Tragédies à Lucéram, Alpes-Maritimes 1886

À moins de 30 km de Nice et de la Côte d’Azur, peuvent se dérouler des drames liés aux dangers du mauvais temps en montagne, comme le rapportent deux articles parus le 27 janvier 1886 dans Le Petit Niçois :

« LUCERAM

On écrit au Petit Var de cette localité :
Un enfant brûlé vif – Les deux époux Laurent et Gasparine Alessi étaient occupés dans la campagne, à Lucéram (A.-M.), aux travaux des champs et avaient amené avec eux leurs deux, enfants, l’un Paul, âgé de 4 ans, et l’autre
Baptistine, âgée de 12 ans.
Comme il faisait très, froid sur la neige durcie, cette dernière, afin de réchauffer son frère, réunit quelques broussailles et y mit le feu.
Mais les deux enfants, ignorants du danger, s’approchèrent trop de la flamme et le feu prit aux vêtements du petit garçon.
À ses cris et à ceux de sa sœur, les parents, qui travaillaient à une centaine de mètres, accoururent et parvinrent à éteindre les flammes qui entouraient le pauvre enfant. Mais il était trop tard ; quelques heures après, il succombait affreusement brûlé. »

« Perdu dans la neige, une victime. — Trois ouvriers, Gabriel Cero, forgeron à Nice ; Ludovic Barraïa, menuisier à Lucéram, et Antoine BianChi, serrurier à l’Esçarène,.revenaient sous la neige, des travaux militaires de Peira­Cava. Les flocons tombaient avec une telle densité sur le chemin glacé, que les trois voyageurs, ayant voulu prendre un sentier de traverse, finirent par perdre leur route, et l’un d’eux, Bianchi, qui marchait en avant, ayant rencontré un précipice sous ses pas, fut précipité dans un ravin d’une hauteur de 150 mètres.
Ses camarades, devant ce malheur, durent faire un long détour pour se porter au secours de leur ami ; ils furent assez heureux pour le retrouver se cramponnant à un arbrisseau, qu’il avait arrêté sur sa route au milieu de la neige et au-dessus d’un second précipice, plus affreux que le premier.
Barraïa, qui portait d’habitude une longue ceinture de flanelle, l’attacha à un arbre et, en se halant sur cette corde improvisée, put parvenir auprès de Bianchi, le traîner sur un petit sentier et le reposer sur quelques broussailles au milieu de la neige, les blessures qu’il avait reçues l’empêchant de faire un pas.
Le garde forestier, prévenu, était allé au village voisin donner, l’alerte, mais avait annoncé qu’on ne retrouverait qu’un cadavre.
En l’absence du maire et de l’adjoint, M. Baralis, conseiller municipal, accompagné de quelques agents communaux et de huit hommes de bonne volonté, se transporta sur les lieux avec des secours et des cordiaux.
Les trois malheureux, en apercevant les lumières, car la nuit était tombée, poussèrent des cris de joie.
On se mit aussitôt à l’œuvre : Bianchi respirait encore ; pendant quatre heures, ses camarades l’avaient frictionné sans repos pour l’empêcher de se geler, désespérant de ne pouvoir lui porter d’antre secours et craignant de le voir expirer dans leurs bras.
Transporté au village, couché à l’hôtel et entouré de soins, Bianchi. n’en a pas moins succombé quelques heures après.
Grâce à sa probité sincère, il ne comptait que des amis ; ses obsèques ont eu lieu au milieu de toute la population.
Les autorités devraient bien prendre en considération la conduite dévouée de Barraïa, alité en ce moment à la suite des fatigues et des souffrances qu’il a éprouvées pendant ces heures terribles, et lui faire accorder une récompense. »

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