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Victor Bellon, né à Nice, mort en Bavière

Il est parfois possible de reconstituer la brève existence d’une des innombrables victimes de la Première Guerre Mondiale quand on peut s’appuyer à la fois sur les archives militaires, les documents de la Croix-Rouges et les souvenirs familiaux ; c’est ce que j’ai tenté à propos d’un de mes grands-oncles.

Origines

Victor Bellon est né le 11 février 1893 à Cimiez, la ville que les Romains avaient fondée sur les hauteurs au nord de Nice pour concurrencer Nice la Grecque. Mais en cette fin du XIXème siècle Cimiez est intégré à Nice et il s’y construit de magnifiques villas qui accueillent de riches étrangers venus passez l’hiver au soleil de la Côte d’Azur. Le plus célèbre d’entre eux est la reine Victoria, que Victor a sûrement aperçue car elle descend dans le palace construit pour elle de l’autre côté de l’avenue où habite sa famille. C’est en hommage à la souveraine britannique qu’il a été baptisé Victor, car elle avait serré la main de son père pour le féliciter de ses talents de paysagiste. Il est l’avant-dernier de cinq enfants dont les quatre autres sont des filles, la dernière étant ma propre grand-mère, de qui je tiens beaucoup de renseignements sur lui.

L’entrée de la propriété où Victor Bellon est né et a grandi
à Nice, quartier de Cimiez (photo personnelle)
Leur père est jardinier-horticulteur et il ne manque pas d’ouvrage dans ce quartier où les massifs de fleurs se multiplient autour des opulentes résidences. C’est auprès de lui que Victor a acquis son propre savoir-faire de jardinier. Il a appris aussi l’anglais et l’allemand pour discuter avec les clients étrangers qui sont nombreux.

L’armée

Le 8 octobre 1913 Victor Bellon s’engage pour trois ans, ce qui lui permet de choisir l’arme dans laquelle il servira : les prestigieux Bataillons alpins de chasseurs à pied, plus connus sous le nom de Chasseurs Alpins. C’est le colonel Philippe Pétain qui a été chargé en 1888 d’organiser et d’entraîner cette troupe d’élite créée à l’imitation des « Alpini » de l’armée italienne. Leur entraînement est très dur : les exercices se font sac au dos, avec 50 kilos de pierres dans le sac et leur chanson de marche la plus fréquente est « Quarante kilomètres sans boire, sans boire… », d’après le témoignage de mon grand-père, lui aussi chasseur alpin en 1918.
La fiche du recrutement donne des précisions sur le physique de Victor : il mesure 1,64 m. Il a les cheveux châtain clair et les yeux « châtain gris » ; son visage est « long », son front « moyen » et son nez « rectiligne ».
Victor (2ème à gauche) reçoit à Peïra-Cava la visite de son père
Honoré Bellon (quatrième à gauche, avec un chapeau).
Il est en garnison à Peïra-Cava, un village de montagne des Alpes-Maritimes, d’où il écrit à sa famille le 4 décembre 1913 :
 » Je vous dirais que les bleus, la classe qui fait 2 ans comme moi sont arrivés hier, ce qu’on a rigolé de voir toutes ces têtes différentes, avec des habillements de toute nuances. Il y en avait avec des petits bérets qui leur couvrait tout juste le sommet de la tête, d’autres étaient complètement habillés en velours avec des pantouffles aux pieds. Un autre avait un chapeau melon avec pardessus et souliers fins qui perdaient la semelle. Je renonce à vous les décrire tous ce serait trop long. Les plus nombreux sont basques, catalans et Marseillais. Il paraît qu’il y a quelques niçois, mais je ne les ai pas encore vu. » (orthographe d’origine)
Détail de la lettre écrite par Victor Bellon
le 4 décembre 1913

En route vers le front

En manœuvre dans les Alpes depuis le début de juin 1914, le 6ème Bataillon de Chasseurs Alpins rejoint Nice le dimanche 2 août à 2 heures du matin. L’après-midi il occupe ses cantonnements dans la banlieue. Il compte 1690 hommes, sous-officiers compris, ainsi que 139 chevaux et mulets. Le Journal de Marche du bataillon permet de suivre son itinéraire et son engagement sur le front.
Le 9 août 1914 il quitte Nice pour Is-sur-Tille en Côte d’Or. Pendant dix jours les chasseurs alpins vont avancer à la rencontre de l’armée allemande qui, conformément au plan Schlieffen, ne livre pas d’offensive dans cette région. En fait les généraux français ne se rendent pas compte que l’état-major allemand emploie une tactique vieille comme Hannibal, qui est de laisser l’ennemi s’enfoncer au centre pour mieux le prendre en tenaille ensuite.
Le 11 août on retrouve le 6e BCA à Vézelise en Meurthe-et-Moselle. De là il continue à pied vers Saint-Nicolas-de-Port, 30 km plus loin. Pour porter munitions et ravitaillement, on réquisitionne des véhicules parfois pitttoresques :
« Une charrette pouvant transporter 1500 kilos va être requise à la brasserie et attelée par les moyens du corps ; elle marchera à la gauche du 2e échelon pour transporter au besoin les sacs et des hommes fatigués.
Un autobus du service de l’intendance est mis à la disposition du corps pour transporter 150 sacs et les vivres de débarquement du 2e échelon. »
Tout est organisé jusque dans les détails :
« Ne pas oublier pour la liaison de laisser dans chaque unité un homme aux carrefours et embranchements pour éviter toute erreur de direction à l’inité suivante.
Vitesse de marche 4 km 200. Défense de fumer et de faire du feu. »
Le 12 août les chasseurs sont à Saint-Nicolas-du Port, à 13 km au sud-est de Nancy.
Le 14 août, ils continuent à se rapprocher de la frontière allemande et sont à Jarville après une nouvelle marche de trois heures. Les hommes bivouaquent dans le parc qui est à côté de la gare.
Le 15 août ils reprennent le train pour Marainville-sur-Madon, qui est dans le département des Vosges.

