Archives pour la catégorie #geneatheme

#généathème : un métier, tondeur des draps

Les usines existaient bien avant la révolution industrielle et les ouvriers n’ont pas attendu Taylor pour se voir astreints à des tâches spécialisées, par exemple le métier de   « tondeur des draps » découvert dans l’acte de mariage d’un de mes ancêtres. Continue la lecture

#généathème : une mariée sans parents, Nice 1807

Dans un article récent, « Epines et questions généalogiques », Clément Bècle mentionne un acte de mariage où la jeune épousée, mineure et orpheline, se marie avec le consentement du conseil de famille. Un cas très semblable se présente avec le mariage de mes Sosas 44 et 45.

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#généathème : le mystère des deux sœurs

Il arrive que l’insolite ne s’impose pas dans un acte isolé, mais jaillisse d’une succession d’actes par ailleurs tout à fait banals, comme c’est le cas dans la série suivante qui raconte une histoire en apparence ordinaire dont tous les personnages sont nés à Nice, fait que nous ne mentionnerons qu’une fois.

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#généathème : François Dagnino, infirmier

Le centenaire de la guerre de 1914 me fournit l’occasion d’évoquer un autre de mes grands-oncles, que j’ai bien connu dans mon enfance et qui a eu la chance de participer de façon pacifique au conflit, François Dagnino.Il est né le 3 mars 1889 à Nice où son grand-père, Angelo Dagnino, était venu d’Alessandria dans le Piémont pour s’y s’installer. Quand la guerre éclate, François est employé de commerce. D’après les registres militaires, il a les cheveux blonds et les yeux marron, le nez aquilin et un menton à fossette. Il mesure 1,63 m et porte au front une cicatrice due à une chute.

En 1909 il s’est marié avec Marie Bellon, une des sœurs aînées de ma grand-mère et, en 1912, ils ont eu une fille, Thérèse.

C’est un bon vivant et il est atteint de ce qu’on n’appelait pas encore une légère surcharge pondérale. À cause de cet embonpoint, il est mobilisé dans le service auxilaire du Régiment d’Antibes, le même 111e RI qu’Auguste Robaud, qui devient son beau-frère en 1918.

François Dagnino est ensuite enrôlé dans la 15e section d’infirmiers militaires, qui appartient au 15e Corps d’Armée et il est promu caporal le 1er février 1915  ; il devient sergent en novembre 1916. La 15e section d’infirmiers participe à la campagne d’Orient.

On peut d’ailleurs se poser des questions : comment ces infirmiers étaient-ils formés ? De nos jours c’est un métier qui demande plusieurs années d’études supérieures et des stages à l’hôpital. Ils devaient se limiter à prodiguer des premiers soins et avoir surtout un rôle de brancardiers. C’est de cette dernière fonction que la famille avait le souvenir à propos de François.

Le sergent François Dagnino,
photographie datée du 10 septembre 1918.
Sur l’écriteau au-dessus de lui on peut lire
« Abri bombardement ».
Il est démobilisé le 27 août 1919. Retourné à la vie civile, il devient marchand en gros d’huile d’olive – activité méditerranéenne s’il en est – et s’associe à un Juif. Depuis la nuit des temps, en effet, il existe à Nice une communauté israélite. Quand l’armée allemande occupe la « Zone Sud » en 1943, François va cacher son associé jusqu’à la Libération. J’ai entendu cette anecdote de la bouche de sa veuve, ma grand-tante Marie.

#généathème : propagande à la messe en 1915

Comment les « Poilus » et leurs familles ont-ils pu accepter quatre ans de massacres et de souffrances ? D’abord par peur du conseil de guerre et du peloton d’exécution. Ensuite à cause du bourrage de crâne sur la patrie qui commençait à l’école primaire et aussi sous l’effet de la propagande à laquelle tous les organes de la société contribuaient, y compris l’Église catholique, qui avait pourtant depuis 1905 pas mal de choses à reprocher à la République ; mais, Union Sacrée oblige, cette Église a apporté sa quote-part quand il s’est agi d’encourager l’hécatombe.

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#généathème : André Girardot, chasseur alpin

Un jour, dans une discussion amicale, un Allemand m’a raconté que son père avait occupé la France; j’avais pu lui répondre que mon grand-père avait occupé l’Allemagne. Voici dans quelle occasion.

