Archives pour la catégorie Montpellier

Une fillette homicide, Montpellier 1770

L’enfant meurtrier est une figure assez rare, néanmoins récurrente, en particulier dans les pays anglo-saxons ; les Annonces, affiches et avis divers, hebdomadaire montpelliérain déjà présenté ici, rapporte un cas dans son numéro du 23 juillet 1770. Nous avons transcrit l’article tel qu’il est, respectant l’habitude qui remonte au XVIIe siècle d’écrire les mots considérés comme importants avec une majuscule. Il suit le récit d’une triple noyade dans le Lez, en effet les différents faits divers ne sont pas présentés dans des pavés bien séparés comme dans les journaux plus modernes, mais se suivent tous dans un seul article intitulé « Nouvelles intéressantes ». Continue la lecture

Où il est question de noyades

Benoit Petit a publié récemment un excellent article intitulé « Série de noyades à Chaumont-sur-Tharonne XVIIème siècle » sur son blogue Mes Racines Familiales, où il évoque des accidents parfois curieux survenus dans le Loir-et-Cher entre janvier 1785 et août 1786. C’est l’occasion de rappeler que ce thème de la noyade a été évoqué dans quelques articles sur Maiores nostri :
« Il se noie en nageant dans le port de Sète en 1677 »
« Deux accidents mortels à Sète en 1678 »
« Deux sœurs se noient dans l’étang de Thau en 1695 »
« Baignade tragique en 1727 »
« Un mort dans le ruisseau, 1766 »
« #ChallengeAZ 2014 V comme les noyés du Var »
« Mourir à trois ans, 1818 » Continue la lecture

De l’intérêt de publier ses photos anciennes

Dans le cadre du généathème proposé pour le mois d’octobre 2014 j’avais publié un article intitulé « Deux photos d’une fête de famille en 1896  ». Il se fondait sur deux photographies d’assez grand format que ma famille se transmet de père en fils depuis le XIXe siècle. Je ne répéterai pas leur description, qu’on trouvera dans l’article précité, ni les résultats obtenus en essayant d’identifier les personnes représentées, qui sont dix-sept sur un des clichés et seize sur l’autre : j’avais pu mettre un nom sur neuf d’entre elles. Continue la lecture

#ChallengeAZ 2015 P comme Phylloxera

Pratiquer la généalogie, c’est chercher la petite bête. En l’occurrence, j’ai trouvé l’insecte par la faute duquel je ne suis pas né à Montpellier comme quelques générations de mes ancêtres : cette petite bête est le phylloxera. Continue la lecture

#généathème : deux photos d’une fête de famille en 1896

Un des sujets que propose Sophie Boudarel pour le généathème de ce mois-ci est la photo, occasion qui me pousse à examiner de près deux photographies que les générations se transmettent dans ma famille. Les voici :

