Encore le feu, Nice 1883

La mode du réalisme qui domine la littérature de ce temps-là conduit les journalistes à donner les détails les plus crus notamment quand ils relatent un suicide, aussi pour satisfaire la curiosité des lecteurs. On s’en rend compte en lisant le récit suivant dans le Petit Niçois du 2 mars 1883 :

« Affreux suicide — Une jeune fille de notre ville s’est suicidée d’une façon terrible.
Cette malheureuse était âgée de 17 ans à peine. Elle était employée dans un magasin de mercerie de la rue de la Préfecture. Mercredi, elle se rendit dans la banlieue de Nice, et là, cherchant un endroit écarté où l’on ne pût la déranger dans ses horribles préparatifs, elle enduisit ses vêtements de pétrole. Elle en but même une certaine quantité. Puis elle mit le feu à sa robe.
En un moment, elle était entourée par les flammes. Un passant, qui aperçut le feu, accourut et se précipita sur l’infortunée pour essayer de la sauver. Ramenée chez elle, elle y est morte dans d’affreuses souffrances.
On ignore les causes de ce suicide que l’on attribue cependant à des peines d’amour. »

Le suicide par le feu est déjà évoqué sur ce blogue dans Suicide par le pétrole, Cagnes-sur-Mer 1882.

Horreurs en série, hiver 1883

Au XIXe siècle, le feu est partout : aux traditionnelles bougies et cheminées, le progrès a ajouté poêles et lampes à pétrole. Outre les incendies, les accidents domestiques sont fréquents et leur récit, qui n’est pas toujours dénué d’une certaine complaisance pour l’horreur, revient régulièrement parmi les faits divers. Le Petit Niçois du 10 janvier 1883 rapporte ainsi un de ces drames : Continue la lecture

Un accident mystérieux, Monaco 1883

Le jeudi 15 février 1883 les lecteurs du Petit Niçois découvrent un récit qui va du vaudeville au roman policier en passant par la tragédie : Continue la lecture

Tué par une chèvre, Alpes-Maritimes 1883

Tragique et insolite à la fois, la mort de ce jeune ouvrier sur un chantier au pied des montagnes dans les Alpes-Maritimes, telle que la raconte le Petit Niçois du 13 février 1883 : Continue la lecture

Conserver le gibier en 1881

C’est la saison de la chasse et quand le chasseur a bien rempli sa gibecière un problème se pose à lui : de quelle façon conserver le gibier ? On est en 1881 ; heureusement le Petit Niçois du 17 octobre donne des conseils avisés sur la question :

« Pour conserver le gibier. — Plusieurs moyens sont préconisés pour conserver le gibier, voici les principaux :
On recommande d’introduire des morceaux de charbons.de bois dans l’abdomen du gibier à ia place des intestins ; quoique le charbon soit un désinfectant nous doutons qu’il soit efficace pour ce cas.
En enveloppant le gibier, dans des plantes fraîches, des orties de l’herbe on empêche l’accès de la température extérieure et on retarde sa décomposition.
Voici un procédé beaucoup meilleur :
On place simplement les pièces à. conserver, lièvres, lapins, perdrix, cailles, etc., dans un tonneau rempli d’avoine, de blé, d’orge ou de millet en ayant soin que les pièces ne se touchent pas et qu’elles soient éloignées des bords et du fond du tonneau.
On peut ainsi dans un moment de chasse abondante conserver des provisions pour les jours de malchance. »

Bon appétit !

Scène de retour de chasse dans les Maures vers 1900
photographiée par Luce, Archives Départementales des Alpes-Maritimes.

Dévouement d’une servante, Cannes 1883

Les domestiques, plus nombreux que les ouvriers, constituent au XIXe siècle un innombrable prolétariat dont les romanciers – Flaubert, les Goncourt, Maupassant – ont souvent raconté le destin. Mais il arrive aussi que les faits divers aillent plus loin que l’imagination des écrivains, comme on peut le lire dans cet article du Petit Niçois paru lundi 12 février 1883 : Continue la lecture

Tombée dans le Paillon, Nice 1883

Nice s’est édifiée sur la rive gauche du Paillon, un fleuve côtier long de 36 km aux allures de torrent qui descend des Alpes et vient se jeter dans la Méditerranée. Ce Paillon étant sujet à des crues soudaines et dévastatrices, un guetteur muni d’un cheval était posté en amont de la ville. Quand l’eau menaçait de grossir, il dévalait la rive au galop en criant « Pailloun ven », c’est-à-dire « le Paillon arrive », pour que les innombrables lavandières travaillant dans le lit du fleuve remontent en toute hâte. Mais ces femmes et les enfants qui les accompagnaient pouvaient être victimes d’autres accidents, comme le relate un article du Petit Niçois le 18 janvier 1883 :

