Archives pour la catégorie Nice

Une révolution

Huit heures et demi ou bien 20h 30 ? Nous emploierons l’une ou l’autre formule suivant le contexte ou la situation. Mais à la fin du XIXe siècle qui ne connaissait d’abord que la première expression, la deuxième apparaît comme une invention des savants contraire au sens commun, ainsi qu’en témoignent les étonnements d’un journaliste dans un article du Petit Niçois paru le 29 octobre 1884 :

Continue la lecture

Suicide d’un fou

Un article du Petit Niçois paru le 16 octobre 1884 vient compléter la vue qu’on peut avoir de la psychiatrie dans ces années-là :

« Suicide d’un fou. — Un pensionnaire de l’hôpital de St-Pons, employé à faucher des herbes dans les dépendances de cet établissement, s’est donné la mort, avant-hier, en se tranchant la carotide à l’aide d’une faucille. »

Ce malheureux avait-il déjà manifesté des tendances au suicide ? De toute façon il n’était guère prudent de lui confier une faucille.

Une folle, Nice 1884

Dans Le Petit Niçois du 7 octobre 1884 on lit le récit d’un enfermement en hôpital psychiatrique :

« Une folle. — Avant-hier les gardes champêtres apercevaient sur le pont du Var, une femme presque nue, qui gambadait, gesticulait poussant des cris qui n’avaient rien d’humain.
S’étant approchés d’elle, ils la ramenèrent à Nice, où elle fut visitée par le docteur Arnulphy qui ordonna son internement immédiat à l’hospice de St-Pons. »

Qui est ce docteur Arnulphy ? Un coup d’œil dans l’Annuaire Commercial des Alpes-Maritimes de 1884 suffit à convaincre de ses compétences en psychiatrie :

Ce Jardin-Public est actuellement le Jardin Albert 1er. Le père et le fils – on ne sait pas lequel aura signé l’ordre d’internement – se qualifient tous les deux d’homéopathe, spécialité fort utile pour pratiquer la psychiatrie. Le père, qui estimait sans doute ne pas avoir assez de titres, s’est ajouté celui de « chevalier », italianisme pour « cavaliere ». Quant à leur nom, il résulte de la francisation de « Arnulfi », indice selon lequel ces médecins chercheraient une clientèle chic et « française », tournant le dos aux Nissards.
Sur une arrestation tout à fait semblable, on pourra lire sur ce blog l’article « Un internement abusif »

Nice place de guerre, 1884

Un article paru dans Le Petit Niçois du 6 octobre 1884 qui rappelle, par ses rodomontades, que, moins de quinze ans après la défaite de 1870, l’esprit revanchard est à l’œuvre jusqu’à Nice : va-t-on reconstruire autour de la cité les remparts qui la ceignaient au Moyen Âge ? Et quel est cet ennemi qui songerait à attaquer par le sud-est ? Au sud-est de Nice, il n’y a que la mer… Mais rassurons-nous, ces déclarations belliqueuses vont finir sur la nomination d’une commission…

« Nice place de guerre. — À la dernière heure nous recevons de l’Agence Havas l’important télégramme ci-après, que nous publions en faisant nos réserves.
Le Comité de défense vient de terminer les plans des fortifications ayant pour objet de mettre notre frontière du sud-est à l’abri d’une invasion.
D’après ces plans la ville de Nice serait appelée à devenir une place de guerre importante et en quelque sorte le réduit central d’un vaste camp retranché ; le projet du Comité de défense a déjà reçu l’approbation du conseil supérieur de guerre et des bureaux de l’Etat major général ; en attendant le vote des crédits nécessaires à son exécution le département de la guerre commencera par organiser à Nice une direction de l’artillerie qui devra fonctionner à partir du 1er janvier prochain. »

Nice, vue du château et des remparts au XVIIe siècle.

Délit de sale g…, Nice 1884

L’expression n’existe pas encore en 1884, mais elle vient à l’esprit quand on découvre cet article paru dans le Petit Niçois du 22 septembre de cette année-là. En effet, aucune précision n’apparaît sur les indices qui ont pu mener à l’arrestation de ces cinq individus :

 

Enfant égarée, Nice 1884

Alors que Nice est menacée par l’épidémie de choléra qui sévit en Italie et dans le sud-est de la France, alors que l’armée française est engagée en Afrique et en Asie dans des campagnes coloniales, Le Petit Niçois du 1er septembre 1884 s’intéresse – tout comme les passants attroupés mis en scène dans l’article – à la mésaventure d’une espiègle fillette :

Continue la lecture

Histoire d’eau, Nice 1884

On a oublié ce que représentait, il y a un peu plus de cent ans dans le sud de la France, l’accès à de l’eau fraîche et censée pure, ainsi qu’en atteste ce quasi courrier des lecteurs paru dans Le Petit Niçois du 20 août 1884 :

Continue la lecture

Le drapeau national piétiné, Nice 1884

Voici ce qu’on pouvait lire dans Le Petit Niçois du 14 août 1884. Toute ressemblance avec des faits contemporains serait purement fortuite.

