Archives pour la catégorie accidents

#ChallengeAZ 2015 Le clocher s’effondre sur les fidèles : cent morts.

Toujours à l’affût de mentions insolites, j’ai été assez surpris de rencontrer celle-ci dans les registres paroissiaux de Gignac, bourgade de l’Hérault où vécurent quelques uns de mes ancêtres : « Le huitième du mois de décembre [1738] sont cent tous ceux qui moururent sous la ruine de la chute du clocher ; dans l’original à la fin du registre de 1738. » Continue la lecture

Accident de la circulation en 1780

Dans le registres de la paroisse Sainte-Hélène de Nice, un acte de sépulture évoque un fait divers qui amène, dans sa tragique simplicité, à quelques réflexions : Continue la lecture

Baignade tragique en 1727

Nouvelle halte à Ceyras (Hérault) pour la lecture d’un drame : un acte de sépulture évoque la mort accidentelle de deux jeunes frères. Continue la lecture

Un suicide en 1718 ?

Probablement plus rare sous l’Ancien Régime que de nos jours et interdit par le christianisme, le suicide a rarement laissé  des traces dans les registres paroissiaux. Il arrive cependant qu’on soit amené à se poser la question de sa présence en lisant certains actes, par exemple celui-ci, trouvé dans les registres de Ceyras, village de l’Hérault déjà évoqué sur ce blog :

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Un mort dans le ruisseau, 1766

Un acte de sépulture trouvé dans les registres de Saint-André-de-Sangonis, dans l’Hérault à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Montpellier révèle un drame campagnard et surtout amène à se poser des questions.

« L’an que dessus [1766] et le vingt-quatre novembre a été enterré Antoine
Pascal trouvé le jour d’hier mort dans le ruisseau de Rives Prés
vis-à-vis la métairie de sieur Leotard enterré après les formalités
faites en tel cas par la justice âgé d’environ soixante-cinq ans
présents les soussignés »

On peut évidemment se demander quelle est la cause de cette mort : noyade ? Antoine Pascal a-t-il essayé de traverser le ruisseau à gué ? Était-il en train de pêcher ? Se livrait-il à une activité quelconque sur la berge ? A-t-il été pris d’un malaise qui aurait entraîné sa chute dans le cours d’eau ?  Ou bien a-t-il été assassiné ? Quelles conclusions la justice de l’époque a-t-elle pu tirer ?
Saint-André de Sangonis et sa région sur la carte de Cassini.
On peut y voir le ruisseau de Rives Prés, qui traverse Saint-André
et se jette dans le fleuve Hérault qui traverse la carte du nord au sud.
Clermont de Lodève s’appelle aujourd’hui Clermont-l’Hérault.
Remarquer le curieux rapprochement de toponymes « Ste-Brigite Suce« .

Asphyxié en nettoyant un puits, Nice 1795

Un acte de décès établi à Nice en 1795 relate une de ces tragédies qui introduisent l’horreur dans des occupations banales et qu’on classe dans la rubrique des accidents du travail.

    « Aujourd’hui vingt-six ventôse an trois de la République
    une et indivisible à trois heures de relevée nous
    Gaëtan Lanciarès officier public soussigné
    savoir faisons que d’après le procès-verbal qui
    nous a été transmis cet après-midi dressé par
    le citoyen Negrin juge de paix de la sixième &
    septième section de cette commune en date de ce
    jour résulte avoir été trouvé hors la porte
    République dans la maison du citoyen Guide
    proche d’un puits un cadavre qu’ayant fait
    demander plusieurs personnes afin de nous
    déclarer s’ils avaient connaissance de son nom,
    de la cause de sa mort les mêmes auraient
    dit que ledit cadavre s’appelle Joseph
    Rasteu dit Carmeo maître maçon époux de
    Rose âgé de quarante et un ans natif & domicilié
    en cette commune & que la cause de sa mort
    était parvenue de ce que en nettoyant un
    puits les mauvaises odeurs qui tramandoient
    les eaux du même l’avaient suffoqué & ayant
    fait tout le possible pour le tirer dudit
    puits, ce qui leur aurait réussi
    lorsque était déjà mort. De quoi tout
    avons dressé le présent acte pour constater
    la mort du susdit. Fait à la maison
    commune de Nice le jour, mois, & an ci-dessus.
                             Lanciares Officier Public »

