Archives pour la catégorie noyades

Noyée pour remplir une cruche, Nice 1882

Au XIXe siècle et avant, la noyade est très fréquente parmi les causes de décès accidentels. Plusieurs articles de ce blog ont déjà évoqué ce sujet. Parmi ceux qui concernent Nice, on peut lire les noyés du Var ou bien Mourir à trois ans, 1818. L’accident que raconte Le Petit Niçois du 29 mai 1882 évoque la vie paysanne dans ce qu’elle a de plus simple – on pense à Giono en le lisant. Il s’est pourtant déroulé à quelques centaines de mètres du Nice des touristes et de la richesse, dans une zone qui n’avait pas encore perdu toute sa ruralité et qui se situe à l’extrêmité ouest de la Promenade des Anglais.

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Fortunes de mer en 1772

Le correspondant à Sète des Annonces, Affiches et Avis divers de Montpellier rapporte dans le numéro du 20 janvier 1772 quelques événements tragiques qui rappellent combien était précaire et dangereuse la vie des gens de mer : Continue la lecture

Où il est question de noyades

Benoit Petit a publié récemment un excellent article intitulé « Série de noyades à Chaumont-sur-Tharonne XVIIème siècle » sur son blogue Mes Racines Familiales, où il évoque des accidents parfois curieux survenus dans le Loir-et-Cher entre janvier 1785 et août 1786. C’est l’occasion de rappeler que ce thème de la noyade a été évoqué dans quelques articles sur Maiores nostri :
« Il se noie en nageant dans le port de Sète en 1677 »
« Deux accidents mortels à Sète en 1678 »
« Deux sœurs se noient dans l’étang de Thau en 1695 »
« Baignade tragique en 1727 »
« Un mort dans le ruisseau, 1766 »
« #ChallengeAZ 2014 V comme les noyés du Var »
« Mourir à trois ans, 1818 » Continue la lecture

Baignade tragique en 1727

Nouvelle halte à Ceyras (Hérault) pour la lecture d’un drame : un acte de sépulture évoque la mort accidentelle de deux jeunes frères. Continue la lecture

Deux accidents mortels à Sète en 1678

Deux faits divers tragiques trouvés dans les actes de sépulture de la paroisse Saint-Joseph de Sète  ; leurs points communs sont de s’être produits deux jours consécutifs et d’avoir pour victimes deux pauvres hères frappés par la malchance dans leur travail.

« Le vingt-cinquième aout 1678 a été trouvé noyé dans
le puits du vieux môle Jean … ne sachant son surnom
se disant de Villefranche-de-Rouergue âgé de 55 à 60 années
ou environ demeurant pour valet avec Guilhen Girard
autrement dit le petit Guihen, étant allé abreuver les
bourriques dudit Girard audit puits il y tomba apparemment
a été enseveli dans le cimetière de la paroisse St-Joseph
par le sieur Chalier prêtre mon curé, moi vicaire perpétuel
absent. »

« Le vingt-sixième août 1678 est décédé Estienne Besau
du lieu de Pompignhan diocèse de Nismes travaillant au port
St-Louis à mettre le feu et charger les pétards, et fut
blessé par un dit pétard. De laquelle blessure il mourut
quatre ou 5 heures après ayant confessé et reçu le
sacrement de l’extrême-onction, et fut enseveli dans le
cimetière de la paroisse St-Joseph présents Simon Goudard et
François Goudard habitants signé avec moi vicaire »

Dans les deux cas le prêtre n’est pas très bien renseigné sur l’identité des défunts  : il a laissé en blanc le patronyme du premier  ; quant au second, contrairement à l’usage, il ne mentionne pas son âge, qu’il doit ignorer.  Par contre l’origine des deux hommes est indiquée avec précision, car bien sûr, ils ne sont  pas nés à Sète, dont la première pierre a été posée douze ans auparavant.
Le premier, Jean X est un domestique, «  un valet  », défini socialement par le maître qu’il sert et chez qui il loge  ; il est mort noyé en faisant boire des «  bourriques  ». Ce mot n’est pas péjoratif et désigne simplement des ânes, montrant la nécessité de les employer comme animaux de bât dans une agglomération et une région en devenir,  où les chemins carrossables  étaient rares. Il est tombé «  dans le puits du vieux môle  », qu’il ne faut pas imaginer construit et pourvu d’une margelle  : ce devait être un trou dans le sol où le malheureux puisait avec un seau pour alimenter l’abreuvoir.
Le deuxième accident est plus insolite  : Etienne Beseau était chargé d’allumer des pétards et l’explosion prématurée de l’un d’entre eux le blesse mortellement. Or la date permet de situer les faits dans leur contexte  : le décès a lieu le 26 août, lendemain du 25 qui est la fête de Saint Louis, le patron de Sète. On n’a pas encore construit la grande église de Sète, Saint-Louis, consacrée en 1703. Mais, depuis qu’elle existe, la ville fête la Saint-Louis, notamment par des joutes nautiques qui sont célèbres, et aussi par un feu d’artifice, donné le soir du 25, ce qui explique que le malchanceux artificier soit décédé le 26, «  quatre ou cinq heures après  », muni des sacrements.