Cliquer sur ces deux photos pour les voir en plus grand.
Ces deux photos mesurent 18 x 12 cm et sont vraisemblablement des tirages sur papier albuminé; elles sont collées dans un passe-partout de couleur beige qui porte la signature du photographe, A.Malbot. Quelqu’un a inscrit l’année sur le passe-partout : 1896. Elles représentent une fête familiale qui s’est tenue chez mon Sosa 16 ou, en termes plus simples, mon arrière-arrière-grand-père, Toussaint Roch Girardot.
Lui et sa famille sont nés et habitent à Montpellier ; à cette époque ils logent au numéro 14 de la rue Saint-Guilhem, une des artères principales de la vieille ville. Toussaint Roch est à la tête d’une prospère entreprise de peinture et papiers peints ; il est président de « l’Union commerciale et industrielle de Montpellier » et il a été élu président du Conseil des Prud’hommes. En juin 1896 sa maison de commerce était  présente à l’exposition qui s’est tenue à Montpellier par un pavillon devant lequel on voyait des « palmiers géants ». On pouvait admirer à l’intérieur le groupe paradoxal formé par une reproduction de la statue de la Liberté qu’entouraient « quatre jeunes esclaves égyptiens » ; une revue de ce temps-là, La Presse industrielle, a en effet publié une description du pavillon, accompagnée d’une photo de mon trisaïeul.
La fête évoquée par les deux photographies est peut-être en rapport ce succès. Elles ont été prises dans une cour qui a des allures de patio, avec les plantes et le treillage qui couvre un des murs. Cette cour est encore visible avec Google Earth.
Toussaint Roch Girardot
dans La Presse industrielle de juin 1896.
Les deux clichés sont présentés ci-dessus dans l’ordre probable où ils ont été effectués car, dans le premier, les personnes sont rangées comme sur une photo de classe, alors que, dans le second, les poses sont plus détendues et l’ordre a été un peu rompu. On a sorti des chaises qui ont une fonction essentielle dans la pose : pour une des photos certains sont assis dessus, tandis que, pour la deuxième, quelques uns se tiennent debout sur ces chaises.
Le caractère festif de la réunion est souligné par le vin : sur la première le maître de maison lève son verre pour porter une santé, tandis qu’un jeune homme au premier-plan – c’est mon arrière-grand-père – tient une bouteille et remplit le verre de son voisin ; la bouteille réapparaît sur la deuxième photo.
Comme cela se produit souvent avec les photographies anciennes, la difficulté est de nommer les personnages représentés. Toussaint Roch lui-même est livré par la tradition familiale ; quelques uns ont été identifiés par mon propre père, qui les a connus ; pour d’autres, je me suis laissé guider par la vraisemblance : la dame juste à côté de Toussaint Roch a toutes les chances d’être son épouse ; pour ce qui est de ses deux plus jeunes enfants – une fille de neuf ans et un garçon de treize ans en 1896 – il est très probable que ce sont eux qui se relaient pour tenir le grand chien noir pendant la pose. Du garçon – Louis Girardot – il existe aussi une photo en soldat, publiée dans un autre article, qui corrobore sa reconnaissance. C’est aussi la comparaison avec une photo de 1935 qui m’a permis de mettre le nom de Gratien Girardot sur un autre personnage et, par ricochet, d’estimer que la jeune femme avec laquelle il s’amuse est sa toute récente épouse.
Au total dix-sept personnes figurent sur la première photographie ; la femme qui est au fond à gauche de celle-ci a disparu sur la deuxième ; je pense avoir pu identifier neuf personnes sur ces dix-sept :

 


Toussaint Roch Girardot
Il a quarante-trois ans. Se sentant à son apogée, il se place au-dessus du groupe familial sur la première photo. Il étale aussi sa toute-puissance par un certain négligé : il est en bras de chemise, cigarette aux lèvres et garde un grand chapeau de paille sur la tête. Vertige temporel : son grand-père a été soldat dans l’armée de Louis XVI, voir l’article « Un ancêtre, le lieutenant Toussaint Girardot« .



Pauline Girardot, née Richard
Née en 1857, une épouse dont le regard suit la direction que lui indique le doigt de son mari.

Adélaïde Marie Jeanne Girardot
La famille se souvenait d’elle sous son dernier prénom, Jeanne. Elle a neuf ans et, sur une des photos,on voit que la fillette a légèrement bougé. Elle ne vivra que vingt-cinq ans et mourra en 1912 après avoir contracté la tuberculose en soignant son frère Louis, atteint lui-même de cette maladie.



Louis Joseph Roch Girardot
Louis a treize ans et porte le costume marin à la mode sous la IIIème République pour les jeunes garçons. Il ne vivra pas très vieux, voir l’article « Mourir pour la Crète« 

Un Danois à placer quelque part dans l’arbre généalogique.


Marius Toussaint Hilaire Girardot
Connu dans la famille sous son dernier prénom, Hilaire, il a dix-huit ans et il est élève à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. C’est mon arrière-grand-père. Un article à venir présentera quelques uns de ses tableaux.



Marthe Viguier
Elle a dix-huit ans et, en 1900, elle se mariera avec Hilaire. C’est mon arrière-grand-mère, et aussi la seule personne présente sur ces photographies que j’ai connue, car elle est décédée en 1959. Elle est la 3ème arrière petite-nièce de l’ermite Pierre Viguier, voir l’article.



Marie Césarine Eulalie Viguier, née Auzard
La mère de Marthe Viguier : née en 1857, elle a été veuve en 1882, quand elle avait vingt-cinq ans, voir l’article « Mourir d’un coup de pied de cheval« . Elle vivra jusqu’en 1936.



Gratien Girardot
Identifié grâce à des photos plus récentes, c’est le plus jeune d’une fratrie de neuf frères et sœurs dont Toussaint Roch est l’aîné. Gratien a vingt ans de moins que lui et n’est âgé que de vingt-trois ans en 1896.