Cet acte enregistre le rapport d’un juge de paix sur un accident survenu le jour même, 16 mars 1795 : un maçon entreprend de nettoyer un puits ; il est asphyxié par des émanations ; les gens du quartier s’aperçoivent de son malaise et le tirent hors du puits ; mais quand ils y parviennent le malheureux est déjà mort.
Un puits à Nice au XIXème siècle,
S. Reynolds Hole Nice and her neighbours

Ce genre d’accident est encore fréquent de nos jours et un site d’information algérien, Algérie1.com, rapporte un drame semblable survenu le 12 septembre 2014 : « Bouira : 4 membres d’une même famille périssent asphyxiés dans un puits. »
Par ailleurs on trouve un mot insolite dans cet acte : « les mauvaises odeurs qui tramandaient ». Ce verbe « tramander » ne figure dans aucun dictionnaire. L’officier public a fabriqué un mot à partir du verbe niçois mandà, qui signifie « envoyer, exhaler » et du préfixe italo-latin tra– « à travers » pour désigner les émanations qui s’exhalaient du puits.

Enfin Joseph Rasteu était marié depuis 1781 avec une certaine Rose Pastor. Or, au moment du drame, celle-ci attend un enfant qui naîtra quatre mois plus tard, le 10 juillet 1795 et recevra le prénom de Jean César.

L’acte de baptême de Jean César Rasteu,
« filius postumius Josephi »,
cathédrale Sainte-Réparate de Nice.

Deux accidents mortels à Sète en 1678

Deux faits divers tragiques trouvés dans les actes de sépulture de la paroisse Saint-Joseph de Sète  ; leurs points communs sont de s’être produits deux jours consécutifs et d’avoir pour victimes deux pauvres hères frappés par la malchance dans leur travail.

« Le vingt-cinquième aout 1678 a été trouvé noyé dans
le puits du vieux môle Jean … ne sachant son surnom
se disant de Villefranche-de-Rouergue âgé de 55 à 60 années
ou environ demeurant pour valet avec Guilhen Girard
autrement dit le petit Guihen, étant allé abreuver les
bourriques dudit Girard audit puits il y tomba apparemment
a été enseveli dans le cimetière de la paroisse St-Joseph
par le sieur Chalier prêtre mon curé, moi vicaire perpétuel
absent. »

« Le vingt-sixième août 1678 est décédé Estienne Besau
du lieu de Pompignhan diocèse de Nismes travaillant au port
St-Louis à mettre le feu et charger les pétards, et fut
blessé par un dit pétard. De laquelle blessure il mourut
quatre ou 5 heures après ayant confessé et reçu le
sacrement de l’extrême-onction, et fut enseveli dans le
cimetière de la paroisse St-Joseph présents Simon Goudard et
François Goudard habitants signé avec moi vicaire »

Dans les deux cas le prêtre n’est pas très bien renseigné sur l’identité des défunts  : il a laissé en blanc le patronyme du premier  ; quant au second, contrairement à l’usage, il ne mentionne pas son âge, qu’il doit ignorer.  Par contre l’origine des deux hommes est indiquée avec précision, car bien sûr, ils ne sont  pas nés à Sète, dont la première pierre a été posée douze ans auparavant.
Le premier, Jean X est un domestique, «  un valet  », défini socialement par le maître qu’il sert et chez qui il loge  ; il est mort noyé en faisant boire des «  bourriques  ». Ce mot n’est pas péjoratif et désigne simplement des ânes, montrant la nécessité de les employer comme animaux de bât dans une agglomération et une région en devenir,  où les chemins carrossables  étaient rares. Il est tombé «  dans le puits du vieux môle  », qu’il ne faut pas imaginer construit et pourvu d’une margelle  : ce devait être un trou dans le sol où le malheureux puisait avec un seau pour alimenter l’abreuvoir.
Le deuxième accident est plus insolite  : Etienne Beseau était chargé d’allumer des pétards et l’explosion prématurée de l’un d’entre eux le blesse mortellement. Or la date permet de situer les faits dans leur contexte  : le décès a lieu le 26 août, lendemain du 25 qui est la fête de Saint Louis, le patron de Sète. On n’a pas encore construit la grande église de Sète, Saint-Louis, consacrée en 1703. Mais, depuis qu’elle existe, la ville fête la Saint-Louis, notamment par des joutes nautiques qui sont célèbres, et aussi par un feu d’artifice, donné le soir du 25, ce qui explique que le malchanceux artificier soit décédé le 26, «  quatre ou cinq heures après  », muni des sacrements.

