Archives pour la catégorie religion

Vol à la glu, Nice 1889

Un fait divers insignifiant que rapporte Le Petit Niçois du mercredi 2 janvier 1889 : Continue la lecture

Démocratie

La publicité ne recule devant rien et tous les domaines lui sont bons pour trouver des arguments, que ce soit la politique ou le prestige de l’aventure coloniale, comme dans cette annonce parue dans Le Petit Niçois du dimanche 2 janvier 1887 :

Démocratie - Le Petit Niçois dimanche 2 janvier 1887

Des ptits trous, toujours des ptits trous, Nice 1851

Un récent article de Jobris « Trop de trous à Hardinghen en 1737 » me rappelle celui que j’ai lu dans L’Avenir de Nice  du 6 janvier 1851 :

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#ChallengeAZ 2015 Y comme Adam Y

Déjà en 2014 j’avais écrit «  Y a pas moyen » et en 2015 y’a toujours pas moyen. Dans mon fichier aucun patronyme à la lettre Y. Parmi les prénoms, une Yasmin, mais elle est loin d’avoir atteint les cent ans réglementaires et donc je ne pourrai pas en parler. Reste le Y du fameux chromosome Y qui trouve une nouvelle jeunesse avec une récente baliverne.   Continue la lecture

#ChallengeAZ 2015 Le clocher s’effondre sur les fidèles : cent morts.

Toujours à l’affût de mentions insolites, j’ai été assez surpris de rencontrer celle-ci dans les registres paroissiaux de Gignac, bourgade de l’Hérault où vécurent quelques uns de mes ancêtres : « Le huitième du mois de décembre [1738] sont cent tous ceux qui moururent sous la ruine de la chute du clocher ; dans l’original à la fin du registre de 1738. » Continue la lecture

Alerte aux Camisards

Les registres de la paroisse Saint-Joseph de Sète pour les années 1677 à 1721 contiennent un texte curieux, qui n’est pas un acte : Continue la lecture

#généathème : propagande à la messe en 1915

Comment les « Poilus » et leurs familles ont-ils pu accepter quatre ans de massacres et de souffrances ? D’abord par peur du conseil de guerre et du peloton d’exécution. Ensuite à cause du bourrage de crâne sur la patrie qui commençait à l’école primaire et aussi sous l’effet de la propagande à laquelle tous les organes de la société contribuaient, y compris l’Église catholique, qui avait pourtant depuis 1905 pas mal de choses à reprocher à la République ; mais, Union Sacrée oblige, cette Église a apporté sa quote-part quand il s’est agi d’encourager l’hécatombe.

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Des mains dénonciatrices

En parcourant les registres des actes de baptême de Nice des XVIIème et XVIIIème siècles, on peut être surpris de découvrir dans les marges des dessins qui représentent une main droite, l’index tendu, parfois au bout d’un avant-bras.

Les plus anciennes de ces mains apparaissent dans les registres de la cathédrale Sainte-Réparate à la fin du XVIIème siècle. La première qu’on rencontre est dans un dessin qui encadre la date du 1er janvier 1687, comme si le prêtre avait voulu célébrer la nouvelle année :
Une banderole, soutenue par deux oiseaux et ornée de branches de laurier, porte la mention « Il Primo Genaro 1687 », « le premier janvier 1687 ». Curieusement, un bras se tend vers un des rameaux de laurier, comme si la main voulait le montrer. Le dispensateur des sacrements et auteur de ces actes est le vicaire de la cathédrale de Nice, Gioanni Battista Fighiera, dont l’intérêt manifeste pour les beaux graphismes est évoqué dans un autre article, Un registre illustré, 1689.
Quelques pages après une autre main apparaît ; cette fois-ci elle est dans la marge gauche du registre:

« Alli 30 Marzo 1687
Angelica figliola naturale di Gianetto Daleuze del luogo di Berra
et Maria Milla del luogo di Peglione nata li 29 detto
battezata da me Gio Batta Fighiera V.Curato Padrino e stato
Honorato Gerbino, Madrina Angelica sua moglie. »

« Le 30 mars 1687
Angelica fille naturelle de Gianetto Daleuze du lieu de Berre
et de Maria Milla du lieu de Peillon, née le 29 dudit mois,
baptisée par moi Gio. Batta. Figiera Vicaire Curé. Le parrain a été
Honorato Gerbino, la marraine Angelica son épouse. »

