Archives pour la catégorie presse

Presse à sensation, 1886

Le Petit Niçois du 19 avril 1886 rapporte une séance du tribunal correctionnel où on juge une affaire qui, aujourd’hui encore, donne à réfléchir : il arriverait que la presse à sensation invente elle-même les événements susceptibles de frapper l’imagination du public.

« L’Affaire Ardin

Ardin — c’est lui qui le déclare — est colporteur de son état. À ce titre il voyage. L’espace, le grand air sont pour lui les éléments nécessaires à son existence… vagabonde. À ce titre aussi, ne pas s’arrêter à Avignon serait manquer à tous principes de géographie élémentaires.
Avignon ! vingt minutes d’arrêt !
Ardin y reste trois jours. Il apprend que c’est la ville des Papes — il l’ignorait sans doute — et de là , à imaginer un placard à sensation, il n’y a qu’un pas. Ce pas, il l’a franchi. Il a publié une feuille volante qu’il a criée, hurlée dans toutes les villes depuis Avignon jusqu’à Nice — Nice incluse, bien entendu.
Il faut croire que notre police est moins tolérante que celles de nos voisines, car un inspecteur entendant brailler à tue-tête sous les arcades de la place Masséna :
Demandez explosion du Vatican. La mort du Pape Léon XIII, dix centimes ! deux sous ! s’approcha du dit Ardin, et l’engagea à moins brailler et surtout à circuler.
Ardin protesta si vigoureusement et se démena si bien qu’un substitut du procureur de la République, attiré par le bruit, ordonna son immédiate arrestation.
Andin, passant de la théorie à la,pratique, distribua quelques coups de poings, de non moins nombreux coups de pied aux agents qui le conduisaient au violon. C’est donc sous la double inculpation de rébellion aux agents et d’escroquerie que nous avons eu le plaisir de voir, hier, cet intéressant industriel.
Sa défense est bien simple, et il la présente non sans un certain aplomb : il a vendu son « canard », il croyait en avoir le droit ; tant pis pour ceux qui s’y sont laissés « pincer ».
M. Thibaut, substitut du procureur de la République, n’est pas de cet avis. Il l’est si peu, qu’il appuie son argumentation de divers arrêts de la cour de cassation, flétrissant et condamnant les vulgaires escrocs qui, au moyen que nous venons d’indiquer, trompent le public.
Le Tribunal, partage absolument cet avis, et faisant application de la loi, condamne Henri Ardin, à deux mois d’emprisonnement.
Le Vatican n’a pas sauté, Léon XIII n’est pas mort, notre colporteur pourra s’en convaincre soixante jours durant.
Nous n’aurions certainement pas autant insisté sur cette affaire, s’il n’y avait à en tirer une conséquence qui nous intéresse tous : des vendeurs de journaux de Nice publient et crient (sous la direction d’un journaliste étranger, nous assure-t-on), des feuilles dites à sensation. Un jour. c’est le Casino de Monte-Carlo, qui a fait explosion ; le lendemain, c’est une famille entière qui s’est suicidée ; le surlendemain, c’est la mort d’un de nos personnages politiques, etc., etc.
Eh bien ! il est excellent qu’on sache, une fois pour toutes, que ceux qui se livrent à ce singulier négoce, sont de vulgaires escrocs, et qu’ils tombent sous le coup de la loi.
Espérons qu’ils se le tiendront pour dit. »

Le journal fait la morale, Nice 1885

Comment raconter deux anecdotes peu flatteuses sur les cochers sans se mettre à dos leur corporation, c’est le problème qu’a résolu un journaliste du Petit Niçois le 27 mars 1885, d’abord en attribuant leur dénonciation à un lecteur supposé dont le nom n’est pas cité, ensuite en chantant l’éloge des cochers en général, enfin en se présentant comme gardien de la morale publique.