77 morts dans une explosion à Nice en 1795

Sous l’Ancien Régime on installait les poudreries à l’extérieur des agglomérations. La Révolution oublie cette obligation de prudence et, pendant l’année 1794, fabriques et dépôts de poudre à canon explosent dans une dizaine de villes ; à Paris le nombre de morts atteint mille le 31 août quand saute la poudrerie de Grenelle. En 1795, dans Nice annexée, un accident semblable a laissé sa trace à la fois dans l’état-civil imposé par l’occupant français et dans les registres paroissiaux traditionnels.

L’acte de décès civil

Voici d’abord l’acte de décès collectif daté du 7 juillet 1795 ; l’accident lui-même a eu lieu le 13 messidor an III « à 4 heures et demi de relevée », c’est-à-dire le 1er juillet 1795.

« Aujourd’hui dix-neuf messidor an trois
de la République une et indivisible à cinq heures
de relevée nous Charles Giraud
officier public soussigné savoir faisons
que par l’explosion d’un magasin à
poudre de la République arrivée en
cette commune comme il est notoire le
treize du courant à quatre heures et
demi de relevée sont restés malheureusement
victimes les citoyens ci-après, savoir
Honoré Farnau âgé de douze ans fils de Mathieu Farnau et de Thérèse Passeron
Pierre Babou artificier natif de la commune de Tovegne âgé de trente-cinq ans époux d’Honorée Grinda, fils de Pierre Babou et de Susanne Denis
Marguerite Barralis âgée de vingt-deux ans fille à feu Joseph Barralis et de Victoire Barbier
Françoise Raynaud âgée de dix-sept ans fille à feu Pierre Raynaud et de Camille Aureli
Anne Biamonte âgée de dix-huit ans fille à feu Mathieu Biamonte et de Marie Ciuti
Thérèse Arnuf âgée de vingt-trois ans et Angélique Arnuf sa sœur âgée de vingt ans filles de Joseph Alexandre Arnuf et de Mariane Deporte
Marguerite Delemonte âgée de dix-huit ans fille d’Honoré Delemonte et de Fr ançoise Mathieudi
Anne Marie Borra âgée de vingt-et-un ans épouse de Joseph Albertas fille de Nicolas Borra et de Thérèse Debois
Paule Marie Albertas âgée de trois mois fille du dit Jospeh Albertas et d’Anne Marie Borra
Marie Mossa âgée de seize ans fille de feu Pierre Mossa et d’Antoinette Novelli
Catherine Caresso âgée de quinze ans fille d’Antoine Caresso et de Françoise Debois
Marie Morraia âgée de dix-neuf ans fille de Marc Antoine Morraia et de Françoise Bensa
Marie Félicité Blasia âgée de dix-huit ans fille de Philippe Blasia et de Catherine Caraveu
Catherine Albin âgée de seize ans fille de Joseph Albin et de Marie Perissol
Catherine Ciccion âgée de vingt ans épouse de Joseph Roux
Anne Marie Berton âgée de vingt-deux ans fille à feu Antoine Berton et de Catherine
Honorée Paul âgée de vingt-huit ans épouse de Laurent Steve fille à feu Charles Paul et d’Angélique Perdigon
Magdaleine Pons âgée de dix-sept-ans épouse de Louis Boudou fille de Jean Antoine Pons et de Marie Prioris
Angélique Daleuse veuve de Joseph Daleuse âgée de cinquante-et-un ans
Jean Baptiste Moro maçon âgé de quarante-deux ans époux de Magdaleine Roux fils de feu Ferdinand Moro
Félicité âgée de vingt ans et Thérèse âgée de seize ans sœurs Carlin filles à feu ¨Pierre Carlin et de Rose Isnard.
De quoi tout et d’après les
déclarations qui nous ont été faites
avons dressé le présent acte pour
constater légalement le décès des
susnommés qu’avons signé. Fait
en la maison commune de Nice
le jour mois et ans ci-dessus. »

L’officier public donne une liste de 23 personnes décédées après avoir mentionné simplement l’accident.

