Archives pour la catégorie Nice

Hippophagie, Nice 1883

Faire passer de la viande de cheval pour celle d’un autre animal, cela vous rappelle sûrement un scandale récent autour de plats industriels, mais le procédé n’est pas nouveau, comme en témoigne Le Petit Niçois dans un article du 28 mai 1883. À noter, le rôle joué par ces « deux employés d’octroi », qui ne veillent pas aux portes de Nice mais inspectent les boucheries. Continue la lecture

Mordu par un mulet, Nice 1883

On pourrait s’étonner de rencontrer un mulet, animal rustique s’il en est, en pleine ville. Mais il faut se rappeler qu’ils ont été nombreux à Nice, servant aux échanges avec le Piémont voisin et longtemps souverain, à travers les difficiles chemins de montagne et le col de Tende. Le mulet que Le Petit Niçois du jeudi 10 mai 1883 évoque est attelé et il s’inscrit dans la série quasi quotidienne des accidents de voiture, sujet déjà abordé sur ce blogue dans « Mourir d’un coup de pied de cheval ». Continue la lecture

Voyages économiques, Nice 1883

Une astuce très simple pour économiser sur le prix d’un voyage en train : ne payer que pour aller à la gare la plus proche et continuer le voyage gratuitement. Cela pouvait fonctionner un certain temps, car les contrôles étaient sûrement moins rigoureux, comme le raconte Le Petit Niçois du 1er mai 1883 : Continue la lecture

La panique du Jésus, Nice 1883 (2)

Le même article du Petit Niçois décrit ensuite les conséquences de la bousculade, en donnant un luxe de détails qui va jusqu’au nom et à l’âge des victimes, détails que la presse d’aujourd’hui ne s’autoriserait plus : Continue la lecture

La panique du Jésus, Nice 1883 (1)

Chapelle du collège des Jésuites, construite de 1612 à 1642 avec l’argent d’un marchand niçois, connue comme l’église du Gesù, en français l’église du Jésus (au fait, qui adorait-on dans les autres ?), beau morceau d’architecture baroque inséré sur la rue Droite dans la vieille ville (le Babazouk des Nissards) , l’édifice prend en 1802 le nom de Saint-Jacques le Majeur et devient église paroissiale. Le 3 avril 1883 elle est le lieu d’un événement dramatique qui n’est pas sans préfigurer ce que sera l’incendie du Bazar de la Charité en 1897. Le Petit Niçois le raconte dans son numéro du lendemain, en un très long article que nous présenterons en deux parties :

« La panique du Jésus
Un malheureux événement a marqué la journée d’hier.
Le matin, vers 10h15, pendant que l’on célébrait dans l’église du Jésus un service funèbre à l’intention de dom Caisson, curé de la paroisse, décédé depuis deux jours, un cierge du maître-autel a communiqué le feu à une draperie, trop près de laquelle il avait été placé.
Aussitôt les cris : au feu ! se firent entendre. Une panique indescriptible s’empara des assistants qui étaient au nombre de 300 environ, et chacun chercha à se précipiter vers la porte de sortie.
C’est là qu’une scène horrible se produisit. La foule se pressait par larges masses de l’intérieur de l’église.
Les grappes humaines qui arrivaient sur l’escalier de six à sept marches donnant sur la place du Jésus, étaient pressées à s’étouffer, et, poussés par ceux qui venaient derrière, les premiers rangs furent renversés sur l’escalier et, entremêlés de façon à ne pas pouvoir se relever, ils furent piétinés par ceux qui les suivaient.
Le bruit que le feu était au Jésus se répandit comme une traînée de poudre. De l’église Sainte-Réparate, pleine de monde, à l’occasion des obsèques de Mme Gauthier, une affluence énorme se porta vers l’église du Jésus. Des rues de la vieille ville, du Malonat surtout, descendaient des groupes d’hommes, de femmes, pleurant et demandant ou leur enfant, ou un de leurs parents.
Le marché, si animé à cette heure-là, fut désert en un clin d’œil.
Toute cette foule se portait à l’église du Jésus et voulait y pénétrer. C’était un spectacle déchirant. Un double courant s’établit : ceux qui voulaient sortir et ceux qui voulaient entrer, et c’est dans cette confusion que des malheureux se sont vus serrés à étouffer, que quelques-uns, tombés, ont été piétinés.
Heureusement, à la première annonce du malheur, en même temps que la foule aveugle et affolée, arrivaient les autorités et de courageux citoyens : MM Borriglione, Poullan et Paraut, ses adjoints, M. Durandy, président du Conseil Général, M. Lanabère, procureur de la République, et M. Richard, son substitut, M. Gazan, juge d’instruction, M. Gallian, commissaire central ; parmi les citoyens MM Barraja, agent de change, et Edmond Blanc, bibliothécaire, et d’autres encore sont arrivés et après de grands efforts étant parvenus à se placer sur le perron de l’église, ont sauvé d’elle-même cette foule que le défaut de sang-froid exposait à tant de malheurs.
Une fois l’ordre établi, grâce à l’énergie de ces messieurs, il n’a plus eu rien à craindre. Les blessés ont été transportés ou chez eux, ou à la pharmacie Carbonel ; et on a pu alors s’assurer que presque tous pourraient être facilement guéris. Quelques-uns même n’avaient reçu que de légères contusions, mais l’épouvante aidant on s’était, dès le premier moment, exagéré le mal.
On ne saurait trop louer, en cette circonstance, la belle conduite de M Lanabère, procureur de la République, qui soit en retirant lui-même des femmes et des enfants de la masse des renversés, soit en donnant les premiers ordres et en organisant les premiers secours, a fait preuve de courage et d’un sang-froid à toute épreuve et l’on peut hardiment dire que sans son intelligente initiative, il est fort probable que le plus grand malheur serait à déplorer.
Il y avait, dans l’église, un grand nombre d’élèves des frères ignorantins, dont l’école est contiguë au Jésus. On les fit sortir par la porte de la sacristie. Ils m’ont donc couru aucun risque. »