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Angéline Marie Barthélémy, épouse de Gratien Girardot
Née à Palavas-les-Flots, elle a dix-huit ans. Elle et Gratien se sont mariés le 14 avril de cette année 1896.



Quant à cet inconnu, il a pris son chien sous son bras pour l’empêcher de bouger pendant la pose.

Mourir pour la Crète

Louis Joseph Roch GIRARDOT voit le jour le mercredi 25 juillet 1883 à Montpellier. Son arrière-grand-père Toussaint a été lieutenant dans l’artillerie de Napoléon. Son père Toussaint Roch, négociant en peintures et papiers peints, est président du conseil des prud’hommes.
Louis Girardot en 1896
lors d’une fête familiale
De profession, Louis est modeleur. Il travaille vraisemblablement avec son frère Hilaire – mon arrière-grand-père – , qui est peintre décorateur, à la réalisation d’ornements en stuc. En 1904, son adresse est 11, Boulevard du Jeu de Paume, Montpellier, Hérault.

L’immeuble où habitait
Louis Girardot à Montpellier

En 1903 Louis tire au sort un « mauvais numéro » et il doit effectuer son service militaire, dont la durée à cette époque est de trois ans. Le 16 novembre 1904 on le retrouve soldat de 2ème classe au 122ème Régiment d’Infanterie qui est stationné à Montpellier. Son livret militaire donne des précisions sur son physique : il mesure 1,60 m ; ses cheveux et ses sourcils sont châtain foncé ; ses yeux également ; son nez et sa bouche sont moyens ; il a le menton rond et le visage ovale.

Du 23 septembre 1905 au 11 mars 1907, le 122ème RI participe à une expédition en Crète. Cette île jouit d’une certaine autonomie tout en étant sous la suzeraineté de l’empire ottoman. Elle a un gouverneur, qui est le Prince Georges de Grèce. Mais au printemps 1905 les Grecs de l’île fomentent une insurrection contre celui-ci. Pour ramener la paix, les grandes puissances envoient en Crète un corps expéditionnaire international composé de soldats français, anglais et allemands.
Louis Girardot débarque donc en Crète où il va passer deux ans. Deux photographies conservent le souvenir de cette période de sa vie : sur l’une, qui est de 1906, il est allé chez un photographe de la capitale, « Salih Zéki, Place de la Grande Mosquée, La Canée, (Île de Crète) », comme l’indique le verso de la photo ; on rencontre d’ailleurs sur internet d’autres portraits de militaires français exécutés par le même opérateur.

Louis Girardot soldat en Crète
en 1906

Sur l’autre photo, prise lundi 20 août 1906, on voit un groupe de soldats devant un bâtiment à l’aspect oriental qui arbore le drapeau tricolore. Il est difficile d’identifier Louis sur ce cliché ; nous pensons cependant qu’il est le sixième homme en partant de la gauche.

Soldats français en Crète
le lundi 20 août 1906

Mais la malchance va frapper : un jour le détachement auquel appartient Louis doit traverser à gué une rivière qui descend de la montagne. Les hommes ont de l’eau jusqu’à la poitrine et ils sont échauffés par la marche qui a précédé. Louis prend froid et contracte un mal de poitrine qui va obliger les autorités militaires à le rapatrier. Le 4 mars 1907, un aide-major du 122ème RI, Adrien Henri, constate que « le soldat Girardot Louis » est atteint d’une « Bronchite suspecte sommet gauche » ainsi que « la nécessité d’un congé de convalescence de trois mois, à passer à Montpellier ».

Congé militaire en 1907

En fait la maladie de Louis est une tuberculose pulmonaire. Le 12 juillet 1907 un médecin major le met en disponibilité. Jeanne, la jeune sœur de Louis née en 1887, se dévoue pour le soigner. Mais elle sera contaminée à son tour et mourra de la tuberculose le 21 septembre 1912 à Menton où leur frère Hilaire s’est établi depuis plusieurs années avec sa famille. Quant à Louis GIRARDOT, il décède le samedi 5 août 1911, à l’âge de 28 ans, à Nice, boulevard Edouard VII dans la propriété Dilly où il résidait à cette époque chez son père Toussaint Roch, installé à Nice lui aussi. Celui-ci, probablement affecté par le décès de son fils, meurt quatre jours après, le 9 août 1911.

Un destin qui donne à réfléchir aujourd’hui où l’armée française est engagée en tant d’endroits incongrus et où tant de jeunes hommes sont appelés à faire le sacrifice de leur vie.