Combats

Le 16 août, l’officier qui tient le Journal de Marche écrit :
« Le 6e Bataillon en 1ère ligne doit marcher sur Parroy et le bois du Haut-de-la-Croix où les Allemands ont établi des retranchements considérables. » À 8 heures du matin les chasseurs sont sur la côte 270 où se trouve alors la frontière avec l’Allemagne, car la Moselle est annexée.
Ils la franchissent et « se portent sur Boudonnais où ils arrivent à 19 heures après avoir eu quelques escarmouches avec des patrouilles de uhlans. Installation du cantonnement d’alerte. »
Le 17 août les chasseurs s’emparent du village de Guéblange-lès-Dieuze qu’on s’attend à voir défendu par une garnison allemande ; seuls « quelques uhlans tirent sur les éclaireurs de terrain, mais s’enfuient aussitôt. » Une partie du bataillon occupe même Dieuze où elle ne trouve pas de défenseurs.
Le lendemain, 18 août, les hommes se voient octroyer une journée de « repos à Guéblange ».
Le 19 août, dans la nuit, le bataillon marche sur Vergaville, que les Allemands appellent Widersdorf. À cinq heures du matin, aux abords de cette localité, il « prend contact avec l’ennemi en avant de la côte 237. Il y reçoit des feux d’infanterie et de mitrailleuses de Vergaville. »
C’est avec deux heures de retard qu’à six heures les canons français bombardent Vergaville, qui est incendié. À sept heures trente les chasseurs alpins occupent ce village. La réponse des Allemands ne se fait pas attendre :
« 8h l’artillerie allemande ouvre un feu violent sur les sorties N du village d’où débouchent les compagnies. Elle bombarde le village, le bataillon s’avance en avant du village où il est immobilisé jusqu’à 19 heures par le tir de l’artillerie.
[…]
Nos pertes s’élèvent à :
30 tués, 235 blessés, 14 disparus. »
Le 20 août à 5h du matin le bataillon quitte Vergaville, laissant derrière lui ces 14 disparus dont fait partie Victor Bellon. Cet épisode appartient à ce que les historiens appellent la bataille de Morhange.

Captivité

Victor a été blessé à la jambe par un obus. Les Allemands le ramassent et vont le soigner. Pour cela, ils l’emmènent à Dillingen en Sarre, où il séjourne un certain temps à l’hôpital. Sa famille est avisée de son sort par la Croix-Rouge le 24 octobre 1914.
Dans sa ceinture Victor a mis des pièces d’or que son père, prévoyant, lui avait données. Ces pièces n’échappent pas aux infirmiers allemands qui déshabillent le blessé… Dans un des premiers courriers que le jeune prisonnier adresse à sa famille, il écrit en niçois: « M’en piate toute moun auri. » (« Ils m’ont pris tout mon or »).
L’hôpital de Dillingen en Sarre
où les Allemands ont soigné Victor Bellon.
En effet, tout au long de ses quatre années de captivité, il pourra correspondre avec les siens par l’intermédiaire de la Croix-Rouge et leur courrier transite par la Suisse.
Le 6 février 1915 un registre mentionne sa présence au camp de prisonniers de Lechfeld, à 24 km d’Augsburg, où les Français internés sont jusqu’à 12 000.
Victor Bellon chez un photographe
en septembre 1917 à Puchheim (Bavière)
La mémoire familiale rapporte qu’ensuite Victor est placé pour travailler dans une ferme dont les hommes, mobilisés, sont absents. Il est apparemment bien traité et jouit même d’une certaine liberté : il va en ville faire exécuter son portrait par un photographe. Un jour son père doit se rendre à la caserne de Nice pour demander un uniforme neuf et le faire expédier à Victor car celui-ci veut être présentable quand, le dimanche, il accompagne les femmes à la messe.

