Côte d’Azur, séjour princier en 1885

En cette fin du XIXe siècle la Côte d’Azur reçoit des hôtes illustres attirés par la douceur de son climat. Les uns viennent passer l’hiver, qui est en ce temps-là saison des touristes, d’autres s’installent à demeure. Le lecteur du Petit Niçois peut s’en convaincre par des articles parus tous deux dans le numéro du 4 février 1885.
Le premier de ces articles met en scène le Prince de Galles, le futur roi Édouard VII, dont on connaît le goût pour la France et dont la mère, la reine Victoria, effectue à la même époque des séjours à Nice. On y apprend qu’il fallait 12 heures pour aller de Paris à Avignon, distance que les TGV franchissent aujourd’hui en 2h30. Il faut noter que l’article est en première page alors que d’ordinaire c’est la deuxième qui est réservée aux faits divers.

«                             Arrivée du Prince de Galles
Le Prince de Galles est arrivé hier soir à Cannes.
Le train qui a amené le prince a eu à subir un grave accident ; heureusement les conséquences n’en ont pas été aussi regrettables qu’on pouvait le craindre au premier moment.
Le Prince de Galles a pris mardi soir, à Paris, le train de luxe qui part à sept heures. Il est accompagné de deux aides de camp et de deux intendants. Dans les autres coupés se trouvaient la princesse Branicka, M. Mariapi, des journalistes, parmi lesquels MM. Albert Delacour, des Débats ; Lange, de la Coulisse ; d’Orgeval, notre confrère bien connu à Nice, les Russes, des Anglais et des Américains qui viennent hiverner sur notre littoral.
En arrivant à Avignon hier mercredi, à sept heures du matin, ce train vînt à heurter un train de marchandises avec une telle violence que sept wagons de ce dernier train furent broyés. Le choc fut épouvantable. Le prince sauta rapidement sur la voie et, sans songer au danger qu’il avait couru, demanda s’il y avait des blessés. Il fut très satisfait quand il apprit que tout se bornait à des dégâts matériels.
Des pontonniers seront requis à Avignon, et l’on mit environ deux heures à déblayer la voie. Puis le train repartit, et le prince est arrivé avec un retard de deux heures à Cannes, où les autorités et la colonie anglaise, au complet l’attendaient à la gare pour lui présenter leurs hommages.
Une partie des trains de la journée sont, par la suite de cet accident, arrivés avec un retard assez grand.
Nous souhaitons la bienvenue à notre hôte royal. »

Le second article, paru en deuxième page du même numéro, annonce quant à lui la disparition d’une vieille dame étrangère installée à Nice et dont l’ascendance est plutôt étonnante :

« Décès. – On annonce le décès dans notre ville du dernier descendant d’une des plus illustres familles du Nouveau Monde, une descendante de Montezuma, empereur du Mexique.
Mme de Barragan, née de Meravelle, malgré son illustre origine, vivait simplement depuis près de onze ans dans sa villa de Carabacel.
Mme de Barragan, qui était la veuve d’un président de la République mexicaine, vient de mourir sans enfants. Avec elle s’éteint cette race, qui a brillé avec éclat dans l’histoire. »

Meurtre au village, Alpes-Maritimes 1885

Le Petit Niçois du 1er février 1885 raconte en première page le procès d’un assassin présumé devant la Cour d’Assises des Alpes-Maritimes, procès qui peut susciter quelques questions : Continue la lecture

Un navire abandonné, presqu’île de Giens 1885

Un fait divers qui a des airs de fortune de mer, mais qui n’est rien d’autre qu’un abandon de poste et un vol, voilà ce que raconte Le Petit Niçois du 29 janvier 1885. Un brick goélette est un trois-mâts qui n’en aurait plus que deux et ce navire nous rappelle l’importance de la marine à voile en ce temps-là. Une question se pose, et les enquêteurs ont dû se la poser : l’armateur ne grossit-il pas la somme dérobée à l’intention des assureurs ?

« Un navire abandonné. – Le trois-mâts grec Nicolas Calvocoresi, capitaine Colokandis, vient de remorquer, au port de Toulon, le brick goélette italien l’Agostina-Francesca.
L’Agostina-Francesca a été trouvée complètement abandonnée par son équipage, un de ses mâts cassés, sans voiles est totalement dévalisée.
C’est en passant près des côtes de la presqu’île de Giens, que le navire grec a fait cette singulière trouvaille.
L’armateur du brick goélette italien, M. Mathieu Giovanni, qui habite Nice, immédiatement prévenu, a déclaré qu’il y avait eu à bord 7000 fr. en espèces.
La Gazette de Nice, à laquelle nous empruntons cette nouvelle, ajoute qu’on est à la recherche de l’équipage et que l’on se perd en conjectures sur ce mystère. »

Le câlin qui sauve

Au XIXe siècle, le feu est partout : bougies, lampes à pétrole, cheminées, poêles, etc. Le tout au milieu de matériaux inflammables, bois et tissus qui ne sont pas ignifugés, très nombreux dans l’ameublement et aussi sur les femmes qui entassent jupon sur jupon. Il s’en suit que les départs de feu sont fréquents, comme celui qu’on peut lire dans Le Petit Niçois du 19 janvier 1885 :

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Un infanticide à Menton en 1885

Le 16 janvier 1885 on peut lire dans Le Petit Niçois le récit d’un triste fait divers :