Il se noie en nageant dans le port de Sète en 1677

Chaque été ramène son lot de drames liés à la mer, mais le fait n’est pas nouveau et un acte de sépulture de la paroisse St-Joseph de Sète rapporte une baignade tragique en 1677.

« Jacque Labrusquade natif du lieu de Montfarrier au
diocèse de Montpellier s’est noyé en nagant dans le bassin
du port St-Louis le trentiesme jour de juillet mil six cent
septante sept. Est ensepveli dans le cimetière de la paroisse
St-Joseph présents le sieur Claude Estival bourgeois de Mèze, Jacques Gili
travailheur, et François Cavalier aussi travailheur. Le sieur
Estival a signé, et non Gili ni Cavalier estant illitérez. »

Le port Saint-Louis est le bassin délimité par le môle du même nom, long de 650m, dont la pose de la première pierre en 1666 a été l’acte fondateur de la ville de Sète. C’est dans cette étendue d’eau calme que la victime a choisi de nager en ce 30 juillet 1677, qui était un vendredi, sans doute pour se rafraîchir après sa journée de travail.

Qui est-il ? Contrairement à la coutume, l’acte ne donne aucune précision sur sa parenté : juste son nom, Jacques Labrusquade, et son lieu d’origine, sans doute Montferrier-sur-Lez, orthographié ici Montfarrier, à côté de Montpellier, à une trentaine de kilomètres de Sète qui appartient en ce temps-là au diocèse d’Agde.

Ce Jacques Labrusquade est probablement un des nombreux ouvriers venus participer à la construction du nouveau port, comme l’indique la qualité de deux des témoins de l’acte, qui sont des « travailleurs » et ne savent pas signer de leur nom.

Ce triste évènement rappelle qu’on n’a pas attendu le XIXème siècle et l’essor des stations balnéaires pour s’adonner aux plaisirs du bain et de la natation.

Le bassin où s’est noyé le malheureux,
aujourd’hui port de plaisance.
Carte postale des années 1960, Archives Départementales de l’Hérault.

Deux sœurs se noient dans l’étang de Thau en 1695

Un acte de sépulture de la première paroisse de Sète, Saint-Joseph, raconte un fait divers dramatique lui-même très évocateur de la vie des premiers habitants de ce port fondé sur la volonté de Colbert en 1666.

« L’an de grâce 16       et le
       deux sœurs mariées avoient
leur cabane vis-à-vis de la petite
jettée appelée La Montagne de Virgili
où elles ont demeuré l’espace de six ou
sept ans venant tous les ans faire
leur devoir paschal dans la
paroisse dudit Cette et se noyèrent
en passant l’estang à gay pour aller
moudre une mine [de] blé. En foy de ce
ai signé…….               Bousquet
                              Vicaire »

L’acte n’est pas complet : le vicaire l’a rédigé mais il a laissé des emplacements en blanc pour ajouter la date, ce qu’il a par la suite oublié de faire. On pourrait se livrer à une estimation de cette date d’après le contexte : un terminus ad quem est fourni par l’acte suivant sur la page, qui est du 11 janvier 1695 ; par contre la page précédente n’offre pas de terminus a quo, puisque elle contient un acte datant de 1679, les pages de ce registre n’ayant pas toujours été reliées dans l’ordre. La seule conclusion qu’on peut tirer est que l’accident a dû se produire au début de l’année 1695 ou peut-être à la fin de 1694.