La fin

Mais en 1918 les Allemands, sentant approcher leur défaite, regroupent les prisonniers, sans doute par peur des mutineries. Victor se retouve dans un autre camp, à quelques kilomètres de Munich, comme le signale une des fiches de la Croix-Rouge ; il est « Interné à Puchheim depuis le 22 septembre 1918 ». Ce camp de prisonniers a été établi dès octobre 1914 sur ce qui était en 1910 le premier terrain d’aviation de Bavière. Il compte jusqu’à 24 000 captifs, dont 14 000 Russes et 10 000 Français. Apparemment les prisonniers sont bien traités, puisque de 1915 à 1919 on ne dénombrera parmi eux que 585 décès, dont la plupart sont dus à l’épidémie de grippe espagnole
Victor Bellon à l’automne 1918 au camp de Puchheim.
Debout à l’arrière plan, un soldat russe qui était son ami
et qui lui apprenait à parler russe.

C’est cette maladie qui emporte mon grand-oncle, mort à Puchheim le 19 octobre 1918. Une liste établie par les Allemands en novembre 1918 mentionne la cause de sa mort : « Infolge-Influenza-Pneumonie », « suites d’une pneumonie grippale ». Mais la fiche établie par les Français mentionne stupidement qu’il est mort « des suites de blessures de guerre ». On l’enterre à Puchheim ; plus tard son corps sera rapatrié et il repose à Nice dans le cimetière de Cimiez. Il a reçu la Croix de Guerre à titre posthume.
Quand il apprend le décès de Victor, son père, Honoré Bellon, s’enferme dans la cabane où il range ses outils de jardinier et y reste cinq jours sans manger ni parler à personne.

Flagrant délit de mensonge en 1915

Un million quatre cent mille soldats français ont perdu la vie pendant la Première Guerre Mondiale. Selon la formule consacrée, il sont « Morts pour la France » ; mais, quand on a la possibilité de connaître la réalité de leur disparition, on a parfois des surprises.

Par exemple en découvrant la fiche de Jean François Bussat, 2ème classe au 107ème Régiment d’Infanterie Territoriale :
Le formulaire porte la mention imprimée « Mort pour la France », qui classe automatiquement tous les défunts dans cette glorieuse catégorie. Une autre rubrique, « Genre de mort », rapporte qu’il est « Décédé suite de blessures de guerre. »
On imagine donc ce valeureux soldat tombant sous les balles teutonnes et agonisant ensuite sur le champ de bataille. Or le Journal de Marche de son régiment contient à la date du 15 décembre 1915 le paragraphe suivant :
« Le soldat Bussat Jean François, n° 932 de la 21e Compagnie, meurt écrasé par une masse de terre qui se détache d’une carrière où il travaillait à Gouy-en-Artois. »
En fait Bussat a été victime d’un accident du travail : il a été enseveli vivant sous un effondrement et l’auteur du journal, le capitaine Thévenet, suggère qu’il est mort sur le coup. Il n’est donc pas « Décédé suite de blessures de guerre. »
À quelle tâche était-il affecté ? En date du 5 novembre le Journal de Marche le précise : « La 21e Compagnie est destinée à fournir provisoirement des travailleurs pour la voie de 0,60m (réseau Sud) […] La 21e Cie est cantonnée à Gouy-en-Artois N-E de L’Arbret. »
Les territoriaux de cette compagnie se livraient donc à des travaux de terrassement dans le Pas-de-Calais en vue de l’installation d’un chemin de fer à voie étroite, ce qu’on appelle couramment un Decauville. Ces voies de 0,60m étaient employées par l’artillerie pour transporter des pièces et des munitions ; il existait également des wagons équipés de canons.
Des soldats italiens installent une voie étroite dans l’Aisne en 1918.
C’est dans de semblables travaux
que François Bussat a trouvé la mort.
Mais les officiers chargés de diriger l’opération, peu compétents ou peu avares de la vie de leurs hommes, ont sans doute négligé de prévoir les risques d’éboulement liés à un creusement. Et leur erreur, qu’aucun ingénieur de l’armée romaine n’aurait commise, va coûter sa vie à un soldat.
Dans les registres matricules, la page qui le concerne porte hypocritement la mention « Tué à l’ennemi le 15 décembre 1915 à Gouy-en-Artois (Pas-de-Calais) ». Or à cette époque-là la 21e Cie du 107e RIT n’était pas au contact des Allemands, comme en atteste le Journal de Marche.
Qui est ce Jean François Bussat ? Il a exactement 44 ans, car il est mort le jour de son anniversaire. À l’époque de son service militaire il exerce le métier de « cultivateur » et il est resté moins d’un an sous les drapeaux, étant l’aîné d’une fratrie de sept enfants. En 1914 il est mobilisé, vu son âge, dans l’infanterie territoriale. Son prénom courant était sûrement le deuxième, suivant la coutume de son temps.
Tout ce qu’on peut savoir sur lui vient des archives militaires, car l’état-civil de Haute-Savoie n’est pas mis en ligne. François Bussat mesure 1,70m et a les cheveux châtain, les yeux marron. Il a « une cicatrice sur la paupière de l’œil droit et un creux dans le milieu de la lèvre supérieure ». On ne sait pas les métiers qu’il a exercés par la suite, puisqu’on le retrouve en 1896 à Genève et en 1910 à Copponex en Haute-Savoie, où d’ailleurs le monument aux morts porte son nom.
Détail du monument aux morts de Copponex, Haute-Savoie.
Photographie CimGenWeb
Dernière ironie administrative, la page des registres matricules se conclut par les formules suivantes :
« Campagnes
Contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 15 décembre 1915
Libéré définitivement le 20 décembre 1918
(Circulaire Ministérielle du 7 décembre 1918)
Rayé des Contrôles de l’Armée le dit jour »
Quel est-ce ministre qui a eu l’idée lumineuse de libérer les morts de leurs obligations militaires?
François Bussat repose dans la nécropole de Barly, Pas-de-Calais, aux côtés de soldats français et britanniques.
Le cimetière militaire de Barly, Pas-de-Calais,
où François Bussat est inhumé.
source photo: Claude VASSEUR 11-02-2013
Cette photographie est sous licence d’usage CC BY-NC-SA 2.0