André César Toussaint Girardot, appelé plus couramment André, – c’est mon grand-père – est né le 24 novembre 1900 à Montpellier. D’après le registre militaire il a les yeux “châtain clair”. En fait ses yeux sont plutôt entre le vert et le gris. Il mesure 1,69 m. En 1918 il réside à Mende en Lozère où toute sa famille s’est installée avec son père Marius Toussaint Hilaire, que la famille appelle Hilaire, officier de réserve qui, depuis le début de la guerre, est officier instructeur dans cette ville avec le grade de lieutenant.
Comme beaucoup de jeunes gens de la bourgeoisie de cette époque, il a été élevé dans le patriotisme. Aussi il n’attend pas d’avoir dix-huit ans pour être mobilisé mais, à dix-sept ans et demi, il est « engagé volontaire pour la durée de la guerre le 28 août 1918 à la mairie de Mende au titre du 27e Bataillon de Chasseurs à Pied. » Il racontait que ce choix de « devancer l’appel », comme on disait, lui avait donné » la possibilité de « choisir son arme » . En l’occurrence ce sont les Chasseurs Alpins, dans lesquels il était fier d’avoir servi.
Il arrive au corps le 3 septembre 1918 et va subir le rude entraînement de cette troupe d’élite : exercices physiques avec un sac à dos chargé de 50 kg de pierres, marches interminables où les hommes chantaient « 40 km sans boire, sans boire… » ; apprentissage aussi de la boxe française où l’art était de décocher de terribles et inattendus coups de pied à son adversaire.
Mais quand ses classes sont terminées, l’armistice a été signé et la guerre est terminée. André va néanmoins vivre une aventure dont il se souviendra toute sa vie.
Après un séjour à Paris et dans les régions dites « libérées », le 27e BCA est en effet incorporé à la 46e division et va occuper la Rhénanie. Il stationne dans la ville de Jülich, qu’on appelle Juliers en français. 

André Girardot chasseur alpin en Rhénanie, 1919

 André est nommé caporal le 11 octobre 1919. Il pourrait être démobilisé mais, note le registre militaire, il « n’a pas demandé à être renvoyé dans ses foyers conformément à la [?] du 6 novembre 1919 » et attendra le 31 août 1920 pour retourner à la vie civile.

Un billet de 50 Pfennig émis à Jülich en 1919

 Le bataillon est ensuite envoyé avec le reste de la division en Haute-Silésie. En vertu du Traité de Versailles, cette province allemande a été détachée de la Silésie elle-même pour contribuer à reformer la Pologne ; sa localité la plus célèbre n’est pas encore Auschwitz. En attendant le référendum qui aura lieu le 10 mars 1921, les troubles y sont nombreux et parfois violents, car les Allemands qui vivent en Haute-Silésie craignent d’être expulsés par les Polonais. Aussi les Alliés envoient-ils un corps expéditionnaire formé de Français, d’Anglais et d’Italiens. Le 27e BCA va donc stationner dans le chef-lieu de la province, Oppeln, que les Polonais rebaptiseront Opole. 

Les Chasseurs Alpins défilent à Oppeln,
 photographie BnF-Gallica

 Les chasseurs alpins sont consignés dans leurs quartiers car on redoute les attentats. André racontait que le capitaine de sa compagnie, sorti quand même en ville pour affirmer sa bravoure, a été poignardé.

De plus il règne une quasi famine en Allemagne ; pendant la guerre le pays a déjà eu du mal à nourrir ses soldats, qui ont eu faim toute la durée du conflit et, en ces lendemains de défaite, la disette règne. D’après André, les Allemands cultivent des pommes de terre partout où ils peuvent, jusque sur le remblai des voies de chemin de fer. Des enfants viennent même à la porte de la caserne française pour demander du pain. Mon grand-père, brave homme, leur donne à manger, mais ses camarades lui disent : « Ne leur donne rien, André : dans vingt ans ils viendront te casser la figure ! »

Une vue d’Oppeln dans un album de cartes postales
rapporté par André Girardot

Barthélémy Cristini, niçois et fusillé en 1915

Le site Mémoire des Hommes publie aujourd’hui les dossiers d’un millier de malheureux fusillés pendant la guerre de 1914-1918. Nous en avons examiné un, pris au hasard parmi les condamnés originaires de Nice, pour rester dans la ligne de ce blog, et tenté une synthèse. C’est celui d’un certain Barthélémy Cristini.

