Deux histoires de chasse, Alpes-Maritimes 1886

D’ordinaire les récits de chasse que publie Le Petit Niçois sont plutôt des récits d’accidents. Mais le 14 octobre 1886 on trouve sur la même page deux anecdotes qui ont en commun un certain humour. La première, qui se déroule à Nice, met en scène de façon théâtrale un trio de chasseurs qui s’expriment comme dans un vaudeville. Curieusement ils sont à Rauba Capeu, donc au bord de mer, entre la Promenade des Anglais et le port de Nice. La deuxième histoire nous renseigne sur l’époque : si ces soldats étaient nourris correctement, ils ne songeraient pas à capturer un chat pour en faire un civet ; l’article nous apprend d’autre part qu’en ce temps-là on pouvait trouver un lièvre à Antibes.

« Histoire de chasse. – Messieurs les chasseurs défraient souvent la chronique amusante des ntgazettes ; il leur arrive, maintes fois, d’être les héros d’aventures plus ou moins comiques, dignes, la la plupart du temps, de passer à la postérité.
Celle que nous allons raconter est de ce genre, et nous en garantissons l’authenticité absolue.
Trois chasseurs, ces jours derniers, revenaient d’une expédition cynégétique au cours de laquelle plus d’un moineau avaient mordu la poussière. lls marchaient d’un pas allègre sur la route des Ponchettes et discutaient avec animation le dernier coup.de fusil tiré. Tout à coup, arrivés à
Raouba-Capeou, l’un d’entre eux s’arrêta réclamant le silence !… Quel-que chose dans les rochers de la colline du Château, venait d’attirer son attention et ce quelque chose ne paraissait être, ni plus ni moins qu’un gros volatile — sans doute un canard ou une poule d’eau.
– Voyez-vous l’animal ? dit-il à voix basse.
– Où ça ?
– Là-haut, derrière ce rocher.
– Parfaitement, je le distingue très bien ! On dirait une outarde.
– J’opinerais plutôt pour une sarcelle.
– Je crois, moi, que c’est tout simplement un canard sauvage, déclara le troisième Nemrod qui n’avait encore rien dit.
– Enfin n’importe, canard ou sarcelle, il faut le démolir. En joue ! et visons juste.
Pan ! Pan ! Pan !… Les trois Lefaucheux crachent à la fois !
L’animal ne remue pas !
– Il a dû être tué sur le coup.
– Non, il aurait fait un mouvement quelconque !
– Peut-être est-il endormi !
– Il a le sommeil dur, alors !
– Envoyons-lui encore quelques dragées pour voir !
Pan ! Pan ! Pan ! Les trois fusils tonnent une seconde fois.
À la grande stupéfaction des disciples do Saint-Hubert, l’animal ne remue toujours pas I
Quel est donc ce mystère !
– Il doit pourtant en tenir, déclare l’un des trois ; je vais m’en assurer.
Et le voilà qui grimpe dans les rochers, s’accrochant à toutes les aspérités, déchirant même quelque peu sa culotte.
Il arrive enfin au but ! il dépasse le roc qui, en ce moment, cache le gibier à sa vue ! Il avance la main pour s’en emparer !
Horreur !
Le volatile tant convoité ! Le prétendu canard sauvage ! la soi-disant sarcelle ! l’outarde possible !…était tout uniment une vieille courge sèche égarée en ce lieu on ne sait comment.
Nemrod faillit dégringoler jusqu’au pied de la colline et je vous assure que les trois perspicaces chasseurs ne se sont pas vantés de leur aventure ! Elle était cependant bien bonne ! »

« ANTIBES

Une singulière chasse. — Il y a de cela quelques jours, deux soldats employés de l’administration, surpris par l’orage, s’étaient réfugiés dans l’un des nombreux magasins construits dans l’intérieur des remparts. Ils attendaient philosophiquement la fin de l’averse qui tombait au dehors lorsque l’un d’eux s’écria :
– Tiens, un chat !
– Un chat, répondit l’autre, ça fera un excellent civet, empoignons-le !
Ils s’approchèrent à pas de loup et constatèrent alors, à leur grande stupéfaction, que le prétendu chat n’était autre qu’un énorme lièvre.
Mais l’animal, effrayé par les deux hommes, s’était réfugié dans une ouverture percée dans l’épaisseur du rempart et servant à l’écoulement des eaux, Comment le sortir de là ?
– J’ai mou idée, dit l’un. Et, la pluie ayant cessé, il se munit d’une longue corde qu’il fixa au sommet du rempart, puis se laissa couler jusqu’à la hauteur de l’ouverture, pendant que son camarade poussait le lièvre à l’aide d’un bâton. L’animal, forcé de sortir de son refuge, fut happé au passage par le hardi soldat qui, après lui avoir tordu le cou le jeta sur les rochers au pied du rempart et descendit le prendre en se laissant glisser le long de sa corde.
Le lièvre, tout dépouillé, pesait 2 kilos et demi. Il a fait les frais de deux repas de cinq personnes.
C’est égal, voilà une façon de chasser le lièvre qui se recommande par son originalité, Que les disciples de St-Hubert en fassent leur profit.
Cependant, une question se pose : faut-il un permis de chasse dans le cas qui nous occupe ? Nous ne nous chargeons pas de répondre. »

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