Un charivari dans les Alpes-Maritimes en 1886

« Concert ridicule, bruyant et tumultueux de poêles, de chaudrons, de sifflets, de huées, etc. qu’on donne en certaines localités aux femmes veuves et âgées et aux veufs qui se remarient [..] » Telle est la définition que Littré donne du charivari. À la fin du XIXe siècle cette coutume sévit encore et on l’a déjà évoquée dans un article, « Un charivari qui tourne mal, Nice 1884 ». Mais à la différence de ce dernier cas, dans les incidents que relate Le Petit Niçois du 1er mars 1886, les mariés ont à peu près le même âge :

« SAINT-AUBAN

Un de ces mariages comme on en voit peu a été célébré le 15 février dernier, dit le Journal de Grasse. Les nouveaux mariés, deux veufs, plus que sur le retour de l’âge, comptent ensemble cent vingt-six printemps : le mari, soixante-quatre, et la nouvelle épouse, soixante-deux. À l’occasion de ce mariage, une bande de jeunes gens s’étaient donné rendez-vous, à la tombée de la nuit, aux abords de la maison qu’habitent les époux, pour leur faire un charivari infernal. En effet, on eût dit que tous les diables étaient de la partie : vieilles faux, chaudrons, cor de mer, flûtes, sifflets, rien ne manquait à cet orchestre, peu harmonieux sans doute, lequel finit par déplaire à nos vieux amoureux, qui eurent recours à la gendarmerie. Bien leur en prit, car le bruit cessa aussitôt.
Or, un soir que nos musiciens commençaient à faire répétition, il advint que les gendarmes, qui guettaient leur proie, se mirent à leur poursuite (un peu histoire de rire, sans soute) ; mais, ingambe comme on l’est à dix-huit ou vingt ans, ils disparurent immédiatement, gravissant les rochers qui dominent notre village. Un semblant d’enquête fut commencé, et, comme on demandait au nommé Bonome, dit Méan, s’il n’avait reconnu personne, ce dernier répondit, avec une certaine malice, « que probablement, ce devait être des revenants ». En un mot, c’était à mourir de rire.
À la Mairie, M. le maire termina la comédie en souhaitant aux époux du bonheur et une longue suite d’enfants. Les assistants riaient, pensant avec raison que, malgré leur bonne volonté, ce dernier vœu ne sera jamais exaucé, à moins, toutefois, que la bénédiction du doyen ne fasse surgir quelque miracle.
Il n’y aurait rien d’étonnant, la foi est capable de si grandes choses ! »

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