Archives pour la catégorie Nice

Un infanticide à Menton en 1885

Le 16 janvier 1885 on peut lire dans Le Petit Niçois le récit d’un triste fait divers :

«                                                Menton
Le cadavre d’un enfant nouveau-né a été découvert, hier, vers neuf heures du matin, dans la cour d’une maison de la rue du Palmier, par Mme Otto, qui habitait cette maison avec ses trois filles.
M. le commissaire de police, que cette dame avait fait prévenir, s’est immédiatement rendu sur les lieux, assisté des docteurs Farina et Réal.
Vers trois heures d’après-midi, M. le procureur de la république et M. le juge d’instruction, avertis à Nice par télégramme, sont arrivés et se sont rendus au domicile de la famille Otto, accompagnés de M. le commissaire de police, du juge de paix et du lieutenant de gendarmerie, pour procéder aux constatations d’usage.
Cela fait, le cadavre a été transporté au cimetière, dans la salle destinée aux autopsies.
De l’avis des docteurs, l’enfant est né viable, à terme, et sa mort remonte à une dizaine de jours.
La justice est probablement sur la voie des coupables, et des arrestations ne tarderont pas à être opérées. »

Carnet rose, Nice 1884

Un entrefilet paru dans Le Petit Niçois du 29 décembre 1884 annonce un mariage mondain que peu de romanciers oseraient imaginer :

« Mariage. – On annonce comme devant avoir lieu prochainement un mariage qui doit unir deux vieilles familles niçoises : celui du vicomte Charles Giletta de Saint-Joseph avec Mlle Vera Lacroix, fille de M. Albert Lacroix, banquier. »

Le mariage aura lieu le 2 février 1885. C’est le maire de Nice, Alfred Borriglione, qui le célèbre, alors que d’ordinaire la tâche est confiée à un adjoint. Un coup d’œil dans l’état-civil apprend que la jeune épouse est née le 10 avril 1863 et qu’en fait de « vieilles familles niçoises » sa mère est originaire de Moscou, ce qui explique d’ailleurs le prénom de Vera. On ose à peine imaginer les raisons de cette union, le banquier donnant sa fille à un aristocrate qui a un blason à redorer…

De la pub pour Nice en 1884

Dès 1884 le maire de Nice, Alfred Borriglione, emploie des moyens modernes pour promouvoir dans sa ville le tourisme qui, rappelons-le, est à cette époque un tourisme hivernal, comme le note un article paru le 20 décembre dans Le Petit Niçois, dont il est d’ailleurs le fondateur :

« La température de Nice. – Le Figaro publie, depuis quelques jours, un bulletin météorologique de notre ville, qui lui est envoyé de l’observatoire de Mont-Gros.
C’est à notre maire-député, M. Borriglione, qu’est due cette insertion qui, en faisant connaître toujours davantage la douceur de la température dont nous jouissons, ne peut que décider un plus grand nombre d’étrangers à venir passer l’hiver à Nice. »

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Alfred Borriglione, maire de Nice de 1878 à 1886.

La douceur du climat niçois sera par la suite le grand thème des affiches de la société des chemins de fer PLM, comme celle-ci, créée en 1895 par Frédéric Alexianu et Hugo d’Alesi :

C’était avant l’INRAP, Nice 1884

Le lecteur du Petit Niçois le 15 décembre 1884 s’émerveille sûrement qu’on ait donné une tombe décente à ces ossements qu’on vient de trouver sur un des côtés du port de Nice qui n’a été aménagé lui-même qu’au XVIIIe siècle :

« Funèbre trouvaille. – Hier matin, des ouvriers occupés à la démolition d’une vieille maison, quai des Deux-Emmanuels, ont découvert une certaine quantité d’ossements humains, qui ont été recueillis et inhumés au cimetière du Château. »

À aucun moment on ne s’est demandé ce qu’étaient ces ossements, ni à qui ils avaient appartenu. De nos jours l’INRAP – Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, créé en 2001 – serait très probablement intervenu et les aurait sans doute datés et identifiés, ajoutant une pierre à notre connaissance de la longue histoire de Nice.

