Archives pour la catégorie Nice

Le revolver du couvent, Nice 1883

Ces religieuses niçoises ont trouvé un moyen radical mais bien peu canonique de dissuader d’éventuels cambrioleurs de s’en prendre à leurs biens, c’est ce que relate Le Petit Niçois dans un article du 29 août 1883 :

« Le revolver du Couvent — Le Phare du Littoral publiait, hier matin, sous ce titre, une lettre de M. A. Togna, dans laquelle le signataire proteste contre des coups de revolver qui sont tirés, presque chaque soir, dans le jardin de la maison mi-hôtel et mi-couvent des dames Augustines, rue Notre-Dame. Il paraît que la supérieure, interrogée à ce sujet, a répondu que l’on veut ainsi prévenir les voleurs que la maison est bien gardée.
Dimanche dernier, raconte M. A. Togna, vers dix heures du soir, une balle de revolver gros calibre, partie du couvent, traversait la persienne d’une fenêtre située au troisième étage de la maison Lambert, brisait la vitre, perçait les rideaux et venait se loger dans la muraille de l’alcôve, à cinquante centimètres au-dessus du lit, effrayant fort le locataire.
On voit que si bon ordre n’est mis à cela, les bonnes sœurs effrayeront tant les voleurs, qu’elles finiront par causer quelque grave accident.
Mais nous espérons qu’une mesure sera prise pour faire cesser ce jeu. En attendant, la police a ouvert, sur ce fait, une enquête dont les résultats ne tarderont pas à nous être connus. »

Un étrange visiteur, Nice 1883

Un article paru dans Le Petit Niçois du mardi 17 juillet 1883 nous rappelle qu’en ce temps-là les bouchers abattent eux-mêmes les bêtes dont ils proposent des morceaux à leurs clients. Ils continuent ainsi la tradition déjà vue au XVIIIe siècle dans « Un ancêtre, Pierre Alles,1750-1811 ». Cet article montre aussi que, sous le nom de bœuf, c’est bien cet animal qui est vendu et non pas de la vieille vache laitière. De plus rencontrer un bœuf échappé dans la rue n’est pas un phénomène si rare, puisque on l’a déjà raconté dans « Un bœuf sur le trottoir ». Enfin, on est en été et les portes sont partout laissées ouvertes, ce qui explique la facilité avec laquelle le bovin entre dans les différents commerces. Continue la lecture

Un miracle, Nice 1883

Le Petit Niçois se proclame républicain. Il s’ensuit qu’il est aussi antichrétien et participe à la propagande antireligieuse de la fin du XIXe siècle, mais en employant un ton modéré et en se moquant plutôt qu’en attaquant. On l’a vu dans l’article sur « La panique du Jésus ». Aussi ne manque-t-il pas l’occasion de ridiculiser ces femmes qui reviennent d’un pélerinage à Notre-Dame de Laghet dans un article du 10 juillet 1883 ; ce pélerinage – nous le savons de source directe et familiale – était l’occasion d’une promenade estivale à quatorze kilomètres de Nice et d’un pique-nique : Continue la lecture

Un troisième téléphone à Nice en 1883

On n’arrête pas le progrès : en 1876 Alexander Graham Bell dépose le brevet qui crée officiellement le téléphone ; en 1879 l’invention se répand en France ; et le jeudi 14 juin 1883 Le Petit Niçois nous apprend qu’une entreprise de la ville vient de se doter de ce système, qui serait le troisième à Nice. À noter qu’il s’agit encore de liaisons point à point et que, d’un poste d’appel, on ne peut joindre que le seul correspondant auquel le câble vous relie.

