Une petite fille brûlée, Nice 1885

L’article que propose Le Petit Niçois du 8 septembre 1885 est conforme aux règles du style journalistique : il présente brièvement les faits, en l’occurrence la mort horrible d’une enfant, et ensuite détaille la suite d’événements qui ont mené à cette triste conclusion. Mais ici le journaliste va construire une véritable page de roman dont le style est très proche de celui des romanciers naturalistes contemporains et, quand l’information fera défaut, il lui suppléera par l’imagination, non sans insister sur tous les points qui peuvent émouvoir, voire secouer, le lecteur.

«                               Une petite fille brûlée

Un grave malheur est arrivé hier matin vers 9 heures dans le vieux Nice, à la rue des Serruriers. Une petite fille âgée de 7 ans, nommée Aureglia Victorine, s’est brûlée, et est morte quelque temps après dans d’horribles souffrances.
Nous devons relever à ce propos une grande imprudence de la part de la sœur et du frère aînés de la malheureuse.
Le frère et les deux sœurs, orphelins, vivaient ensemble au 5ème étage de la maison n° 18, rue des Serruriers. Tous les matins, vers 6 heures, la sœur aînée, qui est employée à la Manufacture des Tabacs et le frère, garçon chez M. Curti, sortaient pour se rendre à leur. travail et laissaient la petite Victorine couchée seule dans la maison. Elle dormait d’habitude jusqu’à 8 heures. C’est en effet à cette heure-là qu’hier matin elle s’est levée.
Que s’est-il passé alors ?
On suppose que l’enfant s’est amusée avec des allumettes, avec l’insouciante imprudence de son âge.
Le feu a pris au bas de ses jupes. Quand elle s’en est aperçue, elle s’est mise à crier et, folle de terreur, a descendu l’escalier avec une rapidité qui activait les flammes.
Quand elle est arrivée à l’étage inférieur, tous ses vêtements flambaient. Un petit garçon de six ans se trouvait là, il s’approcha de la pauvre enfant et il s’en est fallu de pu que le feu ne se communiquât aussi à ses hardes et ne fit deux victimes.
Sur son passage, la malheureuse a mis le feu au lit de cet enfant ; une paillasse qui n’a pas tardé à être consumée.
À ce moment des voisins et un pompier sont arrivés ; pendant que les uns s’occupaient d’arrêter le commencement d’incendie qui s’était déclaré, d’autres se portaient au secours de la pauvre petite. Elle était dans un état qui faisait pitié ; tout son corps était carbonisé ; le visage était hideux et ne conservait plus forme humaine ; on ne pouvait la toucher d’aucune façon sans accroître l’horrible souffrance qu’elle avait à peine la force d’exprimer.
Elle a été transportée à l’hôpital.
Une heure après elle expirait, après avoir souffert une agonie atroce.
L’enfant de six ans qui a couru de si grands dangers, épouvanté de cette scène, est maintenant en proie à une fièvre qui donne des inquiétudes à ceux qui le veillent. Nous espérons qu’on le guérira bientôt et qu’à ce grave malheur, qui a causé une si grande émotion dans le quartier, il ne s’en ajoutera pas un autre. »

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