La soupe qui tue, Alpes-Maritimes 1886

Dans La Prisonnière Marcel Proust évoque en 1923 la pittoresque figure d’un artisan ambulant, le rétameur : « Avec lui ne pouvait lutter le repasseur de scies, car, dépourvu d’instrument, il se contentait d’appeler : « Avez-vous des scies à repasser, v’là le repasseur », tandis que, plus gai, le rétameur, après avoir énuméré les chaudrons, les casseroles, tout ce qu’il étamait, entonnait le refrain : « Tam, tam, tam, c’est moi qui rétame, même le macadam, c’est moi qui mets des fonds partout, qui bouche tous les trous, trou, trou, trou »
Cet artisan réparait marmites et casseroles de cuivre en déposant une fine couche d’étain qui masquait les taches de vert-de-gris. Quand ce soin était négligé, on s’exposait à de graves accidents comme celui que relate Le Petit Niçois du 2 mai 1886 :

« MOULINET

Un déplorable événement dont l’imprudence est la principale cause, est venu attrister la population du Moulinet, dans la journée de jeudi.
Le sieur Truchi Antoine s’était rendu dans sa propriété du quartier de l’Avenguet avec sa bru et une jeune enfant confiée à leur garde. Vers midi, la jeune femme prépara la soupe dans une marmite en cuivre insuffisamment nettoyée, et à l’intérieur de laquelle devaient se trouver des traces de vert-de-gris, car, pendant la nuit, les trois personnes qui en avaient mangé furent prises de coliques et de vomissements, indices certains d’empoisonnement.
Malgré tous les soins prodigués aux malheureuses victimes, l’infortuné Truchi ne tarda pas à succomber au milieu d’atroces souffrances, quant à sa belle fille et à la petite enfant, leur état quoique très
grave, n’inspire pas de sérieuses inquiétudes. On espère les sauver.
Dans la matinée du vendredi, M. le juge de paix de Sospel et la gendarmerie de cette ville se sont transportés à Moulinet, accompagnés du docteur Sassi, pour procéder aux constatations légales. Ils n’ont pu que constater que l’empoisonnement est uniquement dû à l’absorption de la soupe préparée dans la marmite non étamée et enduite d’oxyde de cuivre. »

Le village de Moulinet (Alpes-Maritimes) sur une carte postale ancienne.

 

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