Être optimiste en septembre 1914

Une banale photo retrouvée dans des papiers de famille peut révéler bien des aspects de la société en 1914 et surtout être grosse de leçons pour le temps présent, car on y perçoit les méfaits de la propagande.

Il s’agit en fait d’une carte postale : le tirage des portraits individuels à ce format permettait à la personne représentée d’écrire quelques mots au verso de la carte et de la poster. Celle-ci a d’ailleurs été expédiée dans une enveloppe qui malheureusement n’a pas été conservée. Ce genre de photographie était extrêmement courant en 1914 : les soldats français aimaient bien se montrer en uniforme. On peut en voir un autre exemple, antérieur à la guerre, dans l’article « Mourir pour la Crète« . La coutume était la même chez les Allemands : dans les deux camps la propagande des politiciens, diffusée par leurs valets de la presse, garantissait le prestige de l’uniforme. 
De plus ces photographies étaient parfois offertes par l’armée elle-même. Comme on le voit sur celle-ci, elles étaient réalisées en studio et le photographe se prêtait au jeu, car un véritable décor entoure le modèle : au fond, tout comme au théâtre, on aperçoit une toile peinte qui représente la forêt, lieu sauvage par excellence, propice à étriper l’ennemi. Au premier plan une sorte de pilier qui permet au sujet de prendre une allure martiale tout en l’aidant à tenir le temps de la pose. Ce pilier semble fait d’un entassement de pierres qui évoquent des ruines et symbolisent la rude guerre menée par le fier guerrier représenté. Tout cela est assez étonnant quand on sait que l’unité à laquelle il appartient n’a pas encore quitté la Savoie en septembre 1914.
Le recto de la carte porte même une annotation :

« Souvenir affectueux
Campagne 1914
                 Claret » 

Ainsi, ce brave militaire qui soigne son allure martiale devant l’obectif appelle « Campagne 1914 » le mois et demi qu’il vient de passer sous l’uniforme depuis qu’il est mobilisé et le déplacement d’une quarantaine de kilomètres qu’il a dû effectuer. 
Le verso de la carte comporte quant à lui un long texte, comme si son auteur avait mis un point d’honneur à remplir toute la surface disponible :

« Mercury, 15 septembre 1914
Cher Monsieur Girardot,
J’ai reçu, toujours avec le plus grand plaisir,
votre carte, m’apportant de bonnes nouvelles ! Je
croyais que Mme Girardot avec André vous avaient
déjà rejoints. Ici beaucoup de terrtoriaux ont la
visite des leurs, malheureusement les miens sont
trop éloignés et je devrai fatalement attendre la fin
avant de les revoir. Enfin, ce qui me console, c’est que
les choses vont bien, ce qui activera sans doute le
dénouement final. Espérons que ce ne soit pas trop long.
Je me fais un plaisir de vous envoyer une de mes photos
que j’ai faites faire sur l’insistance de mon fils.
Dans l’espoir que votre santé est bonne je vous
serre cordialement la main
                                       Claret »