L’acte de sépulture religieux

Mais un acte de sépulture établi à Sainte-Réparate est moins avare de détails sur la catastrophe. Curieusement les formules consacrées qui indiquent la date et l’identité des victimes sont en latin, alors que, quand il évoque l’explosion et ses conséquences, le prêtre se sert de l’italien :

« Die primo Julii
Il primo del mese di Luglio corrente anno 1795 verso le ore quattro
e mezzo circa dopo mezzo giorno prese il fuoco nel Magazzino
a polvere situato al Lazaretto tra Monborone ed il porto di
Limpia, dove trovavanssi a travagliare moltissime persone
dell’uno ed altro sesso occupate, chi a carricar bombe, e chi a
preparar cartoccie per l’Armata Francese, e fu si grande
lo scoppio, e tanta la scossa, che non solamente salto per l’aria
del Magazzino, ed alcune case circonvicine hanno sofferto un
gravissimo danno ; ma eziandio vari poderi sono stati devastati ed
abbrunciti, particolarmente quello del St-Corpore, del Conte di Villanuova,
della Damigella Alain, di Risso, ed altri ; come pure lo scuotimento
fu si forte, che si è sentito per fino a Lucerame luogo distante da
Nizza 7 ore circa, ed in Antibes medesimante secondo le relazioni
avutesi da diversi abitanti di tali luoghi. Qui poi in Nizza quasi
tutte le finestre delle case aventi le vitriate hanno patito più, o
meno rottura de vetri, ed in specie poi la Finestra di Sta Reparata
esistente sulla grande porta della chiesa è stata tutta infranta.
Si tralasciano per brevità molti altri accidenti, ma il più luttuoso e
compassionevole si è la perdita , che molte famiglie hanno provato
per la morte de rispettivi loro parenti, come vi pui vedere dalla
Descrizione delle qui sottto notate persone, quali sono state parte sepolte
e divorate dalle fiamme, ed altre uccise dalle pietre, o frantumi delle
bombe ; del che tutto risulta dalle attestazioni e testimonianze dei congiunti
e parenti delle persone rimaste uccise e morte in simile accidente &
nota di cadaveri rimasti sotto le rovine del d. Magazzino
a polvere, e consumati del fuoco, sono li seguenti –

Die po. Julii
Angelica Arnulf filia Josephi Alexandri aetat:annor:20
Teresia Arnulf filia dti. Josephi Alexandri aetat:annor:22
Felicitas Carlin filia quondam Petri aetat:annor:18
Teresia Carlin filia dti. Petri aetat:annor:13
Elisabeta Giaufret quondam uxor Alexii Faraut aetat:annor:25
Irenea Faraut filia dti. Alexii aetat:annor:14
Maria Teresia Faraut dti. Alexii aetat:mensium 5
Maria Boschi filia quondam Petri, uxor Vincentii Polan aetat:annor:25
Maria Polan, filia dti. Vincentii aetat:annor:7
Antonius Polan filius dti. Vincentii aetat:annor:2
Margarita Delemonti filia Honorati aetat:annor:18
Magdalena Scarello filia quondam Francisci uxor Georgii Roux aetat:annor:40
Teresia Roux filia dti. Georgii uxor Petri Gras aetat:annor:18
Catharina Cicion quondam Hyacintii uxor Josephi Roux aetat:annor:20

Descrizione d’altri cadaveri delle persone uccise
da pietra, ovvero da rotami di bomba

Primo Julii
Honorata Paul filia quondam Caroli aetat:annor:25 relicto marito Laurentio Steve sepulta in cœmeterio
Teresa Maria Cason filia Joannis Mariae aetat:annor:6 sepulta in cœmeterio
Laurentius Nauren e civitate Arelatensi in Gallia professionis nauta, aetat:annor:60. Occisus in propria navi, et sepultus in cœmeterio

Oltre i suddetti descritti cadaveri sono stati sepolti in questo cimitero
44, e la maggior parte cannonieri, e soldati francesi, come risulta
dalla relazione di beccamorti.