« Respect au drapeau. — Un fait assez grave, s’il n’avait pour excuse l’état d’ivresse dans lequel se trouvaient les immondes individus qui l’ont commis, a eu lieu avant-hier en plein jour dans notre ville.
Trois ouvriers italiens, les nommés : Caliera Sébastien, âgé de 20 ans, Berga Giulio, âgé de 23 ans et Grosso Giovanni, âgé de 20 ans, ont foulé aux pieds et traîné dans le ruisseau le drapeau français, en proférant des grossières injures et des menaces contre la France et les Français.
La police a mis immédiatement en état d’arrestation ces trois malpropres qui comparaîtront bientôt devant le Tribunal correctionnel. Nous espérons qu’on leur infligera la sévère punition qu’ils méritent. Nous ne saurions permettre à des étrangers que nous hébergeons, auxquels nous donnons du travail et du pain, fussent-ils des ivrognes, d’insulter notre drapeau, l’emblème de la Patrie française. »

Des faits divers en plein été, Nice 1884

« Stultorum cavea mundus est », « le monde est une cage remplie d’insensés », disait Campanella. C’est bien l’impresssion qu’on a en lisant ces quatre articles parus à la suite dans Le Petit Niçois du 16 juillet 1884 :

« Suicide. — Hier vers 7 1/2 du matin, la nommée Camatte Catherine, âgée de 40 ans, concierge de la maison Bouchon, rue Cassini, n°22, étant allée chez son propriétaire qui demeure rue Dellile, n°7, au 4ème étage a profité du moment où celui-ci et sa famille étaient encore couchés pour entrer au salon et se précipiter par la fenêtre dans la rue.
La mort a été instantanée. Des rensei¬gnements recueillis, il résulta que cette malheureuse ne jouissait pas de la plénitude de ses facultés mentales. »

« Ivresse et bruit. — La nuit passée vers minuit, le nommé Bouttau Paul, a été arrêté pour ivresse, bruit, tapage nocturne et rébellion envers les gardiens de la paix. »

« Insolences prussiennes. — Avant-hier, vers sept heures du soir, le nommé Helmuck Antoine, photographe sujet allemand, a occasionné un certain désordre et rassemblement sur la place Saint-Dominique en criant : A bas la France ! Vive la Prusse ! À bas la police !
La foule s’assembla et allait faire un mauvais parti à cet individu, lorsque deux agents de la paix arrivèrent et mirent en lieu sûr cet insulteur qui paie l’hospitalité généreuse que la France lui offre par des gros mots et des injures.
Quand donc ces voleurs de pendules comprendront-ils qu’ils doivent le respect à la nation qui les abrite et les nourrit. »

« Accident. — Avant-hier, à 7 heures du soir, le nommé Rossi Joseph, sacristain à l’église de la Confrérie des Pénitents bleus, sise place Garibaldi, a jeté d’une maison n° 17, rue de Villefranche-Vieille, une paillasse remplie de paille de maïs, qui est tombée sur la nommée Croce Catherine, âgée de onze ans, et l’a culbutée par terre.
Dans sa chute, cette jeune fille a eu la jambe droite cassée.
Procès-verbal a été immédiatement dressé contre l’auteur de cet accident. »

Bac or not bac, Nice 1884

Qu’est-ce qui inquiète les journalistes en ce mois de juillet 1884 où on énumère en première page du Petit Niçois paru le 7 l’identité des quatorze morts que le choléra vient de faire à Toulon, c’est-à-dire à cent kilomètres de Nice ? C’est la date du baccalauréat. Le ministère a apparemment du mal à se faire entendre et la décision appartient aux candidats et à leurs examinateurs, dans une ville où règne la peur du choléra :

« Baccalauréat. — Vendredi dernier nous annoncions que par décision ministérielle, en date du 2 juillet, les examens du baccalauréat, qui devaient avoir lieu en juillet, étaient remis au mois d’octobre.
Nous venons de recevoir la visite d’un groupe de jeunes candidats aux émotions du bachot. Tout a été changé, paraît-il, et les examens auront lieu aujourd’hui même à l’Hôtel-de-Ville. Cette façon de procéder à l’égard de nos potaches nous paraît étrange et nous nous faisons l’écho de leurs justes réclamations.
Nous espérons que MM. les examinateurs qui — puisqu’ils allaient quitter hier matin notre ville — ont été surpris eux aussi, de cette nouvelle décision, voudront bien tenir compte à nos jeunes candidats, de cette volte-face imprévue.
Au dernier moment on nous affirme que les épreuves du baccalauréat sont ajournées à nouveau à une date ultérieure. Qu’y a-t-il de vrai dans cette information ? Une fois pour toutes que l’on prenne une décision, que l’on fixe une date, et qu’on ne laisse pas plus longtemps dans l’incertitude, ces jeunes élèves déjà assez incertains sur le résultat des examens qu’ils vont subir. »