Le destinataire de la carte est mon arrière-grand-père, lieutenant de réserve qui vient d’être mobilisé et s’apprête héroïquement à passer la durée de la guerre en Lozère comme officier instructeur. Apparemment il attend d’être rejoint à Mende par son épouse, Marthe, née Viguier, que j’ai bien connue dans mon enfance et qui est une lointaine petite-nièce de l’ermite de Ceyras; avec eux, leur fils André, mon grand-père.
Claret, l’expéditeur de la carte, laisse entendre qu’il fait partie des territoriaux et, comme son képi et son col portent le numéro 107, il est facile d’en déduire qu’il appartient au 107ème Régiment d’Infanterie Territoriale, basé à Annecy.
 Comme on le sait, cette infanterie territoriale regroupait les hommes de 34 à 49 ans qui, en principe, ne devaient pas être envoyés en première ligne, mais étaient affectés à des travaux d’entretien et de terrassement, ainsi qu’à la garde des voies ferrées et des gares. Une autre de leurs misssions était d' »assainir » les champs de bataille, c’est-à-dire ramasser les cadavres et les morceaux d’homme.
Claret serait donc né entre 1865 et 1880, ce qui est cohérent avec l’amitié qui le lie à mon bisaïeul né, lui, en 1878. La localisation de la carte à Mercury en Savoie permet aussi de savoir qu’il appartient au 4ème bataillon de ce régiment qui, le 15 septembre, est stationné à cet endroit.
Le journal de marche de l’unité nous apprend en effet que, mobilisés le 2 août 1914, les hommes ont été cantonnés au Lycée Berthollet d’Anenecy, établissement vide d’élèves, puisque la rentrée était le 1er octobre. « L’effectif des sous-officiers et hommes de troupe qui le composent est de 1600. Les chevaux sont au nombre de 43. » Le 4 août les six bataillons du régiment sont partis en train pour Albertville en Savoie, à raison d’un bataillon et demi, soit 400 hommes, par train. Ils se sont ensuite répartis entre différentes localités, le 4ème se voyant octroyer la commune de Mercury.
Claret se plaint aussi de ne pas avoir de visites de ses proches, contrairement à ses camarades de troupe, car, ami de mon arrière-grand-père, il doit résider comme lui dans le sud de la France et sa famille doit avoir du mal à venir en Savoie. Mais, et c’est un des points intéressants de sa carte, il se rassure en se persuadant que la guerre ne durera pas longtemps :  » ce qui me console, c’est que les choses vont bien, ce qui activera sans doute le dénouement final. Espérons que ce ne soit pas trop long. »
Certes en cette mi-septembre 1914 les Français viennent d’arrêter l’avance des Allemands sur la Marne. Mais pense-t-on encore, comme au début du mois d’août, que la guerre « fraîche et joyeuse » sera courte ? Claret le croit-il vraiment ou bien fait-il semblant d’y croire ? En tout cas il laisse percevoir un certain scepticisme en écrivant « Espérons que ce ne soit pas trop long. »
Qu’est-il advenu de ce simple soldat par la suite ? Le journal de marche de son régiment s’arrête au 11 février 1916, avec la dissolution de celui-ci. Il mentionne que, dès ce 15 septembre 1914, une grande partie des hommes appartenant aux « classes les plus jeunes » sont versés au 30ème et au 62ème régiments d’infanterie. L’état-major devait se rendre compte qu’il fallait renforcer les troupes de première ligne.
Or, le site Mémoire des Hommes cite deux morts nommés Claret, nés respectivement en 1872 et 1878, qui auraient pu commencer la guerre dans l’infanterie territoriale. Mais aucun de ces deux malheureux n’appartenait à l’un des régiments ci-dessus.
Quant au 107ème RIT, le 17 septembre il part pour Ligny-en-Barrois dans la Meuse. En octobre on le retrouve dans le Pas-de-Calais, puis une partie est dans l’Oise. Le 1er janvier 1915 le capitaine Thévenet, qui tient le journal du régiment, note que, près de Notre-Dame-de-Lorette, « Les obus allemands tombent et des balles passent à proximité des hommes. Pas de pertes. » Et il a souligné « Pas de pertes. » On retrouve ensuite une partie du régiment près de Troyes dans l’Aube.
Au début de 1916 les hommes sont répartis dans d’autres unités, en fonction de leur âge et de leur situation familiale. Certains sont même renvoyés à l’arrière pour travailler comme ouvriers d’usine.
Apparemment, Claret a survécu à la guerre : les registres militaires de la Haute-Savoie n’étant pas tous numérisés, il nous a été impossible de retrouver sa trace. Mais sa carte postale apporte un témoignage intéressant sur la façon dont un simple soldat, arraché à sa vie et à sa famille, arrivait à faire sienne en partie l’idéologie qu’on lui imposait.

Steinlen Territoriaux

Le pantalon a bon dos

En cette année où on célèbre le centenaire de l’immonde boucherie qui a commencé en 1914, il faut bien sacrifier à la mode et entamer une série de quelques articles consacrés à cette période. Le premier concerne un lieu commun, qui est le danger représenté pour les Français au début du conflit par leur pantalon rouge.

Les premières semaines de la guerre sont en effet marquées par d’effroyables pertes en hommes. Ainsi, pendant la seule journée du 22 août 1914, ce sont 27 000 soldats qui meurent. Un historien, Jean-Michel Steg, a même pu en tirer un livre : Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France, 22 aout 1914.
Une des explications qu’on allègue pour ces massacres est que les fantassins, rendus trop voyants par le fameux pantalon rouge garance, auraient constitué des cibles faciles pour les tireurs ennemis. Cette opinion prévaut, jusqu’à faire naître de splendides perles telle « les soldats français faisaient des cibles de choix pour l’artillerie lourde ». Comme si les servants des pièces de l’artillerie lourde allaient pointer leurs canons à vue !
L’armée  française adopte le pantalon rouge en 1829 pour ses troupes d’infanterie et d’artillerie. Or tout au long du XIXème siècle, où elle a mené pas mal de combats, depuis la conquête de l’Algérie jusqu’à la guerre de 1870, en passant par la Crimée et l’Italie, personne n’a critiqué les pantalons rouges.

