Archives pour la catégorie Nice

C’était avant l’INRAP, Nice 1884

Le lecteur du Petit Niçois le 15 décembre 1884 s’émerveille sûrement qu’on ait donné une tombe décente à ces ossements qu’on vient de trouver sur un des côtés du port de Nice qui n’a été aménagé lui-même qu’au XVIIIe siècle :

« Funèbre trouvaille. – Hier matin, des ouvriers occupés à la démolition d’une vieille maison, quai des Deux-Emmanuels ont découvert une certaine quantité d’ossements humains, qui ont été recueillis et inhumés au cimetière du Château. »

À aucun moment on s’est demandé ce qu’étaient ces ossements, ni à qui ils avaient appartenu. De nos jours l’INRAP – Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, créé en 2001 – serait très probablement intervenu et les aurait sans doute datés et identifiés, ajoutant une pierre à notre connaissance de la longue histoire de Nice.

L’entrée du port de Nice vue du Château vers le mont Boron
sur une carte postale du début du XXème siècle.
Le quai des Deux-Emmanuels est en face.

 

 

Bataille de dames ou l’art de l’euphémisme, Nice 1884

Le 13 décembre 1884 Le Petit Niçois publie un article plutôt sibyllin que seul un détail permet de « décoder ». En ce temps-là en effet on s’exprime de façon pudibonde :

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Il campe Boulevard de Cimiez, Nice 1884

Cimiez, un des plus beaux quartiers de Nice, l’antique Cemenelum, la cité fondéepar les Romains pour concurrencer sa voisine, la grecque Nikaia, n’est plus en cette fin du XIXème siècle, qu’un coin de campagne que touche à peine l’extension de la nouvelle ville, car on commence à y édifier de luxueuses villas. Preuve d’une ruralité qui dure encore : il y a des gardes champêtres et non des gardiens de la paix. C’est sur une des artères principales, le Boulevard de Cimiez, qu’un pauvre hère a choisi de dormir, en cette fin d’automne où le froid humide rend la nuit plus dure pour les miséreux, ainsi que le relate un article du Petit Niçois le 7 décembre 1884 :

« Endormi. — Les nuits sont froides et l’on gèle sur la grande route. Les gardes champêtres Camous et Ramoin ont trouvé avant-hier, sur le grand boulevard de Cimiez, le nommé Vial Honoré, âgé de 17 ans, endormi près d’un grand feu allumé. A côté du dormeur il y avait un paquet de linges dont Vial n’a pu justifier la provenance. C’est pourquoi il a été mis en état d’arrestation. »

Cimiez sur une carte postale de 1905. On aperçoit au fond l’hôtel Regina,
construit en 1896 en haut du Boulevard de Cimiez.

 

Une pauvre folle, Nice 1884

Le 6 décembre 1884 on peut lire dans Le Petit Niçois un nouvel internement en hôpital psychiatrique, on serait tenté de dire une nouvelle arrestation arbitraire. En effet on n’y trouve aucune allusion à un quelconque examen médical, ni à quelque comportement de la jeune femme qui pourrait justifier son enfermement : on lui reproche seulement « d’errer », autrement dit de marcher sans but.

« Une pauvre folle. — Avant hier, la police a interné à l’hospice des aliénés de St-Pons, une jeune folle, la nommée Gastaldi Marie, qui, ayant perdu la raison, errait au quartier du Var. »

Ce blog a déjà publié des articles sur le même sujet, « Un internement abusif, Nice 1884 » et « Une folle, Nice 1884 ».