Il est né à Nice le 10 février 1890. Au moment de son service militaire, il est « employé de bureau aux écritures ». C’est un garçon aux cheveux châtain et aux yeux marron, qui mesure 1,69m et n’a de particulier que le tatouage « Paul » qu’il porte sur l’avant-bras droit et l’ancre qui est dessinée sur sa main du même côté. On peut d’ailleurs se poser des questions à propos de ce prénom masculin gravé sur son bras : est-il homosexuel ? Dans la société de 1910 cela devait être difficile à vivre et impliquait vraisemblablement une attitude de rupture avec les conventions sociales qui explique peut-être les actes irrémédiables qui lui coûteront la vie.

Le 2 août 1914, Barthélémy Cristini est mobilisé dans le 141e RI, dit Régiment de Toulon. Dès le 14 août, à Montcourt en Moselle,  il est blessé par un obus et souffre de contusions. S’ensuit un séjour dans un hôpital de Montpellier d’où il sort le 28 août 1914. Il serait oiseux de raconter par le menu son parcours, qui n’est pas linéaire, mais fait d’allers-retours entre le dépôt et le front, car apparemment il a des problèmes de santé, notamment des rhumatismes. Ces périodes où il réussit à s’éloigner de la zone des combats sont-elles l’indice d’une envie de ne plus y revenir ?

Barthélémy Cristini est affecté ensuite au 111e RI, le même régiment que mon grand-oncle Auguste Robaud. Il est condamné à sept jours de prison pour une absence de 24 heures le 17 novembre 1914. Le 3 janvier 1915 il manque à l’appel et on le déclare déserteur. Il rentre à la compagnie le 20 janvier et « se rend à Marseille le 16 février 1915 où il est traduit devant le conseil de guerre de la 15e Région. » Il est condamné à deux ans de travaux publics le 9 mars 1915 « pour désertion à l’intérieur en temps de guerre. » C’est au Fort Saint-Nicolas, prison militaire de Marseille qu’il rencontre un certain Barbelin qui sera accusé en même temps que lui devant un autre conseil de guerre quelques mois plus tard. En effet, comme on a besoin d’hommes en première ligne, on les fait sortir de prison et on les renvoie au front.

Ces détails sont fournis par le Rapport sur l’affaire du caporal Graziani, des soldats Barbelin et Cristini du 111e Régiment d’Infanterie, qui expose aussi les faits suivants :

« Le 12 mai 1915, Cristini qui était arrivé du Dépôt avec le 9e Bataillon du 111e de Ligne depuis deux jours, et se trouvait au cantonnement de Joux-en-Argonne, se fit une injection de pétrole. L’abcès qui s’en suivit amena le 18 mai 1915, à Brocourt, son évacuation sur l’intérieur, puis son renvoi au Dépôt : il était toujours au Dépôt lorsque le 2 octobre 1915 fut lancé contre lui notre mandat d’arrêt. Il est donc resté 5 mois loin du front.
Non content d’avoir obtenu sa propre évacuation par ce procédé, Cristini pensa à faire profiter son ami Barbelin de son expérience : ces deux hommes qui, à la prison de Marseille, avaient appris d’un de leurs codétenus un système de correspondance chiffrée, s’en servirent pour communiquer au sujet d’un procédé coupable.
À la demande de Barbelin, Cristini lui expédia vers le 15 octobre une seringue à injections dans un colis de provisions. « Il m’indiqua, déclare Barbelin, qu’il fallait mettre dans la seringue quatre degrés de pétrole et me piquer à 10 centimètres au-dessus de la cheville »
Le 21 septembre 1915, la 2e Cie du 111e de Ligne à laquelle appartiennent Barbelin et le caporal Graziani prit position aux tranchées du Bois de Malancourt. C’est à Lambichamp que Graziani d’abord mis au courant par Barbelin et au Bois de Malancourt que Barbelin lui-même, le jour suivant, se firent des injections de pétrole.
Graziani fut évacué le 24 septembre, Barbelin le 25.
En présence de constatations médicales, Graziani écrivit au médecin-major chargé du dépôt d’éclopés de Brocourt une lettre d’aveux dans laquelle en outre il dénonçait Berbelin et Cristini : ces deux derniers ont avoué eux aussi par la suite. »

Les signatures des trois accusés au bas du procès-verbal
de leur confrontation
Les trois hommes vont être jugés par le Conseil de guerre de la 29ème Division, qui siège à Dombasle en Meurthe-et-Moselle.

