L’âne de Sospel, 1885

Dans Le Petit Niçois du 4 juillet 1885, le correspondant à Sospel du quotidien raconte un incident qui met en scène un âne à l’étrange comportement et son maître, un Italien. L’Italie n’est en effet qu’à quelques kilomètres de ce village de montagne et c’est l’occasion d’exprimer une certaine italophobie qui est permanente dans les colonnes du journal.

«                                               SOSPEL
On nous écrit de Sospel, le 2 juillet 1885 :
Un petit âne, mais un bien mauvais petit âne celui-là, avait été laissé, lundi dernier, dans un coin de la petite place avoisinant le bureau de poste, par son maître, un Italien, qui était allé en ville procéder à quelques achats.
Sans rime ni raison, l’âne s’élance, à un moment donné, sur deux petits enfants de 4 à 5 ans, qui jouaient tout près de lui, les roule à terre et, les mordant à belles dents, les aurait certainement achevés si, attirées par leurs cris, quelques personnes qui se trouvaient non loin de là n’étaient venues les délivrer.
Ce n’est pas la première fois, nous assure-t-on, que ce méchant bourricot est pris d’une fantaisie aussi peu aimable.
Le mieux puisque ni les bons ni les mauvais traitements n’y peuvent plus rien, qu’il changera de peau mais qu’il gardera ses vices, le mieux, disons-nous, serait peut-être de l’employer de suite à faire des saucissons à l’ail.
Mais peu fortuné, notre Italien paraît se décider difficilement à faire le sacrifice d’un compagnon qui lui cassera un membre un jour, c’est sûr, mais qui en attendant lui rend des services.
Connaissant sa mauvaise nature, il aurait pu, dans la circonstance présente, l’empêcher de se livrer à ses mauvais instincts en l’attachant court.
À Sospel on fut unanime à le blâmer.
Poussé, à son retour, par un esprit de vengeance bien naturel à la vue des pauvres enfants meurtris et ensanglantés il saisit l’âne pour le frapper, mais celui-ci ne l’entendit pas de cette oreille. Prompt comme l’éclair, il se dressa sur ses pieds de derrière et avec une habileté incroyable happa son maître par le cou et le tint ainsi, pâle et frissonnant, un bon moment. Ce n’est que par nos cris et nos menaces que nous pûmes faire lâcher prise à l’atroce bête.
L’âne se remit sur ses quatre pieds, l’homme passa devant lui et tous les deux gravement, comme si rien ne s’était passé, reprirent le chemin de l’Italie.

Un Sospelloist »

Sospel et les montagnes d’Italie en 1900.

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