Les deux pages des registres paroissiaux de Sainte-Réparate
qui rapportent l’accident.

 Traduction de l’acte de sépulture

« Le premier juillet
Le premier du mois de juillet de la courante année 1795 vers les quatre heures et demi environ après midi le feu a pris dans le magasin à poudre situé au Lazaret entre le Mont Boron et le port de Lympia, où se trouvaient à travailler de très nombreuses personnes de l’un et l’autre sexe occupées, qui à charger des bombres, et qui à préparer des cartouches pour l’Armée française, et l’explosion fut si grande et la secousse si importante que non seulement elle est sortie par l’air du magasin et que quelques maisons alentour ont souffert un très grave dommage  ; mais encore diverses propriétés ont été dévastées et ravagées, particulièrement celle du Saint-Corps, du Comte de Villanuova, de la Demoiselle Alain di Risso et d’autres ; et même l’ébranlement fut si fort qu’on l’a entendu jusqu’à Luceram, lieu distant de Nice de sept heures environ, et à Antibes de la même manière suivant les relations reçues de divers habitants de tels endroits. Ici finalement à Nice presque toutes les fenêtres des maisons ayant des vitrages ont souffert plus ou moins de bris de vitres, et en particulier la fenêtre de Sainte-Réparate existant sur la grande porte de l’église a été toute brisée. Sont omis par souci de concision beaucoup d’autres accidents, mais le plus triste et digne de compassion est la perte que de nombreuses familles ont éprouvée par la mort de leurs parents respectifs, comme vous pouvez le voir d’après la description des personnes notées ci-dessous, lesquelles ont été une partie ensevelies et dévorées par les flammes, d’autres tuées par les pierres ou par des fragments de bombe ; de quoi il résulte des déclarations et des témoignages des époux et des parents des personnes restées tuées et mortes dans le même accident ainsi que de la liste des cadavres restés sous les ruines du magasin à poudre, et brûlés par le feu, que sont les suivants  :

Angélique Arnulf fille de Joseph Alexandre âgée de 20 ans
Thérèse Arnulf fille dudit Joseph Alexandre âgée de 22 ans
Felicité Carlin fille de feu Pierre âgée de 18 ans
Thérèse Carlin fille dudit. Pierre âgée de 13 ans
Elisabeth Giaufret fille de feu épouse d’Alexis Faraut âgée de 25 ans
Irenée Faraut fille dudit Alexis âgée de 14 ans
Marie Thérèse Faraut fille dudit Alexis aetat:mensium 5 mois
Marie Boschi fille de feu Pierre, épouse de Vincent Polan âgée de 25 ans
Marie Polan, fille dudit Vincent âgée de 7 ans
Antoine Polan fils dudit Vincent âgée de 2 ans
Marguerite Delemonti fille d’Honoré âgée de 18 ans
Magdaleine Scarello fille de feu François épouse de Georges Roux âgée de 40 ans
Thérèse Roux fille dudit Georges épouse de Pierre Gras âgée de 18 ans
Catherine Cicion fille de feu Hyacinte épouse de Joseph Roux âgée de 20 ans

Premier jour de juillet
Description d’autres cadavres des personnes tuées par les pierres, ou bien par des fragments de bombe.
Honorée Paul fille de feu Charles âgée de 25 ans qui laisse son époux Laurent Steve inhumée dans le cimetière
Thérèse Marie Cason fille de Jean Marie âgée de 6 ans inhumée dans le cimetière
Laurent Nauren de la ville d’Arles en France marin de son métier, âgé de 60 ans. Tué sur son propre navire, et inhumé dans le cimetière.

Premier juillet
Outre les cadavres décrits ci-dessus, 44 ont été inhumés dans ce cimetière, et la majeure partie artilleurs et soldats français, comme il résulte du rapport des fossoyeurs. »

À l’imitation de l’acte d’état-civil, nous avons francisé les prénoms exprimés en latin par le prêtre, mais il faut rappeler que dans la réalité c’était leur forme niçoise qui était employée.