Christophe, Les Facéties du sapeur Camember, 1890
La cause des grands massacres à la fin de l’été 1914 est à chercher ailleurs : elle est dans l’incompétence criminelle des officiers généraux, Joffre notamment, prônant la tactique de l' »offensive à outrance » et ne se gênant pas pour plagier Bonaparte qui avait dit « la meilleure défense, c’est l’attaque ».
Et sur le terrain les officiers subalternes qui emmenaient les hommes à l’attaque étaient souvent des bravaches peu soucieux d’économiser la vie d’autrui. De plus les pertes ont été aussi importantes dans les unités qui ne portaient pas de pantalon rouge, par exemple les Chasseurs alpins à l’uniforme bleu marine.
Il aurait fallu que les fantassins allemands aient vraiment la vue basse derrière leur fusil ou leur mitrailleuse pour manquer des ennemis qui marchaient vers eux par centaines ou par milliers à découvert dans les champs.
D’ailleurs les soldats anglais qui ont vaincu Napoléon à Waterloo portaient des vestes rouges…

Un soldat français abattu à Nice en 1795

Les armées d’occupation rencontrent souvent une opposition violente qu’on appelle terrorisme ou résistance suivant le côté où on se place. Bien avant la Wehrmacht ou l’U.S.Army, l’armée française a connu cette situation dans le Comté de Nice qu’elle a envahi en 1792.

« Aujourd’hui douze Messidor an trois de la République
une et indivisible à trois heures de relevée par devant
nous Charles Giraud officier public soussigné, après
le procès-verbal à nous envoyé par le Citoyen Gilli
juge de paix de la quatrième et cinquième section
de cette Commune, d’un assassinat qui s’est commis
le dix du courant au Vallon de Clues quartier de
St-Barthélémy sur la personne d’Antoine Martin
Gilibert âgé d’environ trente ans, natif de Chasterdon
district de Thiers, département du Puy-de-Dôme,
canonnier auxiliare dans la cent dix-septième
demi-brigade, par lequel il apparaît que ledit

juge de paix accompagné du Citoyen Risser
officier de santé de cette Commune qui après avoir
visité ledit cadavre a trouvé qu’il avait été tué
par un coup de balle qui lui emporta le cerveau
et le Citoyen Jean Quardalli canonnier dans la susdite
demi-brigade qui a été examiné a déclaré être
avec ledit Antoine Martin Gilibert lorsqu’il fut assassiné
et qu’au moment qu’il tomba mort il s’échappa, avoir
ensuite interrogé plusieurs personnes du quartier qui ont
tous déclaré ignorer comment s’était commis cet
assassinat de quoi tout nous avons dressé acte pour
servir et valoir et constater le décès dudit
Antoine Martin Gilibert. Fait à la Maison Commune
de Nice le jour, mois et an que dessus »

Reformuler les faits est facile : le 28 juin 1795, deux artilleurs français déambulent dans la campagne niçoise. Ils ne sont pas en patrouille, puisqu’ils ne sont que deux. Se promènent-ils ? Sont-ils en maraude à l’affût de quelque chose à voler, voire à manger, car ils sont mal nourris ? Ou bien vont-ils simplement prendre leur service ? En effet ces militaires ne sont pas encasernés mais logent en ville.
Un coup de feu, et l’un d’eux tombe, une partie du crâne emportée par le projectile. Le deuxième prend ses jambes à son cou. La victime est Antoine Martin Gilibert, originaire de Châteldon dans le Puy-de-Dôme. Le toponyme a été probablement mal entendu et mal orthographié dans l’acte d’état-civil, mais il est garanti par l’acte de sépulture établi à l’église paroissiale de Saint-Barthélémy :

« 28. Antonius Martinus Gilibert e loco Chateldon miles et an. 35 »
« 28 (juin 1795) Antoine Martin Gilibert du lieu de Châteldon, soldat et âgé de 35 ans. »

Son nom, tel qu’il apparaît dans son acte de baptême, est Martin Gilbert, auquel il a sans doute ajouté lui-même le prénom Antoine quand il s’est enrôlé. Fils d’un vigneron auvergnat, il est né et a été baptisé le 19 juin 1761.
Le meurtre a lieu à la campagne, même si le territoire est bel est bien celui de Nice : Saint-Barthélémy est une paroisse rurale et nos ancêtres qui y vivent sont qualifiés de contadini, « paysans », dans les registres. Nous avons d’ailleurs évoqué ce quartier dans l’article « Mourir à trois ans, 1818« . Mais c’est une campagne très peuplée et le coup de feu a dû être entendu par pas mal de gens. Par contre, quand le juge de paix mène son enquête, il ne peut relever aucun témoignage. L’omertà règne sans doute dans cette période violente.