« Téléphones. – Un troisième téléphone a été établi hier à. Nice.
C’est la Société générale de transports qui l’a fait établir pour mettre en communication ses bureaux de la rue Gubernatis avec ses remises situées au quartier Riquier.
On sait qu’il existait déjà deux téléphones dans notre ville : l’un entre la Caisse de Crédit et la Villa de M. Sicard à Saint-Jean ; l’autre entre le Théâtre Français et le café de la Maison Dorée. »

Hippophagie, Nice 1883

Faire passer de la viande de cheval pour celle d’un autre animal, cela vous rappelle sûrement un scandale récent autour de plats industriels, mais le procédé n’est pas nouveau, comme en témoigne Le Petit Niçois dans un article du 28 mai 1883. À noter, le rôle joué par ces « deux employés d’octroi », qui ne veillent pas aux portes de Nice mais inspectent les boucheries. Continue la lecture

Mordu par un mulet, Nice 1883

On pourrait s’étonner de rencontrer un mulet, animal rustique s’il en est, en pleine ville. Mais il faut se rappeler qu’ils ont été nombreux à Nice, servant aux échanges avec le Piémont voisin et longtemps souverain, à travers les difficiles chemins de montagne et le col de Tende. Le mulet que Le Petit Niçois du jeudi 10 mai 1883 évoque est attelé et il s’inscrit dans la série quasi quotidienne des accidents de voiture, sujet déjà abordé sur ce blogue dans « Mourir d’un coup de pied de cheval ». Continue la lecture

Voyages économiques, Nice 1883

Une astuce très simple pour économiser sur le prix d’un voyage en train : ne payer que pour aller à la gare la plus proche et continuer le voyage gratuitement. Cela pouvait fonctionner un certain temps, car les contrôles étaient sûrement moins rigoureux, comme le raconte Le Petit Niçois du 1er mai 1883 : Continue la lecture

La panique du Jésus, Nice 1883 (2)

Le même article du Petit Niçois décrit ensuite les conséquences de la bousculade, en donnant un luxe de détails qui va jusqu’au nom et à l’âge des victimes, détails que la presse d’aujourd’hui ne s’autoriserait plus : Continue la lecture

La panique du Jésus, Nice 1883 (1)

Chapelle du collège des Jésuites, construite de 1612 à 1642 avec l’argent d’un marchand niçois, connue comme l’église du Gesù, en français l’église du Jésus (au fait, qui adorait-on dans les autres ?), beau morceau d’architecture baroque inséré sur la rue Droite dans la vieille ville (le Babazouk des Nissards) , l’édifice prend en 1802 le nom de Saint-Jacques le Majeur et devient église paroissiale. Le 3 avril 1883 elle est le lieu d’un événement dramatique qui n’est pas sans préfigurer ce que sera l’incendie du Bazar de la Charité en 1897. Le Petit Niçois le raconte dans son numéro du lendemain, en un très long article que nous présenterons en deux parties :