« 29ème Division
Ordre de mise en jugement
[…]
En ce qui concerne Cristini :
1. d’avoir, le 18 mai 1915, à Brocourt, abandonné le poste qu’il occupait dans la compagnie en se provoquant un abcès par une injection de pétrole ;
avec cette circonstance aggravante que le dit abandon de poste a eu lieu sur un territoire en état de guerre ;
2. de s’être, en septembre 1915, rendu complice des abandons de poste commis par Graziani et Barbelin, en leur fournissant aide et assistance par l’envoi d’une seringue à injections et toutes indications utiles. »

Le 26 octobre 1915 Barthélémy Cristini est condamné à mort par le Conseil de guerre permanent de la 29e division, tout comme Barbelin, alors que le caporal Graziani reçoit cinq ans de prison. Le tribunal condamne en outre Cristini et les deux autres accusés à rembourser les frais du procès !
Barthélémy est fusillé le 27 octobre 1915.

La fiche du décès de Barthélémy Cristini
mort de ses « blessures reçues à l’ennemi »

À la rubrique « Genre de mort », la fiche indiquant son décès porte de façon mensongère « blessure reçue à l’ennemi ». Comme il n’est pas marié, c’est à son père qu’on adresse un « secours de cent cinquante francs payé le 21.12.1915 ».

La page de registre consacrée à Barthélémy Cristini :
d’abord « tué à l’ennemi » ; cette mention a été rayée
et on a ajouté plus tard « a été passé par les armes »

#généathème : Auguste Robaud, gazé

« Présenter les Poilus de votre arbre » ; un des généathèmes proposés pour ce mois de novembre où Fête des Morts et Armistice voisinent dans le calendrier. « Présenter les Poilus », c’est surtout l’occasion de rappeler le long martyre imposé à ces pauvres hères par la criminelle bêtise des politiciens et le fanatisme brutal des officiers.

L’oncle Auguste

Celui qui va être évoqué ici s’appelle Augustin Robaud. Il est né à Nice le 13 avril 1884 et c’est doublement mon parent  : en effet d’une part il est l’arrière-petit-fils de mon Sosa 46, Pietro Antonio Robaud et de  l’épouse de celui-ci, Maria Elisabeta Straudo, déjà mentionnés dans l’article «  Mariée à quatorze ans, morte à dix-huit» : d’autre part il se marie en 1918 avec la sœur aînée de ma grand-mère, Françoise Mathilde, qui partage avec lui le même arrière-grand-père et se trouve donc être sa cousine au second degré. Il devient ainsi mon grand-oncle par alliance.
La famille l’a toujours nommé Auguste et c’est la généalogie qui m’a révélé que l’oncle Auguste s’appelait en fait Augustin. Curieusement on retrouve le même changement d’Augustin en Auguste chez d’autres Niçois de ce temps-là, fait relevé dans « Deux Niçois dans la guerre, les frères Astri ».
Il a exercé différents métiers : vannier quand il passe devant le conseil de révision, maçon quand il se marie ; après la guerre il sera jardinier et horticulteur, occupant la situation qui aurait été celle de Victor Bellon, son beau-frère mort en Allemagne de la grippe espagnole.