 La main semble donc avoir ici une fonction, qui est de signaler un enfant naturel ; dans cet acte le père est d’ailleurs connu et nommé. On retrouve souvent cette main chargée de désigner les naissances illégitimes, par exemple sur cette page de septembre 1687, où les mains sont deux :
Les mères respectives des petits Francesca et Giuseppe sont nommées, mais les nouveaux-nés sont déclarés « ignoto padre », « de père inconnu ». Ces baptêmes d’enfants illégitimes désignés par des dessins de main sont relativement rares : sur les quelque 600 actes de baptême de l’année 1687, seules quatre naissances sont signalées comme naturelles. La pratique se poursuit tout au long du XVIIIème siècle :

« Alli 4 Aprile 1731
Ludovica figlia naturale di Antonio Francisco Blanc e Cattarina Raÿbauda
nata hieri… »
« Le 4 avril 1731
Ludovica fille naturelle d’Antonio Francisco Blanc et de Cattarina Raybaud
née hier… »

On remarquera  ici la reprise du dessin, soit que le premier essai ait été orienté trop vers le haut, soit que la plume d’oie ait lâché un « pâté’. L’habitude de marquer les naissances illégitimes d’une main perdure pendant l’occupation française de 1792 à 1814, ainsi en 1801 :

« Die 19.Xbris
Beatrix Maria Bessi filia naturalis Mariae Bessi, cujus pater
ignoratus, nata heri, Bapa. a Rdo. Josepho Peirani Vic°.
patrini fuere Salvator Solinas et Maria Grec. »

« Le 19ème jour de décembre (1801)
Beatrice Maria Bessi fille naturelle de Maria Bessi, dont le père
est inconnu, née hier, baptisée par le Révérend Giuseppe Peirani Vocaire,
ses parrain et marraine ont été Salvator Solinas et Maria Grec. »

Pendant la période « sarde », de 1814 à 1860, Nice retourne au sein du royaume de Piémont-Sardaigne et l’enregistrement de l’état-civil est à nouveau assuré dans les registres paroissiaux. Mais l’apparition de formulaires imprimés interdit ces fantaisies graphiques et les mains qui signalaient les naissances illégitimes disparaissent

Baptême d’un musulman en 1638

Au XVIIème siècle les Barbaresques, ces pirates basés dans les ports du Maghreb, hantent la Méditerranée et sèment la terreur chez les navigateurs européens. D’après un historien contemporain, entre 1628 et 1634, ils capturent 80 navires et réduisent 1 336 Français en esclavage(1). Mais il arrive aussi que les galères de la marine royale affrontent les chebecs des Barbaresques et fassent des prisonniers, comme en témoigne l’acte de baptême suivant, établi à Agde dans le Languedoc en 1638 :

 

« L’an mil six cent trente huict, je curé soussigné ay baptizé solemniter
un more captif de  Mr. Puget de la présente ville ; estant son parrain
Messire Fulcrand de Barrès évêque et comte d’Agde lequel
luy a imposé le nom Fulcrand : sa marraine demoiselle Anthonitte Michelle, sœur
de dame de Roque en foy de quoi à Agde ce 14 novembre 1638 dans l’église St-Étienne. »

D’abord l’acte précise que le baptisé est un « more », un authentique Maghrébin et non pas un « renégat », c’est-à-dire un Européen converti à l’Islam. Ces renégats étaient nombreux, au point de former semble-t-il jusqu’aux trois-quarts des combattants embarqués sur les navires barbaresques. En cas de capture ils étaient impitoyablement condamnés à mort et exécutés.

Tout dans cet acte montre qu’on a voulu célébrer avec faste un événement qui est rare. En atteste l’adverbe latin solemniter, « solennellement », qu’il est usuel d’employer dans un contexte en français. La graphie du r est bien sûr bizarre, mais on la retrouve sous la même main dans un acte de mars 1639, « son parrain Mr. Bernard Bordy » :

 La personnalité du parrain témoigne aussi de l’importance qu’on attache à ce baptême : c’est l’évêque lui-même, Fulcrand de Barrès, évêque d’Agde de 1629 à 1643, qui a choisi d’être le parrain du nouveau chrétien. La cérémonie a d’ailleurs lieu dans la cathédrale, qui est l’église Saint-Étienne. On notera au passage que l’identité de l’évêque est écrite dans l’acte en caractères plus gros que le reste. Suivant la coutume, le parrain donne son prénom à son filleul, prénom qui rappelle Saint Fulcrand, lui-même évêque de Lodève au Xème siècle, un des saints les plus révérés en Languedoc. Ce choix est donc également significatif de l’intégration du Maure à la province qui l’accueille.

