Faux policier mais authentique escroc, Nice 1886

L’article « L’habit ne fait pas le prêtre, Grasse 1886 » montrait un malandrin qui inspirait confiance à ses victimes en portant l’habit ecclésiastique. C’est un stratagème assez voisin qu’emploie ce faux policier – en fait ancien policier – pour racketter prostituées et tenanciers de salles de jeu clandestines. On peut lire le récit de ses larcins dans Le Petit Niçois du 4 septembre 1886 :

« Un singulier escroc. – Le nommé Merle Alexandre, jadis sous-inspecteur de police, fut révoqué pour indignité en 1882. Depuis lors, il a continué d’habiter Nice se livrant, pour vivre, à un genre d’escroquerie assez nouveau.
Il avait plusieurs façons de procéder, l’une d’elles consistait à se présenter chez les femmes de mauvaise vie et, leur déclarant qu’il faisait partie de la police des mœurs, les menacer de les signaler si elles ne lui donnaient de l’argent. Les malheureuses s’exécutaient sans mot dire et payaient la dîme prélevée par ce peu délicat personnage.
D’autres fois, il arrivait inopinément dans des maisons où il savait qu’existent des roulettes clandestines et, toujours se disant inspecteur de police, déclarait qu’il venait d’apprendre à l’instant que les agents étaient en marche pour saisir le tripot et qu’il était accouru prévenir qu’on eût à déguerpir, ce que l’on faisait après avoir toutefois reconnu le service rendu au moyen d’espèces sonnantes.
Ce qui aidait surtout cet audacieux escroc à accomplir ses filouteries, c’est qu’il possédait une carte électorale de date très récente sur laquelle il était porté comme inspecteur de police quoiqu’il ne le fût plus depuis longtemps.
Enfin, l’une de ses nombreuses victimes se décida à porter plainte et Merle a été arrêté, hier matin, sous l’inculpation d’usurpation de fonctions et escroquerie. L’enquête aussitôt ouverte a déjà révélé à sa charge un certain nombre d’actes délictueux du genre de ceux que nous venons d’énumérer et l’on croit qu’on en apprendra bien d’autres. En attendant, Merle a été écroué au Sénat. »

Le Sénat désigne ici une vieille prison située près du cours Saleya.

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