Archives pour la catégorie photographie

Le chien retrouvé

Le titre de cet article parodie évidemment celui d’un roman de Marcel Proust. Mais je n’ai pas l’intention d’écrire À la recherche du chien perdu, puisque je l’ai trouvé sans le chercher. Continue la lecture

Encore une photo identifiée grâce à internet

Dans un article publié en 2014 sur ce blogue, « Trois photos du front en 1915 », j’avais publié trois photographies de petit format que ma famille se transmettait depuis trois générations, presque effacées par le temps et redevenues lisibles à grands coups de Gimp. Sur la troisième on voit des Poilus dans un village en ruines, sur lequel aucun indice ne me permettait de mettre un nom. Or, tout récemment j’ai reçu un commentaire de M Henri Pernet que je remercie encore : Continue la lecture

En réponse à Évelyne

Évelyne nous a présenté un avion sur Ciel mes aïeux, or il y a du monde dans le ciel… Continue la lecture

Une photo ratée

Sophie Boudarel nous propose un généathème : « Le 26 septembre a lieu la journée internationale « Save your photo day ».Et si, vous aussi, vous profitiez de cette journée pour scanner vos photos ? » Je l’ai fait depuis belle lurette et, comme nos anciens n’étaient pas toujours d’excellents photographes, il m’est venu à l’idée de présenter une photo ratée. Continue la lecture

De l’intérêt de publier ses photos anciennes

Dans le cadre du généathème proposé pour le mois d’octobre 2014 j’avais publié un article intitulé « Deux photos d’une fête de famille en 1896  ». Il se fondait sur deux photographies d’assez grand format que ma famille se transmet de père en fils depuis le XIXe siècle. Je ne répéterai pas leur description, qu’on trouvera dans l’article précité, ni les résultats obtenus en essayant d’identifier les personnes représentées, qui sont dix-sept sur un des clichés et seize sur l’autre : j’avais pu mettre un nom sur neuf d’entre elles. Continue la lecture

#généathème : deux photos d’une fête de famille en 1896

Un des sujets que propose Sophie Boudarel pour le généathème de ce mois-ci est la photo, occasion qui me pousse à examiner de près deux photographies que les générations se transmettent dans ma famille. Les voici :

Cliquer sur ces deux photos pour les voir en plus grand.
Ces deux photos mesurent 18 x 12 cm et sont vraisemblablement des tirages sur papier albuminé; elles sont collées dans un passe-partout de couleur beige qui porte la signature du photographe, A.Malbot. Quelqu’un a inscrit l’année sur le passe-partout : 1896. Elles représentent une fête familiale qui s’est tenue chez mon Sosa 16 ou, en termes plus simples, mon arrière-arrière-grand-père, Toussaint Roch Girardot.
Lui et sa famille sont nés et habitent à Montpellier ; à cette époque ils logent au numéro 14 de la rue Saint-Guilhem, une des artères principales de la vieille ville. Toussaint Roch est à la tête d’une prospère entreprise de peinture et papiers peints ; il est président de « l’Union commerciale et industrielle de Montpellier » et il a été élu président du Conseil des Prud’hommes. En juin 1896 sa maison de commerce était  présente à l’exposition qui s’est tenue à Montpellier par un pavillon devant lequel on voyait des « palmiers géants ». On pouvait admirer à l’intérieur le groupe paradoxal formé par une reproduction de la statue de la Liberté qu’entouraient « quatre jeunes esclaves égyptiens » ; une revue de ce temps-là, La Presse industrielle, a en effet publié une description du pavillon, accompagnée d’une photo de mon trisaïeul.
La fête évoquée par les deux photographies est peut-être en rapport ce succès. Elles ont été prises dans une cour qui a des allures de patio, avec les plantes et le treillage qui couvre un des murs. Cette cour est encore visible avec Google Earth.
Toussaint Roch Girardot
dans La Presse industrielle de juin 1896.
Les deux clichés sont présentés ci-dessus dans l’ordre probable où ils ont été effectués car, dans le premier, les personnes sont rangées comme sur une photo de classe, alors que, dans le second, les poses sont plus détendues et l’ordre a été un peu rompu. On a sorti des chaises qui ont une fonction essentielle dans la pose : pour une des photos certains sont assis dessus, tandis que, pour la deuxième, quelques uns se tiennent debout sur ces chaises.
Le caractère festif de la réunion est souligné par le vin : sur la première le maître de maison lève son verre pour porter une santé, tandis qu’un jeune homme au premier-plan – c’est mon arrière-grand-père – tient une bouteille et remplit le verre de son voisin ; la bouteille réapparaît sur la deuxième photo.
Comme cela se produit souvent avec les photographies anciennes, la difficulté est de nommer les personnages représentés. Toussaint Roch lui-même est livré par la tradition familiale ; quelques uns ont été identifiés par mon propre père, qui les a connus ; pour d’autres, je me suis laissé guider par la vraisemblance : la dame juste à côté de Toussaint Roch a toutes les chances d’être son épouse ; pour ce qui est de ses deux plus jeunes enfants – une fille de neuf ans et un garçon de treize ans en 1896 – il est très probable que ce sont eux qui se relaient pour tenir le grand chien noir pendant la pose. Du garçon – Louis Girardot – il existe aussi une photo en soldat, publiée dans un autre article, qui corrobore sa reconnaissance. C’est aussi la comparaison avec une photo de 1935 qui m’a permis de mettre le nom de Gratien Girardot sur un autre personnage et, par ricochet, d’estimer que la jeune femme avec laquelle il s’amuse est sa toute récente épouse.
Au total dix-sept personnes figurent sur la première photographie ; la femme qui est au fond à gauche de celle-ci a disparu sur la deuxième ; je pense avoir pu identifier neuf personnes sur ces dix-sept :

