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Racolage malencontreux, Nice 1886

jmg, · Catégories: Nice, prostitution

L’automne n’attire pas que de riches touristes sur la Côte d’Azur pour y passer la mauvaise saison, mais aussi des prostituées qui entendent profiter de cette manne. Le Petit Niçois du 15 novembre 1886 raconte avec force détails comment l’une d’entre elles est victime de malchance quand elle s’avise de pratiquer le racolage. Rappelons que le Sénat est une vieille prison niçoise.

Pas veinarde ! — Ah non ! elle n’est pas veinarde, 1a nommée Forissier Jeanne, native de St-Etienne (Loire), arrivée un beau soir sur les trottoirs de Nice qu’elle a, depuis, vainement arpentés et explorés sans y découvrir la fortune qu’elle cherchait.
Pour mettre le comble à cette déveine persistante, voici que l’autre soir, notre pécheresse croyant sans doute s’adresser au banquier de ses rêves arrêtait dans l’avenue de la Gare… devinez qui ?… un agent de police des mœurs !! Celui-ci galant, comme un parfait talon rouge, lui offrit cérémonieusement le bras et… la conduisit au bureau de l’inspecteur qui admonesta comme il convenait la fleur de l’asphalte, lui conseillant vivement de changer de métier à peine de faire connaissance arc les guichetiers du Sénat !
Puis, la belle Jeanne (45 ans sans les mois de nourrice) fut rendue à la liberté.
Mais, il était écrit qu’elle irait reposer sur la paille humide des cachots. C’était fatal : on ne lutte pas contre la fatalité.
Le lendemain soir — hier— notre hirondelle de trottoir, de moins en moins veinarde, apercevant, dans la rue, deux messieurs très bien, leur offrit de les guider vers leur domicile. Et, qui étaient ces deux messieurs ?… Deux autres agents des mœurs qui acceptèrent illico les bons soins de la demoiselle, et la prenant chacun par un bras, la dirigèrent vers les régions arctiques… du violon municipal.
La belle s’aperçut —un peu tard— de la chose et protesta violemment. On lui imposa silence. Elle récrimina de plus belle. On la menaça de la bâillonner. Elle insulta les agents. On voulut la faire marcher plus vite. Elle résista. On l’emporta. Elle battit ses conducteurs. On prit du renfort et la belle, enfin domptée, put être mise sous les verrous où elle continua de geindre, pleurer et se lamenter.
Dans quelques jours, elle aura à répondre au Tribunal du triple chef d’accusation : contravention aux règlements de mœurs, rébellion et insultes aux agents.
Quelques mois de Sénat la calmeront, sans doute, complètement.

One Response to “Racolage malencontreux, Nice 1886”

  1. Françoise dit :

    J’adore l’expression « 45 ans sans les années de nourrice » !!!
    Et quel style !

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