Un ennemi des gourmets

Le XIXème siècle a vu naître la gastronomie avec la Physiologie du goût de Brillat-Savarin en 1826, mais dès ce siècle-là certains contestent la consommation. Ce refus du luxe quand il s’étend à la table apparaît dans un fait divers que relate Le Petit Niçois du 5 décembre 1884 :

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Une révolution

Huit heures et demi ou bien 20h 30 ? Nous emploierons l’une ou l’autre formule suivant le contexte ou la situation. Mais à la fin du XIXe siècle qui ne connaissait d’abord que la première expression, la deuxième apparaît comme une invention des savants contraire au sens commun, ainsi qu’en témoignent les étonnements d’un journaliste dans un article du Petit Niçois paru le 29 octobre 1884 :

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Suicide d’un fou

Un article du Petit Niçois paru le 16 octobre 1884 vient compléter la vue qu’on peut avoir de la psychiatrie dans ces années-là :

« Suicide d’un fou. — Un pensionnaire de l’hôpital de St-Pons, employé à faucher des herbes dans les dépendances de cet établissement, s’est donné la mort, avant-hier, en se tranchant la carotide à l’aide d’une faucille. »

Ce malheureux avait-il déjà manifesté des tendances au suicide ? De toute façon il n’était guère prudent de lui confier une faucille.

Une folle, Nice 1884

Dans Le Petit Niçois du 7 octobre 1884 on lit le récit d’un enfermement en hôpital psychiatrique :

« Une folle. — Avant-hier les gardes champêtres apercevaient sur le pont du Var, une femme presque nue, qui gambadait, gesticulait poussant des cris qui n’avaient rien d’humain.
S’étant approchés d’elle, ils la ramenèrent à Nice, où elle fut visitée par le docteur Arnulphy qui ordonna son internement immédiat à l’hospice de St-Pons. »

Qui est ce docteur Arnulphy ? Un coup d’œil dans l’Annuaire Commercial des Alpes-Maritimes de 1884 suffit à convaincre de ses compétences en psychiatrie :

Ce Jardin-Public est actuellement le Jardin Albert 1er. Le père et le fils – on ne sait pas lequel aura signé l’ordre d’internement – se qualifient tous les deux d’homéopathe, spécialité fort utile pour pratiquer la psychiatrie. Le père, qui estimait sans doute ne pas avoir assez de titres, s’est ajouté celui de « chevalier », italianisme pour « cavaliere ». Quant à leur nom, il résulte de la francisation de « Arnulfi », indice selon lequel ces médecins chercheraient une clientèle chic et « française », tournant le dos aux Nissards.
Sur une arrestation tout à fait semblable, on pourra lire sur ce blog l’article « Un internement abusif »

Nice place de guerre, 1884

Un article paru dans Le Petit Niçois du 6 octobre 1884 qui rappelle, par ses rodomontades, que, moins de quinze ans après la défaite de 1870, l’esprit revanchard est à l’œuvre jusqu’à Nice : va-t-on reconstruire autour de la cité les remparts qui la ceignaient au Moyen Âge ? Et quel est cet ennemi qui songerait à attaquer par le sud-est ? Au sud-est de Nice, il n’y a que la mer… Mais rassurons-nous, ces déclarations belliqueuses vont finir sur la nomination d’une commission…

« Nice place de guerre. — À la dernière heure nous recevons de l’Agence Havas l’important télégramme ci-après, que nous publions en faisant nos réserves.
Le Comité de défense vient de terminer les plans des fortifications ayant pour objet de mettre notre frontière du sud-est à l’abri d’une invasion.
D’après ces plans la ville de Nice serait appelée à devenir une place de guerre importante et en quelque sorte le réduit central d’un vaste camp retranché ; le projet du Comité de défense a déjà reçu l’approbation du conseil supérieur de guerre et des bureaux de l’Etat major général ; en attendant le vote des crédits nécessaires à son exécution le département de la guerre commencera par organiser à Nice une direction de l’artillerie qui devra fonctionner à partir du 1er janvier prochain. »

Nice, vue du château et des remparts au XVIIe siècle.

Délit de sale g…, Nice 1884

L’expression n’existe pas encore en 1884, mais elle vient à l’esprit quand on découvre cet article paru dans le Petit Niçois du 22 septembre de cette année-là. En effet, aucune précision n’apparaît sur les indices qui ont pu mener à l’arrestation de ces cinq individus :