Au 111e RI

Auguste commence la guerre au 111e Régiment d’Infanterie, appelé aussi Régiment d’Antibes. Celui-ci quitte Antibes le 9 juillet 1914 et va combattre en Lorraine. Le 16 août, le journal de marche du régiment relate un curieux incident : « Par suite d’une méprise les troupes du 112e qui marchent en avant de nous se fusillent entre elles pendant un quart d’heure. » Le 19 et le 20 août, le 111e RI est dans la région de Dieuze et participe à la bataille où est engagé aussi le 6e Bataillon de Chasseurs Alpins, celui de Victor Bellon, le futur beau-frère d’Auguste, qui va y être blessé et fait prisonnier. À partir du 8 septembre le 111e RI est présent à la bataille de la Marne.
Quand on s’installe dans la guerre de position, le régiment se relaie en première ligne avec le 3e RI, puis avec le 112e. Il subit de lourdes pertes dans la forêt de Hesse, près d’Aubréville (Meuse). Pendant la seule journée du 20 décembre 1914 on compte 600 hommes tués ou blessés ; dans le 3e bataillon, dont les soldats restent sept jours de suite dans les tranchées, 500 d’entre eux ont les pieds gelés.
C’est sans doute durant ces combats de décembre 1914 que François Robaud, frère aîné d’Auguste et mobilisé également dans ce régiment, est blessé. Il meurt des suites de ses blessures à l’hôpital 46 de Vichy le 23 janvier 1915.
Ce même mois de janvier voit le régiment dans le secteur du bois de Cheppy, dont une photographie prise par un Poilu est publiée dans un autre article. De mars 1915 à février 1916 il occupe le bois de Malencourt, toujours dans la Meuse. « L’année 1915 est, pour le Régiment, la période des travaux. C’est la guerre avec la pelle et la pioche », écrit l’historique du régiment. On bâtit même des casemates en béton pour abriter les mitrailleuses. Les compagnies se relaient : six jours en première ligne et six jours au cantonnement.
Le 111e RI subit alors la guerre de tranchées dans ce qu’elle a de plus absurde, comme en témoigne l’épisode du 14 juillet 1915 : « Au soir nous devions faire sauter une mine et aller en occuper le bord supérieur. Une préparation d’artillerie fut faite sur toute la ligne et un combat de projectiles de tranchée fixa l’ennemi. Sitôt l’explosion, l’entonnoir fut occupé mais la riposte de l’ennemi fut si violente qu’on ne put s’y maintenir et qu’on fut obligé de revenir au point du départ. » (Historique du 111e RI)
En 1916, le 111e RI, qui occupe toujours les mêmes positions, va se trouver pris dans la bataille de Verdun. « A partir du 21 Février les Compagnies ne descendirent plus au cantonnement et, malgré les bombardements incessants, ne pouvant dormir, changer de linge, se laver, coopérèrent de toute leur énergie à l’exécution des travaux. » (Historique du 111e RI) Les hommes restent trente-cinq jours d’affilée en première ligne et, quand, le 20 mars, le lieutenant-colonel qui commande le régiment obtient que sa troupe soit relevée, les Allemands déclenchent une préparation d’artillerie de grande envergure qui réduit à néant les ouvrages fortifiés des Français.
Après l’assaut de l’infanterie ennemie qui suit le bombardement une grande partie des hommes sont faits prisonniers, d’autres, très nombreux aussi, sont tués. Les pertes subies par le 111e RI sont si importantes qu’il est dissous le 1er juillet 1916.
Auguste Robaud.
Il porte la Croix de guerre et un brassard de deuil,
sans doute à cause du décès de son frère François.

Au 298e RI

Le 7 juillet 1916, Auguste est affecté au 298e RI. Celui-ci prend part à la bataille de Verdun, dans le secteur du Mort-Homme. Le 14 août le régiment part au repos dans des camions. Le 2 octobre il est transporté de la même manière à Sommedieue dans la Meuse. En novembre il est devant le fort de Vaux et le 6 décembre Auguste est promu soldat de 1ère classe.  Pendant l’année 1917 il participe à différents combats près de Verdun.
Le le 26 janvier 1918 Auguste se marie avec Françoise Mathilde Bellon, évoquée plus haut. L’acte de mariage mentionne qu’il est décoré de la Croix de guerre ; c’est la seule source que nous ayons trouvée qui évoque cette décoration, mise à part sa photographie en uniforme. Deux des témoins du mariage sont d’ailleurs aussi mes grands-oncles, également soldats.
Le 6 avril 1918 le 298e RI est dans le secteur Argonne-Est, qui va de La Fille-Morte à la rivière de l’Aire quand il subit un bombardement de l’artillerie allemande, qui utilise des obus toxiques. C’est sans doute là qu’Auguste respire des gaz dont il gardera les séquelles toute sa vie. Il est « maintenu service armé inapte deux mois pour bronchite emphysémateuse chronique généralisée, poussées congestives et rechutes fréquentes (décision de la commission de réforme de Nice) » dit le registre militaire à la page qui le concerne. Derrière l’hypocrisie des termes médicaux se cache un fait qui est confirmé par la tradition familiale : Auguste a été gazé.
Le Fort de Vaux, photographie personnelle.