Le vallon et le monastère de Saint-Barthélémy
par Hercule Trachel, XIXème siècle

 En 1795, les troupes françaises stationnées à Nice sont encore celles qui ont envahi le comté en 1792. C’est elles que Bonaparte va emmener en Italie l’année d’après. Pour l’instant elles survivent en pillant la région. Leurs exactions suscitent un mouvement de résistance, celui des Barbets, qui affrontent les Français tantôt seuls, tantôt aux côtés des austro-piémontais. Nous les avons évoqués dans un autre article, « Une fillette assassinée à Nice en 1795« , qui raconte une vengeance exercée sur un capitaine des Barbets en tuant sa fille le 12 avril 1795, deux mois et demi avant l’assassinat – ou l’exécution ? – de cet occupant français .

Soldat de l’An II et mari trompé

Pendant que les Poilus en 14-18 attendent dans la tranchée le coup de sifflet qui les enverra devant les mitrailleuses, leurs femmes, à l’arrière, ne s’ennuient pas toujours. Telle est la situation que Raymond Radiguet a immortalisée dans son roman Le Diable au corps en 1923. Mais toutes les guerres fournissent aux épouses volages des occasions semblables, comme le suggère un acte de naissance établi à Nice en 1795 :

« Aujourd’hui cinquième
jour complémentaire an trois
de la république une et
indivisible à trois heures de
relevée par devant nous Gaetan
Lanciarés officier public soussigné
est comparue à la maison
commune la citoyenne Angélique
Martin sage-femme native et
domicilée en cette commune
laquelle, assistée des citoyens
Honoré Martin perruquier
âgé de quarante ans et
Louis Giraud revendeur âgé
de soixante ans tous deux natifs
et domiciliés en cette commune,
nous a déclaré que Thérèse
Roubaudi native de cette
commune, native et domiciliée
en cette commune, fille à feu
Jean Pierre Roubaudi, et

d’Antoinette Beugouin, épouse
d’Antoine Balestre  absent de cette
commune et en pays ennemi depuis
deux ans et demi, est accouchée le
premier complémentaire, à quatre
heures du soir dans son domicile
situé à la place quarrée section
cinquième, des œuvres d’un frère
d’armes qu’elle ne connaît pas d’un
enfant femelle , qu’elle nous a
présenté, et auquel elle a
donné le prénom d’Angélique
Roubaudi, d’après cette
déclaration que les témoins
ont certifiée conforme à
la vérité et la représentation
qu’il nous a été faite de
l’enfant femelle dénommé,
avons dressé le présent

acte que la
déclarante et premier
témoin ont signé avec
nous, et non le second
témoin pour ne savoir.
Fait à la maison commune
de Nice le jour, mois
et an ci-dessus. »

L’histoire est assez simple et relèverait du vaudeville si les circonstances n’étaient empreintes de tragique : les Français ont annexé le Comté de Nice en 1792 et y ont imposé leur administration. On est le 21 septembre 1795 ; deux ans et demi auparavant, le 23 février 1793, la Convention a décrété la levée en masse, première mobilisation de l’histoire de France. Un soldat niçois, Antoine Balestre, a dû partir se battre quelque part en Europe.

Pendant ce temps, sa femme, Thérèse Roubaudi, ne lui a guère été fidèle et elle met au monde, le 17 septembre 1795, une fillette que la sage-femme va déclarer sous le prénom d’Angélique. On impose au nouveau-né le patronyme de sa mère et l’officier d’état-civil note que cette enfant est le fruit « des œuvres d’un frère d’armes qu’elle ne connaît pas ». Autrement dit, Thérèse a eu pour amant un autre soldat dont on souhaite peut-être protéger l’identité. D’ailleurs, pourquoi la sage-femme a-t-elle attendu quatre jours pour sa déclaration à la « maison commune » ?

Cette histoire peu glorieuse pourrait en rester là, mais un acte de baptême figurant dans les registres de la cathédrale de Nice, Sainte-Réparate, lui donne un rebondissement curieux :

 » Die 22 septembris
Angelica Magdalena Teresia Francisca Boissié filia Petri,
et Teresia Roubaudi conjugum Boissié, nata die 17 hujus
baptisata a Rdo. Joanne Delserre Vico. Patrini fuere
Julius Bovis, et Magadalena Gairauda. »

« Le 22 septembre [1795]
Angélique Madeleine Thérèse Françoise Boissié fille de Pierre,
et de Thérèse Roubaudi époux Boissié, née le 17 de ce mois,
a été baptisée par le Révérend Jean Delserre Vicaire. Ses parrain et marraine ont été
Jules Bovis et Madeleine Gairaud. »

Il s’agit manifestement de la même enfant : le premier prénom, Angélique, et l’identité de la mère, Thérèse Roubaudi, ainsi que la date de naissance, 17 septembre 1795, correspondent aux données de l’état-civil. Ce qui est surprenant est de lui voir attribuer un père qui est nommé, Pierre Boissié, et de présenter ce père comme l’époux légitime de Thérèse. A-t-on osé mentir au prêtre en prêtant à celle-ci un époux fictif qui est peut-être le père de l’enfant et qui lui donnerait ainsi son nom ?