 


Toussaint Roch Girardot
Il a quarante-trois ans. Se sentant à son apogée, il se place au-dessus du groupe familial sur la première photo. Il étale aussi sa toute-puissance par un certain négligé : il est en bras de chemise, cigarette aux lèvres et garde un grand chapeau de paille sur la tête. Vertige temporel : son grand-père a été soldat dans l’armée de Louis XVI, voir l’article « Un ancêtre, le lieutenant Toussaint Girardot« .



Pauline Girardot, née Richard
Née en 1857, une épouse dont le regard suit la direction que lui indique le doigt de son mari.

Adélaïde Marie Jeanne Girardot
La famille se souvenait d’elle sous son dernier prénom, Jeanne. Elle a neuf ans et, sur une des photos,on voit que la fillette a légèrement bougé. Elle ne vivra que vingt-cinq ans et mourra en 1912 après avoir contracté la tuberculose en soignant son frère Louis, atteint lui-même de cette maladie.



Louis Joseph Roch Girardot
Louis a treize ans et porte le costume marin à la mode sous la IIIème République pour les jeunes garçons. Il ne vivra pas très vieux, voir l’article « Mourir pour la Crète« 

Un Danois à placer quelque part dans l’arbre généalogique.


Marius Toussaint Hilaire Girardot
Connu dans la famille sous son dernier prénom, Hilaire, il a dix-huit ans et il est élève à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. C’est mon arrière-grand-père. Un article à venir présentera quelques uns de ses tableaux.



Marthe Viguier
Elle a dix-huit ans et, en 1900, elle se mariera avec Hilaire. C’est mon arrière-grand-mère, et aussi la seule personne présente sur ces photographies que j’ai connue, car elle est décédée en 1959. Elle est la 3ème arrière petite-nièce de l’ermite Pierre Viguier, voir l’article.



Marie Césarine Eulalie Viguier, née Auzard
La mère de Marthe Viguier : née en 1857, elle a été veuve en 1882, quand elle avait vingt-cinq ans, voir l’article « Mourir d’un coup de pied de cheval« . Elle vivra jusqu’en 1936.



Gratien Girardot
Identifié grâce à des photos plus récentes, c’est le plus jeune d’une fratrie de neuf frères et sœurs dont Toussaint Roch est l’aîné. Gratien a vingt ans de moins que lui et n’est âgé que de vingt-trois ans en 1896.


