Les figues empoisonnées

Le 7 janvier 1886 on peut lire dans Le Petit Niçois le récit d’une curieuse tentative d’assassinat qui a lieu dans un des hameaux de Breil-sur-Roya, Alpes-Maritimes :

« LA GIANDOLA
Tentative d’empoisonnement.

– Une tentative d’empoisonnement à l’aide d’une boîte de figues, préparées avec de la strychnine, vient d’être commise à la Giandola, commune de Breil, sur la personne du sieur A. Deleuse.
Sur la demande de ce dernier, le brigadier de gendarmerie de la Giandola a dressé procès-verbal, et une plainte a été, en outre, adressée au parquet. »

Le 22 janvier paraît un article qui rend compte de l’enquête menée à la suite de l’événement :

« BREIL
Les figues empoisonnées.

L’instruction de cette intéressante affaire se poursuit très activement et sans aucun doute elle amènera bientôt la découverte des coupables. En attendant nous allons compléter les renseignements que nous avons donnés dès la première heure.
Quelques jours avant le premier janvier, on s’en souvient, le conducteur du courrier de Nice à Fontan remettait à M. Deleuse, propriétaire de l’Hôtel des Étrangers à la Giandola près Breil, une petite caisse de figues. Presque au même moment le facteur apportait au destinataire une lettre portant le timbre de Nice par laquelle M. B…, demeurant à Nice, rue Emmanuel Philibert, 14, le prévenait de cet envoi : « Ces figues, disait la missive, vous sont expédiées comme échantillon ; si elles vous conviennent, je vous en céderai à bon prix une quantité importante. » Disons tout de suite que la signature et l’adresse sont fausses ; au n° 14 de la rue Emmanuel Philibert se trouve l’école municipale des filles et des garçons.
On sait le reste : M. et Mme Deleuse et un de leurs employés, M.Véran Flaminius, maréchal ferrant, ayant goûté aux figues, éprouvèrent un malaise subit ; les figues étaient empoisonnées.
Une enquête fut immédiatement ouverte. Le conducteur qui avait remis le colis, interrogé, déclara qu’il avait été chargé de cette commission par son patron M. Dalmas, voiturier. Diverses personnes furent entendues par M. le juge d’instruction, mais aucune d’elles ne put indiquer les mobiles de cette audacieuse tentative d’empoisonnement ni fournir la moindre trace de cet émule du docteur Estachy.
Aujourd’hui l’instruction est entrée dans une nouvelle voie.
M. Deleuse, qui est voiturier, aurait failli, si nous en croyons certaines indications, être victime de la jalousie d’un concurrent malheureux,
Nous ne pouvons entrer aujourd’hui dans les détails très circonstanciés qui sont à notre connaissance ; nous attendrons pour revenir sur cette curieuse affaire que l’enquête soit terminée. »

Le docteur Estachy, auquel article fait allusion, est un médecin de Pertuis dans le Vaucluse qui vient d’être condamné en 1885 à huit ans de travaux forcés pour avoir offert à un de ses confrères de la même ville des grives empoisonnées à l’atropine. La femme et la servante de ce dernier avait été prises de démence. On peut lire le récit de ces événements sur l’excellent site GénéProvence : « L’affaire du paquet de grives (Pertuis, 17 janvier 1885). »

La Giandola à Breil-sur-Roya, Alpes-Maritimes

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