«                                                Menton
Le cadavre d’un enfant nouveau-né a été découvert, hier, vers neuf heures du matin, dans la cour d’une maison de la rue du Palmier, par Mme Otto, qui habitait cette maison avec ses trois filles.
M. le commissaire de police, que cette dame avait fait prévenir, s’est immédiatement rendu sur les lieux, assisté des docteurs Farina et Réal.
Vers trois heures d’après-midi, M. le procureur de la république et M. le juge d’instruction, avertis à Nice par télégramme, sont arrivés et se sont rendus au domicile de la famille Otto, accompagnés de M. le commissaire de police, du juge de paix et du lieutenant de gendarmerie, pour procéder aux constatations d’usage.
Cela fait, le cadavre a été transporté au cimetière, dans la salle destinée aux autopsies.
De l’avis des docteurs, l’enfant est né viable, à terme, et sa mort remonte à une dizaine de jours.
La justice est probablement sur la voie des coupables, et des arrestations ne tarderont pas à être opérées. »

Carnet rose, Nice 1884

Un entrefilet paru dans Le Petit Niçois du 29 décembre 1884 annonce un mariage mondain que peu de romanciers oseraient imaginer :

« Mariage. – On annonce comme devant avoir lieu prochainement un mariage qui doit unir deux vieilles familles niçoises : celui du vicomte Charles Giletta de Saint-Joseph avec Mlle Vera Lacroix, fille de M. Albert Lacroix, banquier. »

Le mariage aura lieu le 2 février 1885. C’est le maire de Nice, Alfred Borriglione, qui le célèbre, alors que d’ordinaire la tâche est confiée à un adjoint. Un coup d’œil dans l’état-civil apprend que la jeune épouse est née le 10 avril 1863 et qu’en fait de « vieilles familles niçoises » sa mère est originaire de Moscou, ce qui explique d’ailleurs le prénom de Vera. On ose à peine imaginer les raisons de cette union, le banquier donnant sa fille à un aristocrate qui a un blason à redorer…

De la pub pour Nice en 1884

Dès 1884 le maire de Nice, Alfred Borriglione, emploie des moyens modernes pour promouvoir dans sa ville le tourisme qui, rappelons-le, est à cette époque un tourisme hivernal, comme le note un article paru le 20 décembre dans Le Petit Niçois, dont il est d’ailleurs le fondateur :

« La température de Nice. – Le Figaro publie, depuis quelques jours, un bulletin météorologique de notre ville, qui lui est envoyé de l’observatoire de Mont-Gros.
C’est à notre maire-député, M. Borriglione, qu’est due cette insertion qui, en faisant connaître toujours davantage la douceur de la température dont nous jouissons, ne peut que décider un plus grand nombre d’étrangers à venir passer l’hiver à Nice. »

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Alfred Borriglione, maire de Nice de 1878 à 1886.

La douceur du climat niçois sera par la suite le grand thème des affiches de la société des chemins de fer PLM, comme celle-ci, créée en 1895 par Frédéric Alexianu et Hugo d’Alesi :

C’était avant l’INRAP, Nice 1884

Le lecteur du Petit Niçois le 15 décembre 1884 s’émerveille sûrement qu’on ait donné une tombe décente à ces ossements qu’on vient de trouver sur un des côtés du port de Nice qui n’a été aménagé lui-même qu’au XVIIIe siècle :

« Funèbre trouvaille. – Hier matin, des ouvriers occupés à la démolition d’une vieille maison, quai des Deux-Emmanuels, ont découvert une certaine quantité d’ossements humains, qui ont été recueillis et inhumés au cimetière du Château. »

À aucun moment on ne s’est demandé ce qu’étaient ces ossements, ni à qui ils avaient appartenu. De nos jours l’INRAP – Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, créé en 2001 – serait très probablement intervenu et les aurait sans doute datés et identifiés, ajoutant une pierre à notre connaissance de la longue histoire de Nice.

L’entrée du port de Nice vue du Château vers le mont Boron
sur une carte postale du début du XXème siècle.
Le quai des Deux-Emmanuels est en face.

 

 

Bataille de dames ou l’art de l’euphémisme, Nice 1884

Le 13 décembre 1884 Le Petit Niçois publie un article plutôt sibyllin que seul un détail permet de « décoder ». En ce temps-là en effet on s’exprime de façon pudibonde :

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Il campe Boulevard de Cimiez, Nice 1884

Cimiez, un des plus beaux quartiers de Nice, l’antique Cemenelum, la cité fondéepar les Romains pour concurrencer sa voisine, la grecque Nikaia, n’est plus en cette fin du XIXème siècle, qu’un coin de campagne que touche à peine l’extension de la nouvelle ville, car on commence à y édifier de luxueuses villas. Preuve d’une ruralité qui dure encore : il y a des gardes champêtres et non des gardiens de la paix. C’est sur une des artères principales, le Boulevard de Cimiez, qu’un pauvre hère a choisi de dormir, en cette fin d’automne où le froid humide rend la nuit plus dure pour les miséreux, ainsi que le relate un article du Petit Niçois le 7 décembre 1884 :

« Endormi. — Les nuits sont froides et l’on gèle sur la grande route. Les gardes champêtres Camous et Ramoin ont trouvé avant-hier, sur le grand boulevard de Cimiez, le nommé Vial Honoré, âgé de 17 ans, endormi près d’un grand feu allumé. A côté du dormeur il y avait un paquet de linges dont Vial n’a pu justifier la provenance. C’est pourquoi il a été mis en état d’arrestation. »

Cimiez sur une carte postale de 1905. On aperçoit au fond l’hôtel Regina,
construit en 1896 en haut du Boulevard de Cimiez.