Après ce repos forcé, il passe, le 24 juin 1918, au 53ème régiment d’artillerie de campagne et ensuite au  163e RI  le 9 octobre 1918. Il est démobilisé le 10 mars 1919. Le 22 janvier 1926 il reçoit la Médaille interalliée n° 1218.
Il est décédé en 1952 ; je l’ai connu pendant ma petite enfance et j’ai même séjourné chez lui à Cimiez ; il toussait encore.

#généathème : deux photos d’une fête de famille en 1896

Un des sujets que propose Sophie Boudarel pour le généathème de ce mois-ci est la photo, occasion qui me pousse à examiner de près deux photographies que les générations se transmettent dans ma famille. Les voici :

Cliquer sur ces deux photos pour les voir en plus grand.
Ces deux photos mesurent 18 x 12 cm et sont vraisemblablement des tirages sur papier albuminé; elles sont collées dans un passe-partout de couleur beige qui porte la signature du photographe, A.Malbot. Quelqu’un a inscrit l’année sur le passe-partout : 1896. Elles représentent une fête familiale qui s’est tenue chez mon Sosa 16 ou, en termes plus simples, mon arrière-arrière-grand-père, Toussaint Roch Girardot.
Lui et sa famille sont nés et habitent à Montpellier ; à cette époque ils logent au numéro 14 de la rue Saint-Guilhem, une des artères principales de la vieille ville. Toussaint Roch est à la tête d’une prospère entreprise de peinture et papiers peints ; il est président de « l’Union commerciale et industrielle de Montpellier » et il a été élu président du Conseil des Prud’hommes. En juin 1896 sa maison de commerce était  présente à l’exposition qui s’est tenue à Montpellier par un pavillon devant lequel on voyait des « palmiers géants ». On pouvait admirer à l’intérieur le groupe paradoxal formé par une reproduction de la statue de la Liberté qu’entouraient « quatre jeunes esclaves égyptiens » ; une revue de ce temps-là, La Presse industrielle, a en effet publié une description du pavillon, accompagnée d’une photo de mon trisaïeul.
La fête évoquée par les deux photographies est peut-être en rapport ce succès. Elles ont été prises dans une cour qui a des allures de patio, avec les plantes et le treillage qui couvre un des murs. Cette cour est encore visible avec Google Earth.
Toussaint Roch Girardot
dans La Presse industrielle de juin 1896.
Les deux clichés sont présentés ci-dessus dans l’ordre probable où ils ont été effectués car, dans le premier, les personnes sont rangées comme sur une photo de classe, alors que, dans le second, les poses sont plus détendues et l’ordre a été un peu rompu. On a sorti des chaises qui ont une fonction essentielle dans la pose : pour une des photos certains sont assis dessus, tandis que, pour la deuxième, quelques uns se tiennent debout sur ces chaises.
Le caractère festif de la réunion est souligné par le vin : sur la première le maître de maison lève son verre pour porter une santé, tandis qu’un jeune homme au premier-plan – c’est mon arrière-grand-père – tient une bouteille et remplit le verre de son voisin ; la bouteille réapparaît sur la deuxième photo.
Comme cela se produit souvent avec les photographies anciennes, la difficulté est de nommer les personnages représentés. Toussaint Roch lui-même est livré par la tradition familiale ; quelques uns ont été identifiés par mon propre père, qui les a connus ; pour d’autres, je me suis laissé guider par la vraisemblance : la dame juste à côté de Toussaint Roch a toutes les chances d’être son épouse ; pour ce qui est de ses deux plus jeunes enfants – une fille de neuf ans et un garçon de treize ans en 1896 – il est très probable que ce sont eux qui se relaient pour tenir le grand chien noir pendant la pose. Du garçon – Louis Girardot – il existe aussi une photo en soldat, publiée dans un autre article, qui corrobore sa reconnaissance. C’est aussi la comparaison avec une photo de 1935 qui m’a permis de mettre le nom de Gratien Girardot sur un autre personnage et, par ricochet, d’estimer que la jeune femme avec laquelle il s’amuse est sa toute récente épouse.
Au total dix-sept personnes figurent sur la première photographie ; la femme qui est au fond à gauche de celle-ci a disparu sur la deuxième ; je pense avoir pu identifier neuf personnes sur ces dix-sept :

