Le crime d’Utelle, Alpes-Maritimes 1886

Violences contre les femmes, tentative d’homicide sur son épouse, c’est, somme toute, un fait divers plutôt banal que relate Le Petit Niçois du 15 août 1886. Ce qui est plus remarquable, ce sont les remarques du journaliste qui ne font qu’exprimer la misogynie générale :

« LE CRIME D’UTELLE

Utelle, 13 août. Un drame conjugal vient de se dérouler au hameau du Reveston d’Utelle (arrondissement de Nice). Le nommé Morel a tenté d’assassiner sa femme dans les circonstances qu’on va lire :
Le coupable est un campagnard, point méchant du tout, même un peu simple ; sa famille est fort à l’aise et jouit d’une certaine considération. Personne ne se serait douté qu’il y eut en lui l’étoffe d’un meurtrier. Il a fallu qu’il se mariât pour qu’il devînt criminel.
Son père étant veuf, frisant la soixantaine et n’ayant que deux garçons à la maison, résolut de marier l’aîné qui, docile, se laissa faire. Le malheureux ne savait pas que, depuis Eve, la femme a toujours perdu l’homme.
Après quelques mois de mariage, il crût s’apercevoir que sa femme entretenait des relations coupables avec son frère cadet. On comprend sa colère.
Il y eut du bruit dans la maison. Bref, la jeune femme, laissant là son mari, s’en alla passer quelques mois à Nice.
Pour le malheur de cette famille, son beau-père l’allait chercher dernièrement.
L’union ne devait pas revenir avec elle. Ayant perdu toutes ses illusions, ne gardant plus aucun doute sur son malheur, le pauvre jeune homme était devenu sombre et, paraît-il, manifestait des idées de suicide.
Mardi matin, nonobstant une violente querelle, il semblait s’être réconcilié avec sa femme et se montrait d’une amabilité, d’une gentillesse extrêmes. Son père et son frère étaient partis pour les travaux des champs. Soudain, tout en continuant ses caresses, il frappa sa femme au cou avec un énorme coutelas qu’il avait dissimulé sous sa veste. Par bonheur, l’instrument fût arrêté par les vertèbres cervicales, sans quoi c’était fait d’elle.
Croyant avoir tué sa femme, le meurtrier s’enfuit dans la direction du Var. Chacun pensait qu’il avait fini par un suicide. Ce qui donnait prise à cette hypothèse, c’est qu’il aurait remis une certaine somme à un cantonnier qu’il avait rencontré, afin de faire dire des messes. Pas du tout. Il a eu peur et s’est laissé arrêter à Saint-Martin-du-Var, d’où il a été conduit sous bonne escorte à la prison du Sénat à Nice. — R. »

Utelle sur une vieille carte postale.

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