Une explication à l’ampleur de la panique est peut-être le souvenir d’un événement récent ; en effet, le 23 mars 1881, un incendie a causé la mort de deux cents personnes au Théâtre de Nice.
D’autre part, l’article met en avant le rôle salvateur joué par les notables, dont il cite complaisamment noms et titres, à commencer par Alfred Borriglione, sénateur-maire de Nice, qui est proche politiquement de Jules Ferry, alors président du Conseil. D’ailleurs l’orientation républicaine et laïque, voire anticléricale, du Petit Niçois, va transparaître de plus en plus dans la suite de l’article.
Quant à cette Mme Gauthier dont les obsèques se déroulent au même moment à Sainte-Réparate, cathédrale de Nice qui n’est pas très loin, prénommée Marie Esther, elle est la belle-sœur de Léon Paul Lagrange de Langre, préfet des Alpes-Maritimes, décédée prématurément à 39 ans. Cette cérémonie explique la présence de tous ces notables.

À droite, la façade de l’église du Jésus dans la rue Droite sur une carte postale ancienne.

(à suivre)

 

Encore le feu, Nice 1883

La mode du réalisme qui domine la littérature de ce temps-là conduit les journalistes à donner les détails les plus crus notamment quand ils relatent un suicide, aussi pour satisfaire la curiosité des lecteurs. On s’en rend compte en lisant le récit suivant dans le Petit Niçois du 2 mars 1883 :

« Affreux suicide — Une jeune fille de notre ville s’est suicidée d’une façon terrible.
Cette malheureuse était âgée de 17 ans à peine. Elle était employée dans un magasin de mercerie de la rue de la Préfecture. Mercredi, elle se rendit dans la banlieue de Nice, et là, cherchant un endroit écarté où l’on ne pût la déranger dans ses horribles préparatifs, elle enduisit ses vêtements de pétrole. Elle en but même une certaine quantité. Puis elle mit le feu à sa robe.
En un moment, elle était entourée par les flammes. Un passant, qui aperçut le feu, accourut et se précipita sur l’infortunée pour essayer de la sauver. Ramenée chez elle, elle y est morte dans d’affreuses souffrances.
On ignore les causes de ce suicide que l’on attribue cependant à des peines d’amour. »

Le suicide par le feu est déjà évoqué sur ce blogue dans Suicide par le pétrole, Cagnes-sur-Mer 1882.

