Trois suicides, Alpes-Maritimes 1885

Avec plus de 5000 suicides annuels, la France des années 1880 connaît pour ce triste phénomène un taux de fréquence tout à fait comparable aux 9000 suicides annuels de la France contemporaine. Mais, alors que les médias actuels font à peine allusion quand un train est retardé parce qu’il a écrasé un malheureux, les quotidiens de la fin du XIXe siècle détaillent chaque suicide avec un luxe de détails. Le Petit Niçois du 22 mai 1885 raconte ainsi par le menu comment trois de ces tragédies se sont déroulées :

« Suicides. — Un drame d’amour. Nous recevons la nouvelle d’un double suicide qui a soulevé beaucoup d’émoi dans le quartier de Fuoncauda, où il s’est accompli.
Hier matin, on était surpris de ne pas voir deux jeunes gens, qui s’aimaient depuis longtemps. Le jeune homme, nommé Teisseire Jean-Baptiste, n’était âgé que de 20 ans ; la jeune fille, Gasiglia Antoinette, avait 2 ans de plus que son amoureux. Ils travaillaient tous les deux en qualité de fleuristes chez M. Martin, rue de France.
Ces deux jeunes gens s’étaient promis de se marier ensemble. La demande en avait été faite par Teisseire aux parents de la jeune fille. Mais, pour un motif ou pour un autre, le consentement ne fut point donné à ce projet d’union. Désespérés, les deux amants résolurent de se donner la mort plutôt que de vivre séparés. Et après une scène d’amour, où ils ont dû se surexciter l’un l’autre, ils se sont enfermés dans une chambre, ont allumé un réchaud de charbon, et ont attendu la mort, qui n’a pas tardé à venir, apportée par l’acide carbonique qui remplissait graduellement la chambre.
Hier matin, on a trouvé gisant sur le sol, côte à côte., se retenant par une suprême étreinte, ces deux amants malheureux.
M. le commissaire de police du huitième arrondissement s’est immédiatement transporté à l’endroit. Cette idylle, terminée en élégie, donnera lieu de sa part à une enquête.

Encore un suicide.
On nous annonce d’Aspremont qu’hier matin on a trouvé au-dessus de la route de Nice à Aspremont, ligne de grande communication, n. 14., à 2 kilom. environ du village, un homme pendu, en amont du talus, à une hauteur de 10 mètres environ. L’olivier auquel était nouée la corde appartient à M. Isnard.
D’après une enquête à laquelle M. le maire d’Aspremont Gasiglia a procédé dès qu’il a connu ce triste événement, et qui a été complétée par le commandant de la brigade de Levens, il résulte que la mort est due à un suicide.
La misère, le malheureux n’ayant sur lui qu’un sou et une montre de valeur infime, et peut-être aussi le manque de travail l’ont poussé à cet acte de désespoir. C’était un jeune homme imberbe, 20 ans environ, taille 1 m. 68, vêtu proprement, mais sans élégance, figure pâle et maigre, boiteux, la jambe droite étant un peu plus courte que la gauche. Il devait appartenir à la classe ouvrière. On croit qu’il
est d’origine italienne et qu’il venait de la province de Coni.

Enfin, un troisième suicide s’est produit mercredi, vers 7 h. 1/2 du soir, dans la rue Gioffredo .
Le nommé Piccone, âgé de 42 ans, coiffeur, demeurant rue Gioffredo, 7, s’est donné la mort en se tirant un coup de revolver à la tempe droite. Dans sa chambre, à côté d’une photographie attachée au mur avec une épingle, on a trouvé un billet écrit de sa main dans lequel il dit qu’il se suicide pour des chagrins de famille.»

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