#geneatheme : un ancêtre, le lieutenant Toussaint Girardot

La tradition familiale avait gardé jusqu’au XXe siècle le souvenir de cet ancêtre officier de l’armée napoléonienne et venu du côté des Vosges pour s’installer à Sète.

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Mourir pour la Crète

Louis Joseph Roch GIRARDOT voit le jour le mercredi 25 juillet 1883 à Montpellier. Son arrière-grand-père Toussaint a été lieutenant dans l’artillerie de Napoléon. Son père Toussaint Roch, négociant en peintures et papiers peints, est président du conseil des prud’hommes.
Louis Girardot en 1896
lors d’une fête familiale
De profession, Louis est modeleur. Il travaille vraisemblablement avec son frère Hilaire – mon arrière-grand-père – , qui est peintre décorateur, à la réalisation d’ornements en stuc. En 1904, son adresse est 11, Boulevard du Jeu de Paume, Montpellier, Hérault.

L’immeuble où habitait
Louis Girardot à Montpellier

En 1903 Louis tire au sort un « mauvais numéro » et il doit effectuer son service militaire, dont la durée à cette époque est de trois ans. Le 16 novembre 1904 on le retrouve soldat de 2ème classe au 122ème Régiment d’Infanterie qui est stationné à Montpellier. Son livret militaire donne des précisions sur son physique : il mesure 1,60 m ; ses cheveux et ses sourcils sont châtain foncé ; ses yeux également ; son nez et sa bouche sont moyens ; il a le menton rond et le visage ovale.

Du 23 septembre 1905 au 11 mars 1907, le 122ème RI participe à une expédition en Crète. Cette île jouit d’une certaine autonomie tout en étant sous la suzeraineté de l’empire ottoman. Elle a un gouverneur, qui est le Prince Georges de Grèce. Mais au printemps 1905 les Grecs de l’île fomentent une insurrection contre celui-ci. Pour ramener la paix, les grandes puissances envoient en Crète un corps expéditionnaire international composé de soldats français, anglais et allemands.
Louis Girardot débarque donc en Crète où il va passer deux ans. Deux photographies conservent le souvenir de cette période de sa vie : sur l’une, qui est de 1906, il est allé chez un photographe de la capitale, « Salih Zéki, Place de la Grande Mosquée, La Canée, (Île de Crète) », comme l’indique le verso de la photo ; on rencontre d’ailleurs sur internet d’autres portraits de militaires français exécutés par le même opérateur.

Louis Girardot soldat en Crète
en 1906

Sur l’autre photo, prise lundi 20 août 1906, on voit un groupe de soldats devant un bâtiment à l’aspect oriental qui arbore le drapeau tricolore. Il est difficile d’identifier Louis sur ce cliché ; nous pensons cependant qu’il est le sixième homme en partant de la gauche.

Soldats français en Crète
le lundi 20 août 1906

Mais la malchance va frapper : un jour le détachement auquel appartient Louis doit traverser à gué une rivière qui descend de la montagne. Les hommes ont de l’eau jusqu’à la poitrine et ils sont échauffés par la marche qui a précédé. Louis prend froid et contracte un mal de poitrine qui va obliger les autorités militaires à le rapatrier. Le 4 mars 1907, un aide-major du 122ème RI, Adrien Henri, constate que « le soldat Girardot Louis » est atteint d’une « Bronchite suspecte sommet gauche » ainsi que « la nécessité d’un congé de convalescence de trois mois, à passer à Montpellier ».

Congé militaire en 1907

En fait la maladie de Louis est une tuberculose pulmonaire. Le 12 juillet 1907 un médecin major le met en disponibilité. Jeanne, la jeune sœur de Louis née en 1887, se dévoue pour le soigner. Mais elle sera contaminée à son tour et mourra de la tuberculose le 21 septembre 1912 à Menton où leur frère Hilaire s’est établi depuis plusieurs années avec sa famille. Quant à Louis GIRARDOT, il décède le samedi 5 août 1911, à l’âge de 28 ans, à Nice, boulevard Edouard VII dans la propriété Dilly où il résidait à cette époque chez son père Toussaint Roch, installé à Nice lui aussi. Celui-ci, probablement affecté par le décès de son fils, meurt quatre jours après, le 9 août 1911.

Un destin qui donne à réfléchir aujourd’hui où l’armée française est engagée en tant d’endroits incongrus et où tant de jeunes hommes sont appelés à faire le sacrifice de leur vie.