L’entrée du port de Nice vue du Château vers le mont Boron
sur une carte postale du début du XXème siècle.
Le quai des Deux-Emmanuels est en face.

 

 

Bataille de dames ou l’art de l’euphémisme, Nice 1884

Le 13 décembre 1884 Le Petit Niçois publie un article plutôt sibyllin que seul un détail permet de « décoder ». En ce temps-là en effet on s’exprime de façon pudibonde :

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Il campe Boulevard de Cimiez, Nice 1884

Cimiez, un des plus beaux quartiers de Nice, l’antique Cemenelum, la cité fondéepar les Romains pour concurrencer sa voisine, la grecque Nikaia, n’est plus en cette fin du XIXème siècle, qu’un coin de campagne que touche à peine l’extension de la nouvelle ville, car on commence à y édifier de luxueuses villas. Preuve d’une ruralité qui dure encore : il y a des gardes champêtres et non des gardiens de la paix. C’est sur une des artères principales, le Boulevard de Cimiez, qu’un pauvre hère a choisi de dormir, en cette fin d’automne où le froid humide rend la nuit plus dure pour les miséreux, ainsi que le relate un article du Petit Niçois le 7 décembre 1884 :

« Endormi. — Les nuits sont froides et l’on gèle sur la grande route. Les gardes champêtres Camous et Ramoin ont trouvé avant-hier, sur le grand boulevard de Cimiez, le nommé Vial Honoré, âgé de 17 ans, endormi près d’un grand feu allumé. A côté du dormeur il y avait un paquet de linges dont Vial n’a pu justifier la provenance. C’est pourquoi il a été mis en état d’arrestation. »

Cimiez sur une carte postale de 1905. On aperçoit au fond l’hôtel Regina,
construit en 1896 en haut du Boulevard de Cimiez.

 

Une pauvre folle, Nice 1884

Le 6 décembre 1884 on peut lire dans Le Petit Niçois un nouvel internement en hôpital psychiatrique, on serait tenté de dire une nouvelle arrestation arbitraire. En effet on n’y trouve aucune allusion à un quelconque examen médical, ni à quelque comportement de la jeune femme qui pourrait justifier son enfermement : on lui reproche seulement « d’errer », autrement dit de marcher sans but.

« Une pauvre folle. — Avant hier, la police a interné à l’hospice des aliénés de St-Pons, une jeune folle, la nommée Gastaldi Marie, qui, ayant perdu la raison, errait au quartier du Var. »

Ce blog a déjà publié des articles sur le même sujet, « Un internement abusif, Nice 1884 » et « Une folle, Nice 1884 ».

Un ennemi des gourmets

Le XIXème siècle a vu naître la gastronomie avec la Physiologie du goût de Brillat-Savarin en 1826, mais dès ce siècle-là certains contestent la consommation. Ce refus du luxe quand il s’étend à la table apparaît dans un fait divers que relate Le Petit Niçois du 5 décembre 1884 :

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Une révolution

Huit heures et demi ou bien 20h 30 ? Nous emploierons l’une ou l’autre formule suivant le contexte ou la situation. Mais à la fin du XIXe siècle qui ne connaissait d’abord que la première expression, la deuxième apparaît comme une invention des savants contraire au sens commun, ainsi qu’en témoignent les étonnements d’un journaliste dans un article du Petit Niçois paru le 29 octobre 1884 :

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Suicide d’un fou

Un article du Petit Niçois paru le 16 octobre 1884 vient compléter la vue qu’on peut avoir de la psychiatrie dans ces années-là :

« Suicide d’un fou. — Un pensionnaire de l’hôpital de St-Pons, employé à faucher des herbes dans les dépendances de cet établissement, s’est donné la mort, avant-hier, en se tranchant la carotide à l’aide d’une faucille. »

Ce malheureux avait-il déjà manifesté des tendances au suicide ? De toute façon il n’était guère prudent de lui confier une faucille.