« Les cochers. – Un correspondant étranger, hôte d’hiver de la ville de Nice, nous fait part de ses plaintes contre certains cochers qui ne peuvent être, nous le savons par expérience, que l’exception dans la corporation.
Il s’agit de l’attitude inconvenante d’un cocher qu’il a vu apostrophant en termes fort peu corrects les dames qu’il rencontrait seules sur nos promenades ; un autre se livrait à cette fantaisie d’un goût douteux de s’arrêter et de se ranger le long d’un trottoir, alors qu’il conduisait un monsieur, parce qu’une dame, croyant sa voiture libre, lui avait fait signe. La dame s’avança pour prendre place dans le véhicule et se trouva nez à nez avec le premier occupant. On voit quelles méprises fâcheuses et quels désagréments peuvent entraîner de semblables procédés.
Cette façon d’agir n’est heureusement pas celle de tous les membres de la corporation des cochers, qui compte dans ses rangs une très grande quantité d’hommes soucieux d’exercer leur profession avec convenance et pour la plus grande satisfaction de ceux qui ont recours à leurs services. Ces habitudes sont particulières à quelques individus seulement, et il est utile de les signaler et d’appeler sur elles une répression sérieuse, afin que le bon renom de notre ville n’arrive pas à être compromis par la faute de quelques-uns, au plus grand préjudice de tous.
Que l’on veille donc à ce que ces faits ne se reproduisent pas ; les cochers polis, complaisants, — c’est la grande majorité, — sont les premiers à réclamer la séparation du bon grain de l’ivraie, comprenant qu’ils ne manqueront pas de s’en trouver bien. »

Un fiacre à Nice au début du XXème siècle.

Une image en première page, Nice 1884

Pour la première fois de son histoire, qui a commencé en 1881, Le Petit Niçois paraît, le mardi 8 janvier 1884, avec une image en première page. Jusqu’alors les seules illustrations qu’on trouvait dans le quotidien étaient, sur la quatrième et dernière page, celle des publicités présentant des vêtements masculins à la mode. Il faut dire que l’événement est de taille : on vient d’inaugurer « l’Exposition internationale, agricole, industrielle, et artistique » de Nice. Continue la lecture

#ChallengeAZ 2016 F comme Fait divers

Au départ, ce blogue devait être consacré aux mentions insolites rencontrées dans les registres des paroisses où vivaient mes ancêtres. Mais la matière commençant à s’épuiser, je me suis tourné vers les faits divers, très proches en réalité de mon premier domaine, puisque les menus événements notés par les curés dans leurs registres étaient la plupart du temps ce qu’on a appelé ensuite des « faits divers ». Il faut citer ici le magistral ouvrage de Thierry Sabot, Nos ancêtres et les mentions insolites. Continue la lecture

Une épidémie en Languedoc, 1770

Les Annonces, Affiches et Avis divers de Montpellier du 7 mai 1770 font état d’une épidémie qui décime au même moment Saint-Jean-de-Védas, un village dont le territoire est limitrophe de celui de Montpellier : Continue la lecture

Évasion à Nice en 1851

L’Avenir de Nice du 6 janvier 1851 raconte une évasion et aussi l’accueil de celle-ci dans l’opinion publique : Continue la lecture

Un vol d’importance, Languedoc 1711

Le 18 novembre 1771, on pouvait lire dans les Annonces, affiches et avis divers de Montpellier un curieux inventaire : Continue la lecture

Vol à la glu, Nice 1889

Un fait divers insignifiant que rapporte Le Petit Niçois du mercredi 2 janvier 1889 : Continue la lecture

Au pays de rêves

Les riches touristes qui venaient passer l’hiver à Nice avaient l’impression d’un paradis. Pourtant la vie n’y était pas toujours facile pour les autochtones, un thème déjà évoqué sur ce blogue dans quelques articles : « Mort de froid et de faim à Nice en 1815 », « Mourir de solitude et de misère, Nice 1889 » et « Mort de froid et de faim à Nice en 1887 ». D’autres suivront sûrement, car le sujet est vaste ; en attendant voici un article paru dans le numéro 1 du journal Le Cri de Nice et de la Riviera, le 1er janvier 1909 : Continue la lecture

Erreur sur le sexe d’un nouveau-né, Montpellier 1772

Les Annonces, Affiches et Avis divers de Montpellier dans leur numéro du 27 avril 1772 rendent compte d’un fait insolite : Continue la lecture