Le Port et la Cathédrale d’Agde,
lithographie d’Albert Robida, 1893. Gallica-BnF

Quant à la marraine, elle aussi appartient à la bonne société comme le montre l’appellatif « demoiselle ». Michelle n’est pas son deuxième prénom, c’est son patronyme, Michel, mis au féminin comme il est souvent d’usage en Languedoc. Le curé souligne l’importance sociale de cette marraine en précisant que sa sœur est Isabeau, qui a épousé un militaire, Jean de Roque. La marraine a sans doute beaucoup plus de soixante ans(2) ; pourquoi en avoir choisi une aussi âgée ? Le Maure est un adulte et on souhaite probablement qu’il y ait une différence d’âge suffisante entre eux deux. Peut-être même craint-on qu’il ne courre après, comme le fera plus tard L’Ingénu de Voltaire avec sa propre marraine. Depuis Tite-Live les habitants de l’Afrique du Nord traînent avec eux une certaine réputation…

Enfin, il est impossible d’apporter des précisions sur ce « M. Puget de la présente ville », dont le baptisé est « captif » : on peut cependant émettre l’hypothèse qu’il s’agit du capitaine de la galère qui l’a fait prisonnier.

En conclusion on pourrait se demander quel est le degré d’adhésion du Maure à sa nouvelle religion et aussi quels avantages ou allègements de sa captivité il a pu tirer de sa conversion.

Un capitaine barbaresque,
gravure allemande du XVIIème siècle

(1) Roland Courtinat La piraterie barbaresque en Méditerranée XVIe-XIXe siècle, Serre Éditeur 2003.
(2) Les renseignements généalogiques ont été empruntés sur Geneanet à M. André Azemar(zez07), qui , outre des remerciements, mérite des félicitations, car les registres paroissiaux d’Agde sont très incomplets.

Bénédiction d’un filet de pêche à Sète en 1687

Les registres de BMS de la paroisse Saint-Joseph de Sète contiennent en 1687 un acte curieux, qui ne concerne pas un être humain, mais un filet de pêche.

« L’an de grâce 1687 et le dixieme du
mois d’aoust le grand filet
appelé bourdigou a esté béni
par le sieur Jean Bousquet
vicaire de la parroisse ancienne de
Sainct Joseph Lieu de Cette diocèse
d’Agde présents sieur Guilhaume
Benezch habitant et fermier
dudit Cette Guilhaume Benezech
et François Couderc valet du
sieur Lieutenant
                              Bousquet »

Le languedocien est très proche du provençal et le Dictionnaire de la Provence et du Comté Venaissin publié à Marseille en 1785 par Claude-François Achard donne une définition du mot bourdigou : « bourdigou, s.m. Terme de pêcheur, sorte de filet pratiqué avec des roseaux & des joncs pour arrêter le poisson. Les bordigues se font ordinairement sur les canaux qui vont de la mer aux étangs salés. » Cette définition est confirmée par Frédéric Mistral dans son Tresor dou Felibrige en 1878 : « bourdigo, bordigo. Bordigue, enceinte de roseaux et de joncs, que l’on construit dans les canaux qui communiquent des étangs à la mer, pour y prendre du poisson. »
L’engin, dont le nom a été francisé en « bordigue », n’est donc pas un filet à proprement parler, c’est-à-dire un maillage de cordelettes, c’est une sorte d’enclos fait de roseaux qu’on installe à des endroits où passe un courant pour attraper les poissons. À Sète, le canal qui met en communication la mer et l’étang de Thau est tout à fait approprié à cette technique de pêche. Cette « bordigue », autorisée par lettres-patentes de janvier 1685, est en fait une entreprise industrielle qu’on va bientôt accuser de dépeupler l’étang de Thau de son poisson. (Jean Sagnes, Histoire de Sète, Éditions Privat, Toulouse, 1991). La mise en place du dispositif s’est en effet accompagnée de la construction de bâtiments où l’on fabrique des salaisons avec le produit de la pêche.
L’entrepreneur, qui a investi plus de 50 000 livres dans la « bordigue » et l’usine qu’elle dessert, Esprit Turc, n’est pas présent à la cérémonie, ou tout au moins il n’est pas nommé. Sont là des personnages importants : Guilhaume Benezech, « habitant et fermier », est probablement celui qui gère l’installation. Il est étonnant de le voir apparaître deux fois dans l’acte : bévue du vicaire ou présence d’un homonyme ? Il faut dire que les Benezech, natifs de Bouzigues sur la rive est de l’étang de Thau, sont nombreux à Sète – j’en ai dans mes ancêtres. Quant au lieutenant évoqué, c’est le « lieutenant de justice » Goudard, un des deux consuls de Sète en cette année 1687. Apparemment il a délégué à la cérémonie son « valet », François Couderc, qui est plutôt un directeur de cabinet qu’un simple serviteur.
La bénédiction accordée par le prêtre et la présence d’un personnage officiel montrent l’importance vitale qu’a la pêche dans la subsistance des premiers habitants de Sète, ville fondée, rappelons-le, en 1666.