas aperçues de sa grossesse, qu’elle avait sûrement dissimulée puisqu’il est précisé qu’elle accouche « clandestinement » ?
D’autre part on découvre les deux crimes à cause de la maladresse de leurs auteurs – nous n’écrivons pas autrices car, dans le cas du premier, on imagine mal une femme qui vient d’enfanter aller elle-même sur un pont en plein centre de Nice, vraisemblablement la nuit, pour jeter le nourrisson ; on pense plutôt à un complice qui peut être un homme.
Mais combien d’infanticides sont-ils commis dans la réalité, par des gens plus habiles à cacher leur forfait ?

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