L’accident

Il a lieu au Lazaret. Nous avons évoqué celui-ci dans un autre article où cet établissement apparaissait dans son rôle de lieu d’hébergement pour les quarantaines : « 1720, la peste aux portes de Nice. » Situé à l’est de la ville et de son port, au pied du Mont-Boron, il était déjà employé comme caserne avant l’arrivée des Français en septembre 1792. De plus ceux-ci le transforment en entrepôt de poudre à canon et manufacture de munitions. La catastrophe de 1795 marque sa ruine qu’achèveront vagues et tempêtes, car il a été bâti au bord de la mer.
Le Lazaret en bas à droite
sur un plan de Nice de 1889.
 Le bruit de l’explosion a été entendu jusqu’à Antibes et à Luceram, village de montagne à environ 25 km au nord de Nice. On apprend qu’il fallait sept heures pour s’y rendre, rappel de l’isolement où Nice se trouvait avant 1860 et l’ouverture de communications faciles avec la France. On apprend aussi que toutes les maisons de la ville n’avaient pas de vitres à leurs fenêtres et que celles qui en avaient les ont vues brisées par le souffle de l’explosion.

Les victimes

Une remarque s’impose d’abord : l’état-civil compte 23 victimes alors que le registre paroissial en énumère 17 auxquelles il ajoute 44 militaires. De plus les deux listes ne sont pas identiques et seule une partie des noms est commune aux deux. Un tableau synthétique permet une meilleure analyse. Dans ce tableau AD indique que le nom figure dans l’acte d’état-civil et AS qu’il est dans l’acte de sépulture religieux.

AD Paule Marie  Albertas    3 mois
AD Catherine  Albin 16
AD AS   Angélique  Arnulf 20
AD AS   Thérèse  Arnulf  22/23
AD Pierre  Babou 35 artificier
AD Marguerite  Barralis  22
AD Anne Marie  Berton 22
AD Anne  Biamonte  18
AD Marie Félicité  Blasia  18
AD Anne Marie  Borra  21
AS   Marie  Boschi 25
AD Catherine  Caresso  15
AD AS   Félicité  Carlin 18/20
AD AS   Thérèse  Carlin 13/16
AS   Thérèse Marie  Cason 6
AD AS   Catherine  Ciccion 20
AD Angélique  Daleuse  51
AD AS   Marguerite  Delemonte 18
AS   Irenée Faraut  14
AS   Marie Thérèse  Faraut  5 mois
AD Honoré  Farnau  12
AS   Elisabeta  Giaufret 25
AD Jean Baptiste  Moro 42 maçon
AD Marie  Morraia 19
AD Marie  Mossa  16
AS   Laurent Nauren 60 marin
AD AS   Honorée  Paul 25/28
AS   Antoine  Polan 2
AS   Marie  Polan 7
AD Magdaleine  Pons 17
AD Françoise  Raynaud 17
AS   Thérèse  Roux 18
AS   Magdaleine  Scarello  40

On s’aperçoit qu’il y a 33 victimes, plus les 44 militaires ; seules 7 personnes se trouvent à la fois dans les deux listes. Autre remarque, sur ces 33 victimes nommées, une femme de 51 ans et une autre de 40 ; 23 autres sont des jeunes filles et des jeunes femmes dont l’âge va de 12 à 28 ans. Plusieurs sont mariées, car on se mariait souvent très jeune à Nice à cette époque. Quelques unes ont même amené leurs enfants : quatre d’entre eux, dont un bébé de trois mois, sont morts avec leurs mères dans l’explosion.
Toutes ces femmes étaient en réalité des ouvrières occupées à fabriquer des cartouches et des bombes pour l’Armée française, ce qui n’est pas sans faire penser à l’emploi des femmes dans les usines d’obus pendant la Première Guerre Mondiale. Ces malheureuses sont venues chercher là un appoint financier dans une ville et une région qui sont misérables et en plus soumises aux réquisitions de l’occupant. Certaines seront vite oubliées : par exemple Laurent Steve, dont l’épouse Honorée Paul a péri dans la catastrophe, se remarie le 13 août suivant avec une certaine Anne Marie Veran.
Parmi ces victimes, trois hommes seulement sont nommés.
Un marin originaire « d’Arles en France », « tué sur son propre navire » qui était mouillé dans le port Lympia, l’actuel port de Nice créé en 1748 par Charles-Emmanuel III, roi de Piémont-Sardaigne. Le navigateur a vraisemblablement reçu une pierre projetée à deux ou trois cents mètres par l’explosion.
Une autre victime masculine est Pierre Babou, « artificier » d’après l’acte détat-civil. Pour Littré, artificier est la « désignation et grade des soldats d’artillerie qui sont spécialement chargés de ce qui regarde les artifices de guerre. » C’est donc le seul professionnel des explosifs présent sur les lieux au moment de l’accident. On a des précisions sur lui car il s’est marié le 21 mai précédent devant le même « officier public », Charles Giraud, qui enregistre son décès moins de deux mois après. L’acte de mariage nous apprend que c’est un militaire français, un « canonnier », donc un artilleur, natif de Thorigné dans les Deux-Sèvres. Cet acte lui donne vingt-sept ans, alors que l’acte de décès lui en attribue trente-cinq. À la date de son mariage il est en garnison à Nice depuis neuf mois ; il y est donc arrivé probablement en août 1794 et il épouse une Niçoise de dix-huit ans, Honorée Grinda.