Horreurs en série, hiver 1883

Au XIXe siècle, le feu est partout : aux traditionnelles bougies et cheminées, le progrès a ajouté poêles et lampes à pétrole. Outre les incendies, les accidents domestiques sont fréquents et leur récit, qui n’est pas toujours dénué d’une certaine complaisance pour l’horreur, revient régulièrement parmi les faits divers. Le Petit Niçois du 10 janvier 1883 rapporte ainsi un de ces drames : Continue la lecture

Tombée dans le Paillon, Nice 1883

Nice s’est édifiée sur la rive gauche du Paillon, un fleuve côtier long de 36 km aux allures de torrent qui descend des Alpes et vient se jeter dans la Méditerranée. Ce Paillon étant sujet à des crues soudaines et dévastatrices, un guetteur muni d’un cheval était posté en amont de la ville. Quand l’eau menaçait de grossir, il dévalait la rive au galop en criant « Pailloun ven », c’est-à-dire « le Paillon arrive », pour que les innombrables lavandières travaillant dans le lit du fleuve remontent en toute hâte. Mais ces femmes et les enfants qui les accompagnaient pouvaient être victimes d’autres accidents, comme le relate un article du Petit Niçois le 18 janvier 1883 :

« Tombée dans le Paillon. – Hier, vers 3 heures l’après-midi, une petite fille de sept à huit ans a failli se noyer en traversant le Paillon.
C’est près du pont Garibaldi, sur une planche extrêmement étroite que la pauvre enfant voulait traverser le torrent pour aller rejoindre sa mère, une blanchisseuse. Au milieu de ce pont trop primitif, le pied vint à lui manquer et elle tomba dans le Paillon grossi par les dernières pluies. L’eau entraînait la malheureuse ; les blanchisseuses poussées des cris d’effroi et n’osaient lui porter secours. Par bonheur, un courageux citoyen se jeta à l’eau et parvint à retirer la petite fille, trempée jusqu’aux os. On la couvrit immédiatement de vêtements bien chauds que toutes les blanchisseuses s’offrirent à donner.
La pauvre petite a été transportée chez elle où, grâce aux soins qui lui ont été donnés, elle est maintenant hors de tout danger.
 ce propos, nous devons signaler le danger qu’il y a à laisser traverser le Paillon sur ces passerelles branlantes, mal assujetties, qui sont formées d’une seule planche parfois si étroite que le pied en déborde. Là-dessus passent les blanchisseuses chargées de faix très lourds et suivies de leur petite famille. C’est pourquoi des accidents comme celui d’hier sont inévitables tant qu’on n’établira point de passerelles plus larges et plus solides. »

À partir de 1868 commence une série de travaux qui s’achèveront en 1972 avec la couverture complète du Paillon dans son parcours urbain.

Lavandières sur les bords du Paillon au début du XXe siècle.

L’ordre règne à Nice, 1882-1883

À la fin du XIXe siècle la douceur de la vie à Nice séduit une riche clientèle qui vient y passer la mauvaise saison, mais l’argent qui circule attire aussi une faune dont les autorités municipales aimeraient se débarrasser car sa présence ternit l’image impeccable qu’on voudrait donner de la cité. Le meilleur moyen de l’éliminer semble de charger la police de cette tâche. Par exemple les mendiants sont d’habitude interpellés individuellement, mais le 31 décembre 1882 on peut lire dans le Petit Niçois le compte rendu d’une opération de grande envergure : Continue la lecture

Objets trouvés, Nice 1882

On épargnera au lecteur le lieu commun de l’« inventaire à la Prévert » que n’est vraiment pas la liste suivante publiée dans le Petit Niçois du 31 décembre 1882, car elle donne un aperçu très cohérent de ce que les gens transportaient sur eux, bien différent de ce qu’on trouverait aujourd’hui :

« Objets trouvés. – Liste des objets trouvés et déposés au commissariat central de police, du 1er au 31 décembre inclusivement, et non encore réclamés :
Un carnet contenant différentes notes.
Un fichu en soie noire.
Une boîte renfermant une médaille italienne.
Un canif.
Une épingle en or.
Deux parapluies en soie.
Trois camisoles de femme.
Un couvert en argent portant des initiales.
Une tabatière en argent.
Un grand éventail.
Une boucle d’oreille en or.
Trois couvertures de cheval.
Un sac de voyage contenant divers objets.
Trois porte-monnaie.
Une canne première en argent.
Un paquet contenant un canevas pour pantoufles.
Trois mouchoirs blancs.
Un portefeuille contenant différentes notes.
Plusieurs déclarations de chiens trouvés.
Plusieurs clés.
Une ombrelle en soie paquet de bonbons.
Une montre en or. »

Une remarque s’impose d’ailleurs : la plupart de ces objets dénotent le fait d’avoir été perdus par des personnes plutôt aisées, voire bourgeoises ; les pauvres quant à eux n’ont rien à perdre.