Par contre aucune place n’a été prévue pour ajouter le nom des victimes dont l’importance sociale ne devait pas être bien grande. Ce sont seulement « deux sœurs mariées ». On a une idée de leur niveau de vie par le fait qu’elles habitaient une « cabane » ; elles ne résident donc pas dans Sète elle-même, qu’on est en train de bâtir et qui ne compte qu’un millier d’habitants. Mais la nouvelle ville est en pleine expansion et attire beaucoup de monde, d’autant plus que, par une décision royale de 1673, elle est dispensée de tout impôt. Les travaux de construction du port et des jetées amènent une foule de travailleurs des régions voisines qui se logent de façon précaire dans ce qu’aujourd’hui on nommerait un « bidonville », en face de la cité.

Or Sète en ce temps-là est quasiment une île entre étang de Thau et Méditerranée ; seul un gué naturel relie l’embryon de ville à la terre ferme. Sur l’étang de Thau, nous nous permettons de renvoyer à l’article que nous lui avons consacré à l’occasion du ChallengeAZ. Or il arrive que le vent venant de la mer fasse monter les eaux de ce gué (Jean Sagnes, Histoire de Sète, Privat Toulouse 1991, p. 50). Il est donc possible que les malheureuses aient été surprises par une crue inopinée. Leur noyade a dû être facilitée par le fait qu’elles étaient encombrées d’une lourde charge : elles portaient en effet « une mine [de] blé ».

La mine était une unité de mesure exprimant le volume des matières sèches. Elle correspondait à environ 76 l. Le blé pesant entre 750 à 850 kg par mètre cube, on peut en déduire très approximativement que ces femmes portaient environ 60 kg de blé. De quelle manière ? Avaient-elles chacune un sac chargé de 30 kg ou bien s’étaient-elles associées pour en transporter un seul de 60 kg ? De toute manière elles devaient être entravées dans leur liberté de mouvement et l’accident a dû en être facilité. À la lecture de l’acte, nous pencherions plutôt pour l’hypothèse d’un seul énorme sac.

D’où ce blé venait-il ? Au vu de la précarité de leur habitat, il est peu probable que ce soit d’un champ qu’elles auraient cultivé avec leurs époux. Cette « mine » de grains est sûrement le produit d’un achat ou d’un troc. Il est très possible aussi que leurs maris soient des ouvriers travaillant à la construction des jetées, l’extraction des pierres sur place, leur transport et leur dépôt dans la mer nécessitant une nombreuse main-d’œuvre, dont ces femmes ont peut-être fait partie elles-mêmes, car cette main-d’œuvre était également féminine.

Leur tragique traversée suppose l’existence à Sète d’un moulin où leur blé aurait été moulu, ce qui suscite une dernière question : à quel usage la farine obtenue aurait-elle été destinée ? Il n’est guère pensable que leur « cabane » ait été équipée d’un four suffisant pour faire cuire du pain. Existait-il un four communal en offrant la possibilité ? Ou bien cette farine était-elle consommée sous forme d’une bouillie, à la façon du pulmentum des Romains ? Ou bien encore préparait-on une sorte de couscous ?

En conclusion, on relèvera une dernière anomalie dans cet acte de sépulture : il ne comporte pas la formule rituelle « a été enseveli », qui, en l’occurrence, aurait dû être au féminin pluriel. Est-ce à dire que les deux malheureuses ont été entraînées par les eaux, soit vers la mer, soit vers l’étang lui-même, et qu’on na pas retrouvé leurs corps ?