Il faut aussi s’attarder sur le métier de la troisième victime masculine, Jean Baptiste Moro, qui est maçon. En effet, quand, en 1797, le pharmacien Cadet de Vaux dépose devant l’Institut un « Rapport sur l’explosion de la fabrique de poudre de Grenelle », il fait état du témoignage d’ouvriers qui auraient vu deux mois avant la catastrophe des toiles d’araignée, couvertes de poussière et de particules de poudre, prendre feu du fait des étincelles que provoquaient des maçons travaillant sur un mur. Le maçon de Nice aurait-il produit lui aussi des étincelles par le choc de ses outils sur la pierre ?
Ruines du Lazaret de Nice,
aquarelle du milieu du XIXème siècle.
Il fauda attendre le 15 octobre 1810 pour que paraisse un décret « sur les établissements industriels insalubres et dangereux » qui éloigne les poudrières de l’intérieur des villes.

Flagrant délit de mensonge en 1915

Un million quatre cent mille soldats français ont perdu la vie pendant la Première Guerre Mondiale. Selon la formule consacrée, il sont « Morts pour la France » ; mais, quand on a la possibilité de connaître la réalité de leur disparition, on a parfois des surprises.

Par exemple en découvrant la fiche de Jean François Bussat, 2ème classe au 107ème Régiment d’Infanterie Territoriale :
Le formulaire porte la mention imprimée « Mort pour la France », qui classe automatiquement tous les défunts dans cette glorieuse catégorie. Une autre rubrique, « Genre de mort », rapporte qu’il est « Décédé suite de blessures de guerre. »
On imagine donc ce valeureux soldat tombant sous les balles teutonnes et agonisant ensuite sur le champ de bataille. Or le Journal de Marche de son régiment contient à la date du 15 décembre 1915 le paragraphe suivant :
« Le soldat Bussat Jean François, n° 932 de la 21e Compagnie, meurt écrasé par une masse de terre qui se détache d’une carrière où il travaillait à Gouy-en-Artois. »
En fait Bussat a été victime d’un accident du travail : il a été enseveli vivant sous un effondrement et l’auteur du journal, le capitaine Thévenet, suggère qu’il est mort sur le coup. Il n’est donc pas « Décédé suite de blessures de guerre. »
À quelle tâche était-il affecté ? En date du 5 novembre le Journal de Marche le précise : « La 21e Compagnie est destinée à fournir provisoirement des travailleurs pour la voie de 0,60m (réseau Sud) […] La 21e Cie est cantonnée à Gouy-en-Artois N-E de L’Arbret. »
Les territoriaux de cette compagnie se livraient donc à des travaux de terrassement dans le Pas-de-Calais en vue de l’installation d’un chemin de fer à voie étroite, ce qu’on appelle couramment un Decauville. Ces voies de 0,60m étaient employées par l’artillerie pour transporter des pièces et des munitions ; il existait également des wagons équipés de canons.
Des soldats italiens installent une voie étroite dans l’Aisne en 1918.
C’est dans de semblables travaux
que François Bussat a trouvé la mort.
Mais les officiers chargés de diriger l’opération, peu compétents ou peu avares de la vie de leurs hommes, ont sans doute négligé de prévoir les risques d’éboulement liés à un creusement. Et leur erreur, qu’aucun ingénieur de l’armée romaine n’aurait commise, va coûter sa vie à un soldat.
Dans les registres matricules, la page qui le concerne porte hypocritement la mention « Tué à l’ennemi le 15 décembre 1915 à Gouy-en-Artois (Pas-de-Calais) ». Or à cette époque-là la 21e Cie du 107e RIT n’était pas au contact des Allemands, comme en atteste le Journal de Marche.