« Tombée dans le Paillon. – Hier, vers 3 heures l’après-midi, une petite fille de sept à huit ans a failli se noyer en traversant le Paillon.
C’est près du pont Garibaldi, sur une planche extrêmement étroite que la pauvre enfant voulait traverser le torrent pour aller rejoindre sa mère, une blanchisseuse. Au milieu de ce pont trop primitif, le pied vint à lui manquer et elle tomba dans le Paillon grossi par les dernières pluies. L’eau entraînait la malheureuse ; les blanchisseuses poussées des cris d’effroi et n’osaient lui porter secours. Par bonheur, un courageux citoyen se jeta à l’eau et parvint à retirer la petite fille, trempée jusqu’aux os. On la couvrit immédiatement de vêtements bien chauds que toutes les blanchisseuses s’offrirent à donner.
La pauvre petite a été transportée chez elle où, grâce aux soins qui lui ont été donnés, elle est maintenant hors de tout danger.
 ce propos, nous devons signaler le danger qu’il y a à laisser traverser le Paillon sur ces passerelles branlantes, mal assujetties, qui sont formées d’une seule planche parfois si étroite que le pied en déborde. Là-dessus passent les blanchisseuses chargées de faix très lourds et suivies de leur petite famille. C’est pourquoi des accidents comme celui d’hier sont inévitables tant qu’on n’établira point de passerelles plus larges et plus solides. »

À partir de 1868 commence une série de travaux qui s’achèveront en 1972 avec la couverture complète du Paillon dans son parcours urbain.

Lavandières sur les bords du Paillon au début du XXe siècle.

L’ordre règne à Nice, 1882-1883

À la fin du XIXe siècle la douceur de la vie à Nice séduit une riche clientèle qui vient y passer la mauvaise saison, mais l’argent qui circule attire aussi une faune dont les autorités municipales aimeraient se débarrasser car sa présence ternit l’image impeccable qu’on voudrait donner de la cité. Le meilleur moyen de l’éliminer semble de charger la police de cette tâche. Par exemple les mendiants sont d’habitude interpellés individuellement, mais le 31 décembre 1882 on peut lire dans le Petit Niçois le compte rendu d’une opération de grande envergure : Continue la lecture

Objets trouvés, Nice 1882

On épargnera au lecteur le lieu commun de l’« inventaire à la Prévert » que n’est vraiment pas la liste suivante publiée dans le Petit Niçois du 31 décembre 1882, car elle donne un aperçu très cohérent de ce que les gens transportaient sur eux, bien différent de ce qu’on trouverait aujourd’hui :

« Objets trouvés. – Liste des objets trouvés et déposés au commissariat central de police, du 1er au 31 décembre inclusivement, et non encore réclamés :
Un carnet contenant différentes notes.
Un fichu en soie noire.
Une boîte renfermant une médaille italienne.
Un canif.
Une épingle en or.
Deux parapluies en soie.
Trois camisoles de femme.
Un couvert en argent portant des initiales.
Une tabatière en argent.
Un grand éventail.
Une boucle d’oreille en or.
Trois couvertures de cheval.
Un sac de voyage contenant divers objets.
Trois porte-monnaie.
Une canne première en argent.
Un paquet contenant un canevas pour pantoufles.
Trois mouchoirs blancs.
Un portefeuille contenant différentes notes.
Plusieurs déclarations de chiens trouvés.
Plusieurs clés.
Une ombrelle en soie paquet de bonbons.
Une montre en or. »

Une remarque s’impose d’ailleurs : la plupart de ces objets dénotent le fait d’avoir été perdus par des personnes plutôt aisées, voire bourgeoises ; les pauvres quant à eux n’ont rien à perdre.

Enfants à céder, Nice 1882

La Côte d’Azur n’est pas un paradis pour tout le monde, comme en témoigne un article du Petit Niçois le jeudi 30 novembre 1882 :

« On offre un ou deux petits enfants. — Voici un avis que l’on nous prie de publier. Comme on le verra, il est assez rare, heureusement, que des journaux aient à publier des offres semblables :
Un pauvre ménage, réduit à la plus extrême misère, — le mari ne travaille pas depuis très longtemps, et la femme est souffrante, — ayant quatre enfants à nourrir : un de 7 ans, un autre de 4 ans, et les deux derniers, jumeaux, âgés de 10 mois à peine, donnerait volontiers à quel¬que personne qui serait en mesure de les bien élever, un ou même deux de ses enfants. On comprend quel sacrifice ferait ainsi cette mère, surtout ; mais elle s’y voit obligée, car il lui est absolument impossible de nourrir ses quatre enfants.
S’adresser A Mme Millavaca Teresa, boulevard Risso, maison Weil. »