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Angéline Marie Barthélémy, épouse de Gratien Girardot
Née à Palavas-les-Flots, elle a dix-huit ans. Elle et Gratien se sont mariés le 14 avril de cette année 1896.



Quant à cet inconnu, il a pris son chien sous son bras pour l’empêcher de bouger pendant la pose.

Trois photos du front en 1915

Trois photographies faites par un amateur et adressées vraisemblablement à mon arrière-grand-père, alors officier instructeur. Presque effacées par les années, les moyens de l’informatique ont permis de leur redonner une certaine lisibilité.

Ce sont des clichés de petit format, réalisés avec un de ces appareils portatifs que possédaient beaucoup de combattants. Les deux premières mesurent 11 x 8,5 cm et la troisième 10 x 7,5 cm ; cette dernière devait à l’origine avoir le même format que les autres, mais elle a été manifestement découpée pour entrer dans un album.
Voici la première :
Sur la photo elle-même figurent les mots « ma guitoune ». Ce terme, que l’Armée d’Afrique avait emprunté à l’arabe, désigne un abri de tranchée dans l’argot des Poilus. En l’occurrence cet abri est construit avec des fascines et des branchages ; de plus il est hors-sol, un des indices qui montrent qu’on n’est pas en première ligne, enfoui dans la tranchée, comme l’indique aussi le fait que les hommes, qui ne portent pas d’arme, sont dehors et ne se cachent pas.
On lit au verso de la photographie cette phrase écrite au crayon à papier :

« L’heure de la soupe
Les cuisiniers se rendent
aux tranchées porter le dîner
des « Poilus » »

Les uniformes sont ceux de 1915 : tenues bleu horizon et képi, car les casques Adrian n’ont pas encore été imposés. À l’arrière-plan on aperçoit un boyau, cette tranchée qui servait à communiquer entre deux lignes. On voit nettement que son tracé est brisé par des angles : si l’ennemi s’emparait d’une des lignes, cela lui interdirait les tirs en enfilade. Remarquer que l’auteur a mis le mot « Poilus » entre guillemets, preuve qu’il n’avait pas été totalement consacré par l’usage.
Comme les cuisiniers qui apportent le ravitaillement viennent vraisemblablement de cet arrière-plan par le boyau, on peut émettre l’hypothèse que la photo a été réalisée en deuxième ligne. Ces cuisiniers faisaient chaque jour des kilomètres pour apporter aux soldats des tranchées leur nourriture et leur vin.
Un autre cliché a été pris quant à lui en première ligne :
Son auteur a voulu photographier directement les positions allemandes que lui même voyait, mais la technique n’était pas suffisante pour que nous puissions les distinguer. Il a écrit au dos du cliché :

 « Un ouvrage allemand
Au fond on voit un boyau qui sort
du bois de Cheppy et se termine par la
tranchée allemande dite tranchée en T
(Vue prise d’un petit poste français où je
suis) 300m des boches. »

Cheppy est un village de la Meuse, à moins de 40km de Verdun, où des combats ont effectivement eu lieu tout au long de la guerre. Il faut remarquer sur cette photo que les arbres sont toujours là : on voit même toute une forêt dans le fond : la guerre de position et les tirs d’artillerie n’ont pas encore rasé la végétation. Une tranchée en T est un segment de tranchée, long de quelques dizaines de mètres, creusé en avant de la ligne principale et reliée à elle par un boyau, reproduisant ainsi le dessin de la lettre T.
La troisième photographie enfin montre trois soldats français dans les ruines d’un village :

Dans le coin supérieur gauche, malheureusement rogné, on lit « Souvenir de la guerre… ». L’auteur a-t-il voulu désigner la photo elle-même ou bien les ravages qu’elle laisse ? On peut lire en partie une date, 7 juin, sans doute 1915. Elle a été prise sans doute sur ce qui a été la grand place d’un village. De l’église il ne reste que des ruines. Au milieu de la place un calvaire miraculeusement intact avec sa croix en métal forgé. Cette croix est installée sur une fontaine dont l’eau coule encore, symbole étrange de la vie persistant sous les obus.