Un misérable jaloux, Nice 1886

En moins de deux semaines, ce mois de février 1886, se joue une tragédie que relate Le Petit Niçois ; d’abord, le 21, un article qui met en place le drame et ses protagonistes. On notera au passage l’expression «  un jeune paysan de Cimiez », qui en dit long sur l’urbanisation de Nice à l’époque :

« Un misérable jaloux. —Dimanche dernier le boulevard Sainte-Agathe, quartier de Riquier, a été le théâtre d’une horrible scène de jalousie.
Une jeune fille du quartier dont les parents habitent le haut de la rue Victor près du pont du chemin de fer, était follement aimée par un jeune paysan de Cimiez auquel elle était fiancée. Les deux amoureux se voyaient presque tous les jours. Dimanche dernier, le fiancé dit à sa promise qu’il ne viendrait pas la voir et lui défendit de sortir.
Entraînée par des amies, la jeune fille enfreignit cet ordre et se rendit à un bal du voisinage. À peine y était-elle entrée, que son amant, qui sans aucun doute l’avait épiée, se présente à la porte du bal où, l’ayant mandée, il la gifla en lui disant :« Sors, viens, j’ai à te parler. »
L’innocente jeune fille, craignant son courroux, s’empressa d’obéir et le suivit sur le boulevard Sainte-Agathe. Là, ce misérable, fou de jalousie, se jette sur elle et la crible de coups de poing et de coups de pied, au point que la pauvre victime rentre chez elle, le corps meurtri, presque expirante.
Le lendemain elle ne put se lever et deux jours après, mardi soir, elle rendait le dernier soupir. À. tontes les demandes, à toutes les prières de ses parents, la jeune fille opposa un silence absolu, ne voulant pas dénoncer celui qu’elle aimait ; ce n’est qu’au moment d’expirer qu’elle livra le nom de son agresseur.
Celui-ci n’a pas reparu à Cimiez ; on croit qu’il a passé la frontière. »

À la suite de quoi, le 23 février paraît un nouvel article qui relève une contradiction entre l’enquête policière et le diagnostic du médecin qui a soigné la malheureuse :

« Le drame de la route de Turin. – Nous recevons la communication suivante, en réponse à notre chronique d’avant-hier. À la suite d’un article paru dans le journal Le Petit Niçois, M. le commissaire de police du 2me. arrondissement a procédé à une enquête sur la mort de la nommée Anna Ferrero, âgée de 18 ans, demeurant chez une parente, route de Turin, décédée le 18 du courant, à la suite de coups et blessures reçus de, son amant, le nommé X…, dit le matelot.
La famille n’a pas cru devoir relever ces faits ; quant au coupable, il est activement recherché. M. le docteur Grinda qui a soigné la défunte a déclaré que cette jeune fille est morte de pneumonie, et un certificat dans ce sens a été délivré à l’état civil. »

Le 24 février, Le Petit Niçois donne la suite de l’affaire :

« Arrestation. – Les gardes champêtres de la section de Cimiez, Camons Joseph et Amédée Jules, ont arrêté avant-hier matin le misérable jaloux qui a donné la mort à la pauvre Ferrero, sa fiancée, dans les circonstances que nous avons racontées, à !a sortie d’un bal sur le boulevard Sainte-Agathe.
C’est un nommé Bertagno Honoré, dit le matelot, âgé de 19 ans.
Cette capture fait grand honneur aux deux gardes champêtres Camous et Amédée. »

Et enfin, le 27 février paraît la conclusion :

« Mise en liberté. — Bertagno, dit le Matelot, dont nous avions annoncé l’arrestation sons la prévention d’avoir occasionné la mort de Mlle Ferrero, sa fiancée, a été mis en liberté.
L’autopsie du cadavre de la pauvre jeune fille a donné, pleinement raison aux constatations de M. le docteur Grinda. Le décès a été le résultat, non des coups que lui a administrés son fiancé sur le boulevard Saint-Agathe, mais d’une pneumonie contractée probablement à sa sortie du bal où Bertagno était venu la quérir. »

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