 


Toussaint Roch Girardot
Il a quarante-trois ans. Se sentant à son apogée, il se place au-dessus du groupe familial sur la première photo. Il étale aussi sa toute-puissance par un certain négligé : il est en bras de chemise, cigarette aux lèvres et garde un grand chapeau de paille sur la tête. Vertige temporel : son grand-père a été soldat dans l’armée de Louis XVI, voir l’article « Un ancêtre, le lieutenant Toussaint Girardot« .



Pauline Girardot, née Richard
Née en 1857, une épouse dont le regard suit la direction que lui indique le doigt de son mari.

Adélaïde Marie Jeanne Girardot
La famille se souvenait d’elle sous son dernier prénom, Jeanne. Elle a neuf ans et, sur une des photos,on voit que la fillette a légèrement bougé. Elle ne vivra que vingt-cinq ans et mourra en 1912 après avoir contracté la tuberculose en soignant son frère Louis, atteint lui-même de cette maladie.



Louis Joseph Roch Girardot
Louis a treize ans et porte le costume marin à la mode sous la IIIème République pour les jeunes garçons. Il ne vivra pas très vieux, voir l’article « Mourir pour la Crète« 

Un Danois à placer quelque part dans l’arbre généalogique.


Marius Toussaint Hilaire Girardot
Connu dans la famille sous son dernier prénom, Hilaire, il a dix-huit ans et il est élève à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. C’est mon arrière-grand-père. Un article à venir présentera quelques uns de ses tableaux.



Marthe Viguier
Elle a dix-huit ans et, en 1900, elle se mariera avec Hilaire. C’est mon arrière-grand-mère, et aussi la seule personne présente sur ces photographies que j’ai connue, car elle est décédée en 1959. Elle est la 3ème arrière petite-nièce de l’ermite Pierre Viguier, voir l’article.



Marie Césarine Eulalie Viguier, née Auzard
La mère de Marthe Viguier : née en 1857, elle a été veuve en 1882, quand elle avait vingt-cinq ans, voir l’article « Mourir d’un coup de pied de cheval« . Elle vivra jusqu’en 1936.



Gratien Girardot
Identifié grâce à des photos plus récentes, c’est le plus jeune d’une fratrie de neuf frères et sœurs dont Toussaint Roch est l’aîné. Gratien a vingt ans de moins que lui et n’est âgé que de vingt-trois ans en 1896.


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Angéline Marie Barthélémy, épouse de Gratien Girardot
Née à Palavas-les-Flots, elle a dix-huit ans. Elle et Gratien se sont mariés le 14 avril de cette année 1896.



Quant à cet inconnu, il a pris son chien sous son bras pour l’empêcher de bouger pendant la pose.

#généathème 100 mots pour une vie : Francisco Preses, soldat espagnol

Un généathème qui doit rappeler à certains l’épreuve de français du baccalauréat, telle qu’on la passait naguère : les candidats avaient à résumer un texte en un nombre de mots déterminé. Ce mois-ci c’est la vie d’un ancêtre que Sophie Boudarel nous propose de résumer en cent mots.
En 1744 l’Infant d’Espagne traverse le fleuve du Var avec son armée et occupe Nice. Les années suivantes plusieurs soldats espagnols épousent des Niçoises. Parmi eux, Francisco Preses, mon Sosa 176, qui se marie avec Francesca Daleuse le 9 juin 1749. Né à Corça, province de Gerona, il parlait en catalan et elle en niçois, mais ils devaient se comprendre ; d’ailleurs les amoureux n’ont pas toujours besoin des mots. Puis le patronyme, italianisé, est devenu Presi, nom de jeune fille de mon arrière-grand-mère. Merci, Francisco, mon aïeul, grâce à toi je me sens encore un peu moins français !