« La panique du Jésus
Un malheureux événement a marqué la journée d’hier.
Le matin, vers 10h15, pendant que l’on célébrait dans l’église du Jésus un service funèbre à l’intention de dom Caisson, curé de la paroisse, décédé depuis deux jours, un cierge du maître-autel a communiqué le feu à une draperie, trop près de laquelle il avait été placé.
Aussitôt les cris : au feu ! se firent entendre. Une panique indescriptible s’empara des assistants qui étaient au nombre de 300 environ, et chacun chercha à se précipiter vers la porte de sortie.
C’est là qu’une scène horrible se produisit. La foule se pressait par larges masses de l’intérieur de l’église.
Les grappes humaines qui arrivaient sur l’escalier de six à sept marches donnant sur la place du Jésus, étaient pressées à s’étouffer, et, poussés par ceux qui venaient derrière, les premiers rangs furent renversés sur l’escalier et, entremêlés de façon à ne pas pouvoir se relever, ils furent piétinés par ceux qui les suivaient.
Le bruit que le feu était au Jésus se répandit comme une traînée de poudre. De l’église Sainte-Réparate, pleine de monde, à l’occasion des obsèques de Mme Gauthier, une affluence énorme se porta vers l’église du Jésus. Des rues de la vieille ville, du Malonat surtout, descendaient des groupes d’hommes, de femmes, pleurant et demandant ou leur enfant, ou un de leurs parents.
Le marché, si animé à cette heure-là, fut désert en un clin d’œil.
Toute cette foule se portait à l’église du Jésus et voulait y pénétrer. C’était un spectacle déchirant. Un double courant s’établit : ceux qui voulaient sortir et ceux qui voulaient entrer, et c’est dans cette confusion que des malheureux se sont vus serrés à étouffer, que quelques-uns, tombés, ont été piétinés.
Heureusement, à la première annonce du malheur, en même temps que la foule aveugle et affolée, arrivaient les autorités et de courageux citoyens : MM Borriglione, Poullan et Paraut, ses adjoints, M. Durandy, président du Conseil Général, M. Lanabère, procureur de la République, et M. Richard, son substitut, M. Gazan, juge d’instruction, M. Gallian, commissaire central ; parmi les citoyens MM Barraja, agent de change, et Edmond Blanc, bibliothécaire, et d’autres encore sont arrivés et après de grands efforts étant parvenus à se placer sur le perron de l’église, ont sauvé d’elle-même cette foule que le défaut de sang-froid exposait à tant de malheurs.
Une fois l’ordre établi, grâce à l’énergie de ces messieurs, il n’a plus eu rien à craindre. Les blessés ont été transportés ou chez eux, ou à la pharmacie Carbonel ; et on a pu alors s’assurer que presque tous pourraient être facilement guéris. Quelques-uns même n’avaient reçu que de légères contusions, mais l’épouvante aidant on s’était, dès le premier moment, exagéré le mal.
On ne saurait trop louer, en cette circonstance, la belle conduite de M Lanabère, procureur de la République, qui soit en retirant lui-même des femmes et des enfants de la masse des renversés, soit en donnant les premiers ordres et en organisant les premiers secours, a fait preuve de courage et d’un sang-froid à toute épreuve et l’on peut hardiment dire que sans son intelligente initiative, il est fort probable que le plus grand malheur serait à déplorer.
Il y avait, dans l’église, un grand nombre d’élèves des frères ignorantins, dont l’école est contiguë au Jésus. On les fit sortir par la porte de la sacristie. Ils m’ont donc couru aucun risque. »

Une explication à l’ampleur de la panique est peut-être le souvenir d’un événement récent ; en effet, le 23 mars 1881, un incendie a causé la mort de deux cents personnes au Théâtre de Nice.
D’autre part, l’article met en avant le rôle salvateur joué par les notables, dont il cite complaisamment noms et titres, à commencer par Alfred Borriglione, sénateur-maire de Nice, qui est proche politiquement de Jules Ferry, alors président du Conseil. D’ailleurs l’orientation républicaine et laïque, voire anticléricale, du Petit Niçois, va transparaître de plus en plus dans la suite de l’article.
Quant à cette Mme Gauthier dont les obsèques se déroulent au même moment à Sainte-Réparate, cathédrale de Nice qui n’est pas très loin, prénommée Marie Esther, elle est la belle-sœur de Léon Paul Lagrange de Langre, préfet des Alpes-Maritimes, décédée prématurément à 39 ans. Cette cérémonie explique la présence de tous ces notables.

À droite, la façade de l’église du Jésus dans la rue Droite sur une carte postale ancienne.

(à suivre)

 

Encore le feu, Nice 1883

La mode du réalisme qui domine la littérature de ce temps-là conduit les journalistes à donner les détails les plus crus notamment quand ils relatent un suicide, aussi pour satisfaire la curiosité des lecteurs. On s’en rend compte en lisant le récit suivant dans le Petit Niçois du 2 mars 1883 :

« Affreux suicide — Une jeune fille de notre ville s’est suicidée d’une façon terrible.
Cette malheureuse était âgée de 17 ans à peine. Elle était employée dans un magasin de mercerie de la rue de la Préfecture. Mercredi, elle se rendit dans la banlieue de Nice, et là, cherchant un endroit écarté où l’on ne pût la déranger dans ses horribles préparatifs, elle enduisit ses vêtements de pétrole. Elle en but même une certaine quantité. Puis elle mit le feu à sa robe.
En un moment, elle était entourée par les flammes. Un passant, qui aperçut le feu, accourut et se précipita sur l’infortunée pour essayer de la sauver. Ramenée chez elle, elle y est morte dans d’affreuses souffrances.
On ignore les causes de ce suicide que l’on attribue cependant à des peines d’amour. »

Le suicide par le feu est déjà évoqué sur ce blogue dans Suicide par le pétrole, Cagnes-sur-Mer 1882.