#ChallengeAZ 2014 V comme les noyés du Var

    Avant 1860 le fleuve côtier du Var servait de frontière entre la France et le comté de Nice. Or, au XVIIIème siècle, il n’existait pas de pont pour le traverser – le premier ne sera construit qu’en 1792 – et on devait traverser le fleuve à gué. On pouvait se faire aider par des passeurs qui connaissaient les endroits favorables, mais les accidents étaient fréquents et les registres de sépulture établis à Nice, en italien, dans la paroisse de Sainte-Hélène, paroisse rurale qui jouxtait le fleuve et la frontière française, révèlent bien des drames. Par exemple « Le 16 juin 1778 a été inhumé le cadavre inconnu trouvé au fleuve du Var » ou bien « Le 29 décembre 1778 a été inhumé le cadavre d’inconnu trouvé noyé dans les eaux du fleuve du Var le 28 dudit [mois] ». Ces morts anonymes sont trop nombreux pour qu’on en donne ici une liste exhaustive. S’agit-il d’imprudents qui faisaient l’économie d’un guide pour passer à gué ? Plus étonnants, ces soldats noyés que rejette le fleuve. Manifestement, ils n’ont pas péri pendant une opération ou une patrouille : ils n’allaient pas traverser la frontière pour se rendre dans le pays voisin. Ce sont des déserteurs qui tentaient de fuir dans les deux sens : du royaume de France vers celui de Sardaigne, ou l’inverse. Ainsi : « Le 30 juin 1767 a été inhumé dans le lieu consacré le corps d’un homme vêtu d’un uniforme de soldat, qui s’est noyé dans le fleuve du Var. » Dans ce dernier cas on ignore à quelle armée appartenait la vicitime, mais souvent l’acte est plus précis : « Le 28 janvier 1778 a été inhumé le cadavre d’un soldat étranger déserteur, des troupes de France, trouvé noyé dans les eaux du fleuve du Var le 27 » ou bien « Le 12 avril 1778 a été inhumé le cadavre d’un homme vêtu en soldat au régiment de France, trouvé noyé dans les eaux du fleuve du Var le 11 » ou encore « Le 25 décembre 1781 a été inhumé le cadavre d’un Français déserteur trouvé noyé dans le fleuve du Var. » Il est rare que la victime soit identifiée avec précision : « Le 15 juillet 1768 a été inhumé dans le lieu consacré le cadavre de Sébastien Bernard d’Alsace en France, feu soldat du régiment Mayer, qui s’est noyé dans les eaux du fleuve du Var. » Plus exceptionnel le décès de militaires venant de Nice : « Le 28 novembre 1781 a été inhumé le cadavre d’un caporal sarde trouvé noyé dans le fleuve du Var ». Les conditions de vie y étaient-elles meilleures que dans l’armée française ?

Mourir à trois ans, 1818

Il est plutôt rare que les actes de sépulture mentionnent la cause précise d’un décès. Dans les registres de la paroisse Saint-Barthélémy de Nice on trouve pourtant en 1818 une allusion à un drame.

« Anno Domini millesimo octingentesimo decimo octavo die quintadecima julii obiit submersus Seraphinus Bellon filius Bartholomei ac Magdalenae Peirani aetate duorum annorum cum dimidio et sepultus est in hoc cemeterio.
Fr. Elzarius Giorgioli
Cappucinus Curatus »

« L’an du Seigneur 1818, le 15 juillet est mort noyé Serafino Bellon, fils de Bartolomeo et de Madalena Peirani, à l’âge de deux ans et demi et il a été enterré dans le cimetière d’ici. »

Les Français, qui avaient annexé le Comté de Nice en 1792, sont repartis en 1814 et dès le mois de juin de cette année-là le curé peut écrire dans le registre « Hic finem habet gallicum sistema describendi mortuos », « ici prend fin le système français d’inscription des morts ». L’acte est signé « Frère Elzear Giorgioli, Capucin Curé » ; l’église a en effet été bâtie en 1555 par les Capucins du monastère de Saint-Pons et c’est l’un des moines qui sert de curé à la paroisse.
La chapelle paroissiale de Saint-Barthélémy,
gravure dans Nice and her Neighbours par S. Reynolds Hole, Londres 1881,
Gallica-BnF
Le document ci-dessus attribue deux ans et demi à Serafino Bellon ; en fait il a trois ans et trois mois, puisqu’il est né le 10 avril 1815. Peut-on en déduire que le prêtre a été informé par quelqu’un qui ne savait pas l’âge exact de l’enfant ? Celui-ci est le frère cadet de mon Sosa 40, Bartolomeo Serafino Bellon, qui a vingt ans de plus que lui, étant né en 1794. Bartolomeo Serafino a d’ailleurs été le parrain de son jeune frère, tandis que son épouse, Maria Petronilla Martin, en était la marraine.
La question que pose cet acte est comment l’enfant a-t-il pu se noyer ? Pas dans la mer, qui est beaucoup trop loin ; sûrement pas dans une baignoire, encore moins dans une piscine. La réponse est probablement dans la configuration géographique de Saint-Barthélémy. Cette paroisse, bien qu’appartenant à Nice, n’est pas encore urbaine. Elle est située sur une colline au nord-ouest de la ville et appartient à la campagne ; dans les registres, ses habitants sont souvent qualifiés de contadini, paysans. Cet espace rural est parcouru par des ruisseaux dont les principaux sont le San Bertoumiéu – Saint-Barthélémy en niçois – et le Gourbelloun, qui alimentent des moulins et des cressonnières. Il est bien possible que le bambin se soit noyé dans un de ces cours d’eau.