Qui est ce Jean François Bussat ? Il a exactement 44 ans, car il est mort le jour de son anniversaire. À l’époque de son service militaire il exerce le métier de « cultivateur » et il est resté moins d’un an sous les drapeaux, étant l’aîné d’une fratrie de sept enfants. En 1914 il est mobilisé, vu son âge, dans l’infanterie territoriale. Son prénom courant était sûrement le deuxième, suivant la coutume de son temps.
Tout ce qu’on peut savoir sur lui vient des archives militaires, car l’état-civil de Haute-Savoie n’est pas mis en ligne. François Bussat mesure 1,70m et a les cheveux châtain, les yeux marron. Il a « une cicatrice sur la paupière de l’œil droit et un creux dans le milieu de la lèvre supérieure ». On ne sait pas les métiers qu’il a exercés par la suite, puisqu’on le retrouve en 1896 à Genève et en 1910 à Copponex en Haute-Savoie, où d’ailleurs le monument aux morts porte son nom.
Détail du monument aux morts de Copponex, Haute-Savoie.
Photographie CimGenWeb
Dernière ironie administrative, la page des registres matricules se conclut par les formules suivantes :
« Campagnes
Contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 15 décembre 1915
Libéré définitivement le 20 décembre 1918
(Circulaire Ministérielle du 7 décembre 1918)
Rayé des Contrôles de l’Armée le dit jour »
Quel est-ce ministre qui a eu l’idée lumineuse de libérer les morts de leurs obligations militaires?
François Bussat repose dans la nécropole de Barly, Pas-de-Calais, aux côtés de soldats français et britanniques.
Le cimetière militaire de Barly, Pas-de-Calais,
où François Bussat est inhumé.
source photo: Claude VASSEUR 11-02-2013
Cette photographie est sous licence d’usage CC BY-NC-SA 2.0

Il se noie en nageant dans le port de Sète en 1677

Chaque été ramène son lot de drames liés à la mer, mais le fait n’est pas nouveau et un acte de sépulture de la paroisse St-Joseph de Sète rapporte une baignade tragique en 1677.

« Jacque Labrusquade natif du lieu de Montfarrier au
diocèse de Montpellier s’est noyé en nagant dans le bassin
du port St-Louis le trentiesme jour de juillet mil six cent
septante sept. Est ensepveli dans le cimetière de la paroisse
St-Joseph présents le sieur Claude Estival bourgeois de Mèze, Jacques Gili
travailheur, et François Cavalier aussi travailheur. Le sieur
Estival a signé, et non Gili ni Cavalier estant illitérez. »

Le port Saint-Louis est le bassin délimité par le môle du même nom, long de 650m, dont la pose de la première pierre en 1666 a été l’acte fondateur de la ville de Sète. C’est dans cette étendue d’eau calme que la victime a choisi de nager en ce 30 juillet 1677, qui était un vendredi, sans doute pour se rafraîchir après sa journée de travail.

Qui est-il ? Contrairement à la coutume, l’acte ne donne aucune précision sur sa parenté : juste son nom, Jacques Labrusquade, et son lieu d’origine, sans doute Montferrier-sur-Lez, orthographié ici Montfarrier, à côté de Montpellier, à une trentaine de kilomètres de Sète qui appartient en ce temps-là au diocèse d’Agde.

Ce Jacques Labrusquade est probablement un des nombreux ouvriers venus participer à la construction du nouveau port, comme l’indique la qualité de deux des témoins de l’acte, qui sont des « travailleurs » et ne savent pas signer de leur nom.

Ce triste évènement rappelle qu’on n’a pas attendu le XIXème siècle et l’essor des stations balnéaires pour s’adonner aux plaisirs du bain et de la natation.

Le bassin où s’est noyé le malheureux,
aujourd’hui port de plaisance.
Carte postale des années 1960, Archives Départementales de l’Hérault.